Vie de l'entreprise

Délicates négociations sur la retraite pour les métiers pénibles

Les partenaires sociaux s’affrontaient sur l’ouverture d’un droit à la retraite anticipée pour les métiers pénibles, mardi, lors de la quatrième séance de négociation sur la pénibilité au travail, le patronat refusant d’aborder une question centrale pour les syndicats.

Patronat et syndicats devaient initialement examiner une nouvelle version d’un projet d’accord du Medef, jugée « décevante » par l’ensemble des syndicats, car muette sur le sujet de la réparation des préjudices subis par les salariés ayant effectués des métiers pénibles.
Mais une heure et demie après le début des discussions, les organisations syndicales ont demandé une interruption de séance pour se concerter, après le refus du patronat de discuter du principe d’une cessation anticipée d’activité, estimant qu’il s’agissait d’un problème de « solidarité nationale ».

La séance devait reprendre brièvement, les syndicats comptant demander, dans une déclaration commune, au patronat d’accepter d’aborder ce point et de formuler des propositions, éventuellement avant la prochaine réunion prévue le 2 novembre.
Les syndicats considèrent en effet que la question de la réparation est essentielle au même titre que l’amélioration des conditions de travail.

Ils soulignent d’ailleurs qu’il s’agit d’une volonté du législateur. L’article 12 de la loi sur les retraites demande en effet aux partenaires sociaux de négocier sur les modalités d’un départ à la retraite anticipé pour les métiers pénibles.
« Si on négocie pour donner une définition au ras des pâquerettes de la pénibilité et du stress et pour dire simplement qu’il faudra que des négociations s’ouvrent dans les entreprises, on n’a pas vraiment besoin d’un accord interprofessionnel pour ça », a fait valoir Danièle Karniewicz (CFE-CGC).
« On ne peut pas négocier sur la prévention sans répondre d’abord à la question : qu’est ce qu’on fait des salariés aujourd’hui qui vivent des situations de travail pénible ? On les laisse mourir ? », a demandé Michèle Biaggi (FO).

Mais le patronat refuse tout dispositif qui entraînerait un surcoût financier pour les entreprises, a déploré Jean-Christophe Le Duigou (CGT).
« Les pouvoirs publics ont raison d’attirer l’attention des partenaires sociaux sur la difficulté » de certains salariés à poursuivre une activité jusqu’à l’âge normal de la retraite, « mais je ne sais pas quelle profession est aujourd’hui capable de dégager des surcotisations par rapport à des carrières écourtées », a expliqué Jean-François Veysset (CGPME).
Des négociations sur un dispositif de départ à la retraite anticipée seraient « prématurées », a-t-il ajouté.

Selon Rémi Jouan (CFDT), certaines fédérations patronales particulièrement concernées, comme celle du bâtiment, seraient en outre farouchement opposées à de telles dispositions.
Dans la matinée, plusieurs centaines de salariés de la construction s’étaient rassemblés à proximité du Medef pour réclamer le droit à une retraite pleine et entière à 55 ans pour les salariés ayant effectué des métiers pénibles.
Rassemblés autour d’une maison symbolique en carton pâte les salariés arboraient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « les salariés du BTP vivent 10 ans de moins que les autres », « les accidents du travail tuent 300 salariés chaque année, c’est insupportable ! » ou « des milliers de handicapés lourds chaque année, à cause des accidents du travail ».

Bénédicte REY (AFP)

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