Immobilier

Début des réquisitions au procés des HLM de Paris

Le procès des HLM de Paris laissera mardi la place aux réquisitions, après un mois et demi de débats qui ont mis au jour un énorme réseau de détournement de fonds publics lors d’attributions de marchés sans apporter la preuve d’un financement occulte du RPR.
Après douze ans d’enquête, « la montagne va accoucher d’une souris », avait lancé au premier jour d’audience l’avocat de l’un des 49 prévenus – chefs d’entreprises, « consultants » et d’anciens responsables de l’Office HLM de Paris (Opac) – qui répondent d’abus de confiance, abus de biens sociaux ou recel.

De non-lieu en vice de forme, les hommes politiques clefs de la capitale comme Jean Tiberi, Michel Roussin ou Jacques Chirac qui étaient soupçonnés dans cette affaire des années 1987-1993 ont en revanche évité le prétoire.
En liquide, en honoraires ou discrets virements en Suisse sur des sociétés écrans: un par un, les chefs d’entreprise de BTP ont expliqué comment ils versaient des « commissions » à des intermédiaires pour remporter les appels d’offres de l’Opac, énorme donneur d’ordre au chiffre d’affaires de près d’un milliard d’euros.

Pour compliquer la tâche de l’accusation, le principal intermédiaire, le flamboyant Jean-Caude Méry, est mort en 1999. Chez lui, les enquêteurs ont trouvé des documents confidentiels de l’Opac attestant des entrées au sein de l’office HLM de cet homme qui aurait perçu au moins 38 millions de francs français en « commissions ».
C’est lui qui, dans sa cassette posthume, affirmait être au centre d’un réseau de racket des entreprises pour financer le RPR.

Le directeur général adjoint de l’Opac François Ciolina avait confirmé ses accusations, soulevant une tempête politique en désignant M. Chirac comme l’instigateur. Mais à la barre, il a multiplié les reculades, assurant que ses propos avaient été « déformés ».
L’ancien chef de l’Opac Georges Perol, n’a pas bougé d’un pouce : oui, il connaissait Méry, mais ce « mythomane » a abusé les entreprises en prétendant avoir de l’influence à l’Opac. Elu RPR de Corrèze, fief chiraquien, nommé à l’Opac par Jean Tiberi, cet octogénaire assure tout ignorer des millions de francs donnés par les entreprises au musée de sa ville de Meymac.
Souvent retraités, voire chômeurs depuis le scandale, parfois traumatisés par leur garde à vue ou leur détention provisoire, ces dirigeants d’entreprise ont invoqué la survie de leur PME en pleine crise du bâtiment pour expliquer leur accord aux « ultimatums » des consultants.
Presque tous reliés par leurs liens maçonniques, ces responsables de sociétés (nettoyage, ravalement ou ascenseurs) ont peiné à expliquer la nature exacte des services rendus par Méry, ou d’autres consultants comme Jacky Chaisaz et Henri Montaldo.
Francis Curtet, dont l’entreprise travaille quasi-exclusivement avec l’Opac, paye Méry pendant six ans simplement, dit-il, « pour rémunérer le fait qu’il m’a fait rencontrer M. Perol ». Ironiquement, l’administration fiscale, qui s’est abattue sur ces entreprises après l’éclatement du scandale, a souvent jugé légitimes ces rémunérations.
La brigade financière a bien retracé le retour des fonds sous forme de cash, mais la piste s’arrête là, aux portes du destinataire final, qui est l’ancien parti gaulliste du RPR, selon l’accusation.
Où allaient les enveloppes de liquide avec initiales retrouvées chez Méry? qui est le « grand roux à la moustache recourbée » qui remettait tous les vendredi du liquide à Montaldo, lequel le donnait ensuite au non moins mystérieux « Mr Jacques »?
Jean-Louis PANY (AFP)

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