Paysage

Des remèdes paysagers contre les crues grand-parisiennes

Mots clés : Aménagement du territoire - Sécurite civile

La prévention des inondations franciliennes conduit l’agence de conception paysagère Land’Act à transformer la contrainte hydraulique en projet de territoire. Ce retournement d’image se produit en amont de la métropole parisienne, à l’occasion de la concertation publique autour du projet d’aménagement de la Bassée aval, en Seine-et-Marne.

Les crues franciliennes de juin 2016 ont servi de catalyseur pour accélérer l’aménagement de La Bassée Aval (Seine-et-Marne), un projet hors norme, par la surface comme par le volume d’eau à retenir et les moyens financiers à mobiliser. « Le casier pilote dont nous nous occupons coûte environ 100 millions d’euros. En tout, le projet en comprend une dizaine », résume Benjamin Thébaud, principal associé de Land’Act, partie prenante de la maîtrise d’œuvre emmenée par Setec Hydratec.

 

Machine anti-crues

 

Les chiffres du projet porté par l’établissement public territorial de bassin Seine Grands Lacs donnent le tournis : choisi après la concertation publique de 2015, ce premier casier de 372 hectares stockera 8,8 millions de m3 d’eau, suite à la construction de 7,8 km de digues, sur les communes de Chatenay-sur-Seine, Egligny, Balloy et Gravon. Ce seul ouvrage suffira à réduire de 5 cm le niveau de l’eau à Paris. L’ensemble du projet d’aménagement porte sur 2300 hectares, pour stocker 55 millions de m3 en amont de la confluence entre l’Yonne et la Seine, grâce à une station de pompage sollicitée une fois tous les cinq à six ans. Cette machine anticrue pompera jusqu’à 230 m3/s.

« Le paysage suscite l’envie de faire : je ne connais rien de plus extraordinaire qu’une expérience de ce type », s’enthousiasme Philippe Thébaud, président du conseil de surveillance et co-fondateur de Land’Act (et père de Benjamin), à l’issue de la réunion entre l’Etat et les élus locaux concernés, le 7 novembre à Gravon sous l’autorité du préfet de Seine-et-Marne. Depuis ses prémisses au début des années 2000, le projet s’est heurté à l’atomisation des collectivités et aux réticences des populations locales, figées dans leur ressentiment immédiat : « Vous venez inonder nos territoires pour protéger les parisiens »…

 

Basculement d’image

 

Selon Philippe Thébaud, un premier basculement d’image a résulté de l’Atelier des territoires conduit par l’Etat à partir de la fin 2016, sur le thème « Mieux vivre ensemble dans le périurbain ». Cet exercice n’a pas seulement débouché sur le lancement des études opérationnelles en mars 2017, dans la perspective du démarrage des travaux au début 2019. Il a surtout favorisé la prise de conscience de la diversité des enjeux, au-delà de la prévention des crues : locomotives de l’économie locale, les carrières alluvionnaires ne disposent pas d’un gisement éternel.

La conjonction entre les objectifs hydrauliques et touristiques ouvre de nouveaux horizons, grâce au regain d’attractivité que peuvent espérer les territoires ruraux des franges de la métropole parisienne : « Nous nous servirons des systèmes de digues pour relier entre  eux les itinéraires de randonnées », indique Benjamin Thébaud. Le territoire mise sur la régénération de sa forêt pour se constituer une nouvelle source de richesse économique et d’attractivité. Ces fonctions non hydrauliques positionnent les compétences des paysagistes comme une clé majeure de l’acceptabilité sociale du projet.

Les efforts conjoints de Land’Act et des écologues d’Ecosphère portent notamment sur les issues de secours qui préviendront les noyades d’animaux, lors de la mise en marche de la station de pompage. Plus profondément, « la coopération entre paysagistes et écologues permet d’aller au-delà de la compensation, pour réfléchir à la valorisation », soutient Benjamin Thébaud. La même volonté de synthétiser les enjeux a conduit Land’Act à améliorer l’insertion visuelle du projet, en s’appuyant sur l’architecte Luc Weizmann.

 

Symétrique en aval

 

Toujours à l’échelle de la métropole parisienne, la forêt se trouve au cœur d’une autre mission de la même agence de paysage, en aval de la capitale : à la place des anciennes zones d’épandage des eaux usées de Paris, Land’Act étudie la création d’un écosystème forestier de 1300 hectares, sur la plaine de Pierrelaye, dans le Val d’Oise, avec les écologues de Biotope. Là aussi, une longue gestation aboutit, selon les paysagistes, à une consolidation progressive du consensus sur le bien-fondé du projet.

 

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