Projets

Des gratte-ciels en bambou sous les Tropiques

Mots clés : Immeuble de grande hauteur - Sécurite des ouvrages

Porté par l’agence CRG Architects, le projet Bamboo City prévoit de construire un ensemble architectural composé de gratte-ciels en bambou. Contrairement aux idées reçues, ce matériau possèderait de bonnes propriétés mécaniques.

C’est un matériau peu commun dans nos régions tempérées, qui lui préfèrent le bois. Pourtant, le bambou séduit aujourd’hui les architectes. Le projet « Bamboo Skycraper », porté par CRG Architects, mise sur les qualités du végétal pour édifier des tours en Asie et en Amérique du Sud. « Contrairement aux idées reçues, le bambou est complètement différent du bois, ce n’est pas le même matériau : il possède de très bonnes propriétés mécaniques et il se révèle très peu inflammable » explique Carlos R. Gomez, architecte et fondateur de l’agence CRG Architects. C’est surtout la disponibilité de la plante qui a séduit le concepteur. En effet, le bambou a une vitesse de pousse beaucoup plus importante que le bois. Au lieu d’attendre 20, 40 ou 80 ans, il suffit d’à peine 5 ans pour avoir un matériau utilisable.

En plus de sa vitesse de pousse, le bambou possède une capacité de stockage du CO2 plus importante que celle du bois. « Un hectare de forêt boisée absorbe entre 15 et 20 tonnes de CO2 par an, alors qu’un hectare de bambou absorbe jusqu’à 62 tonnes de CO2. En ce sens, c’est une ressource naturelle et écologique », soutient l’architecte.

Pour son projet « Bamboo Skycraper », au lieu de construire une seule tour isolée, Carlos R. Gomes a imaginé un ensemble de plusieurs édifices interconnectés où des bâtiments de formes et tailles différentes évoluent côte à côte, reproduisant l’allure d’une forêt tropicale : « Les bâtiments, de par leur exposition, profitent d’une excellente luminosité. Cette distribution de lumière donne un sentiment de grandeur », précise l’agence CRG Architects sur son site internet. Chaque tour devrait mesurer près de 20 mètres de haut, ce qui revient à utiliser une pièce de bambou de 30 mètres de long.

 

Ecosystème

 

Les concepteurs sont même allés jusqu’à imaginer un écosystème judicieux, puisqu’il est aussi prévu de faire pousser ces fameuses plantes sur les terrasses situées en haut des bâtiments. « Le bambou produit sur place pourrait ainsi servir à réparer les éventuels dommages causés au cours du temps, et ce sans avoir besoin d’exporter à nouveau le matériau. Nous serions alors auto-suffisants », renchérit Carlos R. Gomez.

Quant à juger des propriétés mécaniques du bambou, celles-ci sont plutôt étonnantes, puisque cette plante possède une très bonne résistance. La fibre de bambou résiste à la traction de 40 kilogrammes par centimètres carré, tandis que son homologue, la fibre de bois, résiste à 5 kilogrammes par centimètres carrés. La résistance du bambou rivalise de fait avec celle de l’acier, qui résiste, lui, à 37 kilogrammes par centimètres carrés. En outre, le bambou possède une très bonne élasticité, ce qui en fait un matériau intéressant pour les zones sismiques, et sa légèreté le rend facile à transporter. Enfin, contrairement aux idées reçues, sa résistance aux flammes est très bonne à cause de sa forte teneur en acide silicique. « Un tube de bambou rempli d’eau peut atteindre la température de 400°C avant que le liquide ne se mette à bouillir à l’intérieur » illustre l’architecte.

 

Incertitudes en zones tempérées

 

Mais le bambou n’a pas que des avantages. Ainsi, pour construire cet édifice de gratte-ciels, ses concepteurs ont dû avoir recours à une armature métallique. Des joints d’acier soutiennent les tubes de bambou, aucun autre matériau ne peut assurer ce soutien. Un film recyclable d’éthylène tétrafluoroéthylène, autonettoyant et résistant aux intempéries, recouvrera également les façades des bâtiments.

En effet, le bambou doit être traité chimiquement avant son utilisation en construction. Et les industriels qui maitrisent ce procédé sont rares. « L’un des principaux obstacles à la réalisation du projet, c’est l’absence d’expérience de l’industrie face à ce matériau, confie l’architecte. Son application n’a pas encore été exploitée pour la construction de gratte-ciels ».
Sans compter que la variété de bambou que prévoit d’utiliser l’agence est particulière. Difficile de trouver le bon matériau parmi les milliers de variétés existantes : « tous les bambous ne peuvent pas convenir. Pour notre projet, c’est une variété spéciale, qui provient de la ville d’Anji, en Chine, que nous comptons utiliser » prévient Carlos R. Gomes.

Enfin, malgré le revêtement autonettoyant, il n’est pas garanti que ce matériau soit adapté à nos régions tempérées. « Pour le moment, nous avons prévu de construire dans les zones tropicales, à savoir l’Asie et l’Amérique du Sud. Il faut d’abord savoir si ce projet expérimental marche là-bas avant de tirer des conclusions hâtives » rappelle l’architecte. Car le projet n’en est qu’à ses balbutiements : l’agence vient de démarcher la ville de Singapour, mais les négociations n’ont pour l’heure pas encore abouties. Il faudra attendre encore un peu pour voir pousser des gratte-ciels en bambou à Paris ou New-York.

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