Transport et infrastructures

Désormais en exploitation, la LGV Rhin-Rhône a réussi le pari de l’insertion

Dimanche 11 décembre, le TGV Rhin-Rhône entrera en service commercial entre Dijon et Mulhouse. Parmi les 11 millions de voyageurs annuels attendus figureront peut-être des ouvriers du chantier ayant bénéficié de l’opération d’insertion menée pendant toute la construction.

Le 11 décembre, la LGV Rhin-Rhône entre Dijon et Mulhouse accueille ses premiers trains. Si le pari de l’exploitation démarre -11 millions de voyageurs annuels attendus-, celui de l’insertion sociale est déjà gagné. Le bilan de l’application de la «clause d’insertion» sur ce chantier suscite un avis positif unanime, après une expérience sans précédent par son ampleur. Grâce à l’approche collective orchestrée par Pôle emploi, la réalité a dépassé les objectifs : au lieu de 7 % pour le génie civil, 5 % pour les équipements ferroviaires, et 10 % pour les aménagements paysagers, avec des pénalités dissuasives, les heures travaillées en insertion ont respectivement atteint 12 %, 14 % et 10 %.

 

La confiance des entreprises

 

Constituée pour le placement traditionnel de personnel sur le chantier, la «Cellule Emploi LGV» de Pôle Emploi s’est emparée des objectifs considérés au départ comme « très ambitieux ». Partenaires les plus actifs d’une convention entre tous les acteurs francs-comtois de l’emploi et de la formation, les conseils généraux du Territoire de Belfort et de la Haute-Saône et les Plans Locaux pour l’Insertion et l’Emploi (PLIE) de Besançon et Montbéliard ont mis des moyens humains à disposition du guichet unique. Chacun a affecté au moins un temps plein pendant près de cinq ans. Jusqu’à une douzaine de personnes ont assuré la permanence dans deux agences dédiées à Besançon pour le tronçon sud, et Héricourt pour le tronçon nord.

La direction générale de Pôle emploi a financé le poste du chef de cellule ainsi que les frais de logistique et la location des bureaux en particulier. Le maître d’ouvrage n’a pas participé financièrement. « Je pense que la question ne s’est même pas posée », affirme Christophe Quillet, chef de la cellule emploi. « Mais Réseau Ferré de France a relayé le message auprès des entreprises à chaque ouverture de chantier, ce qui les a mis en confiance vis-à-vis de la cellule », ajoute-t-il.

 

Les besoins réactualisés tous les mois

 

Quatre à cinq mois avant la période prévisionnelle de recrutement, les agents ont défini, avec les mandataires de chaque lot, les besoins qualitatifs et quantitatifs, réactualisés tous les mois. Les entreprises ont collaboré à l’élaboration du cahier des charges des formations, voire du référentiel pour les métiers les moins courants. Forma TP, l’organisme de la profession, a également apporté ses connaissances pour les référentiels des formations qualifiantes. Certaines entreprises ont fourni du matériel. Le centre Afpa de Vesoul s’est ainsi vu doter de poteaux de caténaires et ceux de Grand-Charmont et Besançon de panneaux de voies ferrées de 18 mètres de long pour la pose des voies. Les entreprises ont mis à jour les connaissances des formateurs et accueilli les nouvelles recrues avant leur intégration définitive. « Se présenter avec la casquette LGV plutôt qu’au nom de nos organismes d’origine a été déterminant », analyse Pascal Elia, de l’Association professionnelle de formation des adultes (Afpa).

 

Réfléchir à l’ « après-LGV »

 

Bénéficiaires de la clause, les demandeurs d’emploi longue durée, jeunes sans qualification et étudiants nouvellement diplômés se sont répartis en trois catégories selon leur expérience récente, ancienne et inexistante des travaux publics. « La cellule emploi a eu à cœur de réfléchir en permanence à l’après-TGV », souligne Christophe Quillet. Un certificat de compétences et de qualification dans les métiers exercés valide les formations dispensées, d’une durée moyenne de douze semaines. Seul grippage à ce dispositif huilé, l’absence de suivi des employés de la LGV. On estime à 5 % seulement le nombre d’emplois transformés en contrats à durée indéterminée. La crise a contrarié les intentions des entreprises régionales qui se réjouissaient de disposer d’un vivier de compétences.

Pôle emploi Alsace et Bourgogne prendra le relais pour la seconde tranche de la branche Est, sur laquelle Réseau Ferré de France prévoit de reconduire le dispositif.

 

Cet article est extrait du cahier du Moniteur «LGV Rhin-Rhône, LGV Est : portraits croisés» disponible ici  pour les abonnés au Moniteur ou à commander ici 

 

 

Focus

Avis d’expert : « Une réponse personnalisée », Christophe Quillet, chef de la cellule emploi LGV

« Les acteurs de l’emploi sont passés d’un partenariat institutionnel à un partenariat opérationnel. Les principaux ingrédients du succès ? L’esprit d’équipe, la réactivité, et surtout, une réponse personnalisée aux entreprises et aux demandeurs d’emploi. Nous aurions pu former à l’avance un certain nombre de ferrailleurs, conducteurs d’engins et bancheurs, nous avons préféré mettre les formations en place au fur et à mesure des recrutements. Les pistes d’amélioration ? Mobiliser davantage d’acteurs et plus en amont de la période de recrutement. Nous avons eu moins de cinq mois pour analyser les besoins des entreprises, monter les dispositifs de formation et trouver les financements. Le suivi individuel des employés de la LGV serait aussi utile, mais il faut dégager des moyens humains importants. »

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