Réalisations

Dans un ancien entrepôt, les archives de Bordeaux respirent à nouveau

Mots clés :

Établissement recevant du public (ERP) ou assimilé

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Établissements industriels, agricoles, ICPE

Conçu par l’agence belge Robbrecht en Daem, le nouveau bâtiment des archives de Bordeaux Métropole utilise avec intelligence une ancienne halle aux farines du XIXe siècle dans le quartier de la Bastide, en rive droite.

Les nouvelles archives de Bordeaux métropole ont été inaugurées le 10 mars par Alain Juppé, maire de Bordeaux et président de la métropole en présence du directeur des archives Frédéric Laux et de Frédéric de Vylder, architecte chez Robbrecht en Daem (Gent) et chef de projet du nouvel équipement.

Installées depuis 1939 dans l’hôtel de Ragueneau (XVIIe siècle), les archives de la Ville arrivaient à saturation, en terme de capacité de stockage et de facilité de consultation des documents. La relocalisation décidée, un concours international, lancé en 2010, a retenu l’agence Paul Robbrecht en Daem de Gand. Une agence spécialisée dans les reconversions de bâtiments industriels en équipements culturels et patrimoniaux et qui a signé, notamment, les nouvelles archives de Bruxelles.

Les architectes belges ont su réutiliser intelligemment un ancien entrepôt ferroviaire de stockage du XIXe siècle, la halle aux farines, dans le quartier de la Bastide, sur la rive droite de Garonne. Le directeur des archives, Frédéric Laux, évoque «une architecture conçue par un empilement de magasins dont le décalage dessine une voûte au-dessus de la salle de lecture et des cheminements pour les agents». Une aile perpendiculaire plus basse accueille bureaux, salles d’exposition et de conférence. Au centre, l’espace public pavé et végétal permet un accueil au grand public en continuité du parc aux angéliques.

Frédéric de Vylder, ingénieur architecte chez Robbrecht en Daem architecten (Gent) explique la démarche: «un élément important du projet est de conserver l’empreinte historique de la halle aux farines. La compagnie d’Orléans qui arrivait ici utilisait ce bâtiment pour le stockage des denrées et leur transit par voie navigable. L’espace était couvert de pavés parcourus des rails: nous les avons conservés et réutilisé dans l’aménagement du parvis et jardin.»

Pour stocker l’ensemble des archives, les architectes ont utilisé la totalité de la halle aux farines, qui avait été incendiée, et surélevé la partie nord: «Ce bâtiment destiné au stockage de denrées nous a semblé une allégorie intéressante pour empiler des boîtes de livres. Le bâtiment était parcouru sur toute sa longueur par des trains avec un quai central et de grands porches. Nous avons conservé cette perception à l’intérieur en ne remplissant que le centre. A sa perpendiculaire une aile nouvelle abrite les bureaux et locaux d’exposition et de conférence».

 

Double visibilité pour désacraliser le lieu

 

Les larges baies vitrées assurent aux agents une vue sur le parvis planté et au public une visibilité sur le fonctionnement des archives «nous voulons ainsi désacraliser le service des archives» poursuit l’architecte. Aussi, les bureaux à l’étage, mais aussi les ateliers pédagogiques et salles de conférences donnent directement sur le parvis. Qui abrite une canopée destinée à être recouverte de plantes, «dont l’ancienne glycine bouturée de l’hôtel Raguenaud». Espace ombragé qui abritera bancs publics et arceaux à vélo.

Pour atteindre les performances thermiques requises, les fenêtres au sud ont été réduites et dotées de pare-soleil fixes. «Côté nord, vers le parvis, les baies vitrées sont décalées par rapport à la baie maçonnée pour rendre la pierre apparente et faire référence aux anciennes persiennes coulissantes détruites par l’incendie. On a cherché à reconstituer un effet diaphragme», précise Frédéric de Vylder.

La volumétrie a été optimisée: «pour remettre toutes les archives, nous avons remonté en partie nord une surélévation translucide. Sur la face sud, côté rue, nous avons conservé le profil initial du bâtiment.

La structure utilise des panneaux de béton coffrés, avec isolant, coulés à plat, et rainurés par un ratissage manuel: «chaque panneau est différent et, en façade, dessine comme un texte ou une portée musicale».

 

Superposition de boîtes en béton en décrochement

 

C’est de l’intérieur que se lit le mieux la superposition des boîtes en béton qui abritent les collections. «Depuis la salle de lecture, on a une perception claire du bâtiment: chaque étage est en décrochement. Nous avons conservé la dimension de nef en longueur du bâtiment: 75 mètres sur 18 m de hauteur. Mais pour des questions de protection au feu, les archives de France demandent qu’on limite les magasins de stockage à 200 m2. Nous avons donc fractionné la longueur en quatre séries de boîtes superposées. A cet empilement karstique de béton s’oppose, côté parvis, un doublage acoustique en bois avec des notes de couleur pointillistes dans la perspective qui rappelle la couleur du ciel, la nature et le paysage visible depuis les baies».

Enfin, le haut de la façade est traité en polyester translucide qui filtre la lumière «et pour nous fait un écho aux parois de papier japonaises Shōji, une allégorie à l’usage du papier propre aux archives».

C’est également une solution élégante du point de vue thermique: «cette paroi diffuse une lumière douce, en isolant thermiquement beaucoup mieux qu’un verre traditionnel».

Tout le mobilier a été conçu par l’agence Robbrecht pour la salle de lecture, comme les bureaux. Avec un défi de maîtrise acoustique de cette salle aux dimensions d’une cathédrale. Une moquette qui feutre le bruit des pas et le doublage acoustique en paroi de bois assurent la tranquillité du lieu.

Enfin, le poste énergétique est largement optimisé, par la structure en béton brut, et l’usage de la géothermie:«le bâtiment est chauffé et refroidi par des sondes géothermiques et une ventilation naturelle nocturne. Les bureaux ne sont pas climatisés, mais les salles de conservation le sont en température (18°) et hygrométrie (55%). Du fait de ces choix et de la forme du bâtiment, les besoins en chauffage sont dérisoires: 10 kwh par m2 par an. Mais il faut rafraîchir, et le personnel a accepté des bureaux non climatisés, mais ventilés. On compte beaucoup sur l’inertie du bâtiment» précise l’architecte.

Côté structure, pour les salles d’archives, la charge utile est portée à 1300 kg au m2. Les architectes ingénieurs ont opté pour un système de poutres béton précontraint de 13 m de portée sur la charpente, avec les voiles extérieurs comme éléments porteurs. «Ce sont eux qui reprennent la charge de la structure en porte à faux, notamment la partie en encorbellement au-dessus de la salle de lecture qui est de fait suspendue au voile supérieur. Les armatures travaillent en traction dans le voile.»

 

Une extension est déjà prévisible

 

Frédéric Laux, le directeur des archives, précise les possibilités du nouvel équipement : «Nous disposons de 19 magasins de stockage dont 16 magasins traditionnels, un pour les archives photographiques et un magasin de maquettes. Cela représente une capacité totale de 18 km linéaires, ce qui nous place au troisième rang national après les bibliothèques de Lyon et de Marseille. Actuellement 13 km sont déjà arrivés depuis les anciennes archives. Depuis le 1er mars, le service commun a été constitué, regroupant les archives municipales de Bordeaux, les archives de l’ex-CUB, les archives municipales de Bruges et de Pessac. Bien qu’il reste 4 km de linéaires disponibles, avec notre annexe, la construction d’une extension est déjà envisagée, puisque nous disposons d’une réserve foncière sur place. C’est d’ailleurs une obligation réglementaire des archives de France qui impose à tout bâtiment nouveau d’archives publiques d’inclure une réserve foncière qui permette de construire dans un délai de 20 ans un bâtiment de conservation de capacité de conservation au moins égale à celui qu’on vient de construire.»

Au départ, le programme portait sur des archives municipales. En passant au statut de service d’archives communautaires (28 communes potentiellement intéressées), les archives ont encore quelques années de capacité devant elles. Mais l’extension pourrait voir le jour plus rapidement que les vingt années initialement prévues.

 

Fiche technique

Programme: salle de lecture de 40 places, salle de conférences de 100 places, 13 km d’archives conservées, un fonds iconographique de plus de 150 000 documents, plus de 260 000 pages numérisées et disponibles en ligne archives.bordeaux.fr.

Architectes mandataire: Robbrecht en Daem Architecten, Paul Robbrecht, Hilde Daem, Johannes Robbrecht Frédéric De Vylder (chef de projet), Anne-Sophie Van Eupen et Arne Deruyter (paysage).

Architecte «suivi chantier»: Hobo Architecture, Pascale Bouckaert et Pascal Bruand.

Superficie du bâtiment: 8 800 m2 dont 1 000 m2 pour l’accueil du public

Budget de construction: 14,485 millions d’euros HT répartis entre la Ville de Bordeaux (12.608.610 euros), l’État / ministère de la Culture/Archives de France (1 million d’euros) et 876 390 euros (région Aquitaine)

Ouverture au public: 11 mars 2016.

 

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