Vie de l'entreprise

Dans le Sud-Ouest, Bouygues atteint son objectif «zéro accident» [Reportage]

Mots clés : Entreprise du BTP - Risque sanitaire - Travail

Bouygues a organisé le 13 juin sa première journée mondiale «santé et sécurité» afin de sensibiliser ses compagnons aux règles de sécurité sur les chantiers. Pour Bouygues Bâtiment Centre Sud-Ouest (Orléans, Bordeaux, Toulouse), le respect des règles imposées par le groupe porte ses fruits: aucun accident ayant entraîné un arrêt de travail n’est à déplorer depuis août 2014. Reportage sur le chantier de Bordeaux Métropole Arena.

«Quand on voit ce qu’il se passe sur les autres chantiers, on a peur». Du haut de sa grue, Lionel a un beau point de vue sur les chantiers voisins et déplore de nombreux manquements aux règles de sécurité. «Un accident est toujours causé par le non-respect des règles», déplore Cyril, un autre grutier. Depuis 2007 – période particulièrement sombre pour le groupe qui a connu des accidents mortels -, les mesures se sont multipliées. «Il a fallu sensibiliser et convaincre, reconnaît Antoine Jeuch, responsable prévention santé et sécurité chez Bouygues Bâtiment Centre Sud-Ouest, mais aujourd’hui, c’est devenu culturel».

 

Port des lunettes obligatoire et suppression des échelles

 

Sur le chantier de la salle de spectacles Bordeaux Métropole Arena, les compagnons sont effectivement tous d’accord pour dire que ces règles sont nécessaires et qu’elles les protègent. Mais il y a quelques années, ils ont eu du mal à les accepter. «Ils refusaient le port des lunettes», se rappelle Philippe Hernoult, directeur de projet. Pourtant, les mesures de protection se sont multipliées et ils ont appris à travailler autrement: port du casque, des lunettes, des bouchons d’oreille, des gants – quelle que soit la tâche -, échauffement avant la prise de poste le matin, interdiction des échelles, des petites disqueuses, etc. «Sur les autres chantiers, on met les lunettes seulement quand on coupe», constate Frédéric, intérimaire finisseur. «On se disait que ce n’était pas possible de travailler de cette manière…», reconnaît Lionel. Et pourtant, ils l’ont fait; et Bouygues Bâtiment est allé encore plus loin dans ce domaine. «Après avoir interdit les échelles, nous avons créé, avec le CHSCT, un escalier manuportable de chantier», précise Antoine Jeuch. Equipé de marches, d’un garde-corps et ne dépassant pas les 35kg, il peut être déplacé par une seule personne. Il a ensuite été déployé à toutes les filiales du groupe. Salariés et intérimaires doivent également se soumettre à des tests sanguins quatre fois par an pour l’alcool et deux fois pour la drogue. «En comparaison, on se dit qu’ailleurs il n’y a aucune sécurité», lance Pedro, coffreur-bancheur. «Les autres» se sont souvent les petites entreprises confirme la FFB. «Les majors sont à la pointe en termes de sécurité, sur un chantier il n’y a rien à dire, c’est tiré à quatre épingles, commente Denis Monteils, vice-président de l’OPPBTP Nouvelle-Aquitaine et président de la commission hygiène et sécurité à la FFB Nouvelle-Aquitaine, c’est plus compliqué pour les petites dont certaines n’ont pas encore de document unique comme des artisans ou constructeurs de maisons individuelles, qui représentent 70% du tissu économique.» Il regrette que ces structures ne sollicitent pas l’OPPBTP pour un accompagnement.

 

Organisation et ergonomie

 

Chez Bouygues, la responsabilisation des équipes et l’organisation de la journée sont aussi des facteurs majeurs de sécurité. Pour le gros œuvre, Bouygues Bâtiment a mis en place des équipes autonomes: les ouvriers passent par le bureau avant de commencer leur journée pour prendre connaissance de leurs tâches, n’emporter que les outils nécessaires, s’informer sur la météo, l’heure d’arrivée des camions pour les livraisons, etc. «Il s’agit aussi de faire le moins de déplacements possibles pour réduire le nombre de TMS», précise Antoine Jeuch. Et chaque jour, à 11h, la corne de brume ou la sirène sonne l’arrêt du chantier pendant cinq minutes afin que chaque ouvrier contrôle son poste et ceux des autres: le poste est-il rangé ? Le port des EPI est-il respecté ? La protection collective est-elle en place ? «Nous avons lancé cette démarche il y a dix ans car les statistiques révélaient que les accidents se déroulaient entre 10h45 et 11h30», indique Antoine Jeuch.

Aujourd’hui, les sources d’accident sont maîtrisées et le groupe travaille sur les «signaux faibles»: «Il s’agit de tous les incidents où il y aurait pu avoir des blessés, détaille Antoine Jeuch, depuis l’an dernier, nous avons notamment mis en place un plan de repérage des modes opératoires et nous découpons le chantier ouvrage par ouvrage, mur par mur… Nous travaillons également sur l’organisation et la logistique. Au-delà de l’éradication des accidents, Bouygues constate une diminution des maladies professionnelles sur ces dix dernières années grâce aux échauffements, l’ergonomie des postes de travail et à la mécanisation de la manutention.

 

Focus

Un lot O hygiène et sécurité en projet

Depuis un an, la FFB Nouvelle-Aquitaine travaille sur un lot O hygiène et sécurité, à la demande de la Carsat et de la Direccte. L’entreprise qui répondrait à ce marché serait chargée de tout ce qui concerne la base de vie, le tri des déchets, la sécurité collective, l’eau, l’électricité, les voiries provisoires, les clôtures, etc. La commission hygiène et sécurité vient d’en établir le cahier des charges. Il doit passer devant le conseil d’administration de la FFB pour validation en septembre, avant d’être présenté aux architectes et maîtres d’ouvrage publics et privés à la fin de l’année. «Cela permettra d’avoir un chantier propre sur toute la durée, précise Denis Monteils, car en général, tout est tenu tant que le gros œuvre est sur place, mais après ça se dégrade.» Le président de la commission constate d’ailleurs l’apparition de certaines entreprises, spécialisées dans ce domaine et la démarche dans ce sens de maîtres d’ouvrage comme Domofrance, Aquitanis ou les départements.

 

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