Entreprises de BTP

« Dans certaines régions, les grands groupes ont pris le pouvoir », Jean-François Marty, président de l’UECF-FFB

Mots clés : Equipements techniques et finitions - Etat et collectivités locales - PME

Jean-François Marty, président de l’Union des entreprises de génie climatique et énergétique (UECF-FFB), estime que les banques et les pouvoirs publics n’en font pas assez pour soutenir les TPE-PME. Après avoir présidé l’organisation professionnelle pendant huit ans, il va passer la main à l’occasion de l’assemblée générale de l’UECF, qui se tient du 22 au 24 octobre à Strasbourg.

Comment les entreprises de génie climatique et énergétique se portent-elles en cette fin d’année 2015 ?

 

Jean-François Marty : Environ 75% de nos adhérents travaillent sur la rénovation, à savoir le remplacement d’équipements. Ils ne sont donc pas frappés par la baisse qui a touché le neuf ; leur activité suit le marché du vieillissement des équipements. En conséquence, la diminution d’activité existe dans nos métiers, mais est moindre que dans d’autres corps d’état du bâtiment. Au deuxième quadrimestre, nous enregistrons ainsi une baisse d’activité de 0,2% par rapport au premier. Ceux qui travaillent dans le neuf sont davantage en difficulté. Mais il faut nuancer ce bilan : les situations sont disparates, selon le segment d’activité choisi par les entreprises, leur positionnement géographique, leur stratégie…

 

Comment se portent les trésoreries ?

 

J-F. M. : Elles sont exsangues ! Les marchés sont serrés, les prix baissent. On ne peut pas financer le besoin en fonds de roulement avec des marges que nous ne réalisons plus. Et nous déplorons l’absence totale de soutien de la part des banques, qu’elles soient généralistes ou spécialisées en bâtiment. Elles ne financent plus les lignes de trésorerie. L’attitude des assureurs-crédits, qui baissent les notes des entreprises de manière arbitraire, s’ajoute à cela, et participe à enfoncer, voire détruire les entreprises. Une note de crédit qui baisse, c’est l’impossibilité pour l’entreprise d’acheter le matériel alors même qu’elle a un bon carnet de commandes. Que pouvez-vous faire dans ces cas-là ?

 

Même si l’entreprise a un bon carnet de commandes, il arrive qu’elle ne soit plus soutenue par sa banque ?

 

J-F. M. : Oui. Nous avons des cas d’entreprises qui marchent très bien, sur des créneaux porteurs comme la rénovation et le service, et qui sont dénotées par les assureurs-crédits car le secteur du bâtiment dans son ensemble est mal coté. Les pouvoirs publics et les organisations professionnelles devraient faire plus d’efforts pour régler ce problème. Seules les grosses structures peuvent s’en sortir, aujourd’hui. Ce système technocratique de mettre des notes à tout le monde empêche les TPE-PME de travailler. Du coup, nous assistons à des phénomènes de concentration : les grands groupes rachètent des petites entreprises en difficulté, parfois dans des conditions discutables.

 

C’est-à-dire ?

 

J-F. M. : Après avoir racheté une ou plusieurs entreprises sur un territoire, les grands groupes cassent les prix, et les petites structures disparaissent progressivement. Comme il n’y a plus de travail dans la construction de logements, elles vont sur de plus petites opérations. Dans certaines régions, comme en Paca, ces grands groupes ont pris le pouvoir. C’est rageant, car nous avons un boulevard devant nous, à savoir le marché très porteur d’amélioration des installations de génie climatique.

 

Justement, quels débouchés allez-vous évoquer lors de votre assemblée générale (22-24 octobre 2015, Strasbourg) ?

 

J-F. M. : Nous allons notamment tenir une table ronde à propos des systèmes énergétiques combinés et hybrides (c’est-à-dire des systèmes faisant appel à deux types d’énergie différents, par exemple une chaudière associée avec un panneau solaire thermique ou à une pompe à chaleur). Ces produits représentent l’avenir. Et il est notamment question d’ajouter ces systèmes hybrides à la liste des produits éligibles au crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE). C’est pourquoi nous chercherons à définir ce que l’on entend exactement par « systèmes hybrides ». Un représentant des pouvoirs publics interviendra pour nous donner la position officielle à ce sujet.

 

Craignez-vous une nouvelle formation ou qualification pour faire bénéficier le client du crédit d’impôt sur ces produits ?

 

J-F. M. : Oui, nous souhaitons ainsi faire passer un message : nous ne voulons pas d’une qualification ou d’une formation supplémentaire pour faire entrer ces systèmes hybrides dans le champ de l’éco-conditionnalité ! La pose de ce type de produits constitue le quotidien de nombreuses entreprises du secteur depuis des années. Les pouvoirs publics raisonnent souvent comme si les entreprises étaient mono-activité, alors que c’est de moins en moins le cas. Pour l’UECF, le plus important est d’allier qualité et simplicité, car si c’est complexe, du côté de l’entreprise ou du client, les choses suivront le même principe que l’eau qui coule : on ira au plus simple. On continuera d’installer des chaudières, sans avoir recours aux ENR, et vu les gisements de gaz que l’on découvre régulièrement, nous en avons encore pour un moment…

 

Se pose aussi la question, pour ces équipements « combinés », de l’étiquette énergie, obligatoire sur les équipements de chauffage depuis le 26 septembre dernier…

 

J-F. M. : Si les deux produits du système combiné proviennent du même fabricant, l’étiquette sera fournie par celui-ci. Mais si les deux produits sont de marques différentes, comment l’entreprise va-t-elle réaliser l’étiquette énergie ? Des logiciels existent pour la réaliser, mais ils coûtent très cher. Nous demandons donc un logiciel gratuit pour que les installateurs puissent faire eux-mêmes les étiquettes d’un système combiné/hybride. Car, si nous sommes amenés à installer systématiquement les produits de mêmes fabricants, nous allons perdre notre spécialité d’assembliers, d’entrepreneurs ; et nous perdrons la maintenance, qui dépendra du fabricant. Si l’on ajoute à cela l’arrivée des produits connectés, le risque est grand de voir tout le circuit échapper à l’entrepreneur qui deviendrait un simple poseur. Pourtant, nous sommes capables d’intégrer des produits connectés, et de les utiliser, avec l’accord du client, pour faire de la maintenance préventive. C’est pourquoi une table ronde, lors de notre assemblée générale, portera sur ce sujet.

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