Matériaux et équipements

Crise du polyuréthane : les alternatives techniques au banc d’essai

Mots clés : Toiture

Alors que la pénurie de panneaux en polyuréthane pour l’isolation des toitures terrasses se fait de plus en plus criante, les entreprises cherchent des alternatives techniques. Certes, des variantes avec d’autres isolants sont possibles, mais le choix d’un matériau doit tenir compte de plusieurs paramètres qui dépassent la seule performance thermique.  

« Cela fait deux mois que les tensions sur le polyuréthane sont perceptibles. Mais le phénomène s’est aggravé ces quinze derniers jours sans signe d’amélioration à moyen terme », constate, inquiet, Jean Passini, président directeur général du groupe H2E et de sa filiale SNA. Cette dernière est spécialisée dans l’étanchéité des toitures terrasses et compte 130 salariés. La situation est plus ou moins critique en fonction des chantiers.

C’est sur les opérations de rénovation en cours que la pénurie a le plus d’impacts : « La Réglementation thermique pour l’existant impose des performances spécifiques aux toitures, dont dépendent ensuite les aides financières allouées au projet », rappelle-t-il. Impossible dans ce contexte de proposer une variante technique. En effet, avec un coefficient de conductivité thermique (lambda) de 0,023 W/m.K, le polyuréthane affiche les meilleures performances avec, le plus souvent, seulement 12 cm d’épaisseur.

Changer d’isolant implique nécessairement d’augmenter l’épaisseur de 30 à 40 % en fonction des matériaux. Ainsi, pour une performance équivalente avec du polystyrène expansé (PSE), l’épaisseur sera d’environ 15 cm. « Or il est difficile de combiner cette épaisseur supplémentaire avec le respect des gabarits imposés par le Plan local d’urbanisme ou avec des hauteurs d’acrotères ou de seuils », rappelle Alain Decorniquet, directeur technique de Smac, filiale de Colas spécialisée dans les solutions d’étanchéité de l’enveloppe du bâtiment.

 

PSE, perlite fibrée, verre cellulaire ou laine minérale


Sur certains ouvrages, en particulier dans les opérations neuves, le changement sera possible, tout en restant dans l’épure du projet. Dans ce cas, on peut envisager de remplacer les panneaux de polyuréthane par du PSE, matériau le plus fréquent, mais aussi par de la perlite fibrée (lambda : 0,05 W/m.K), du verre cellulaire (0,041 W/m.K) ou une laine minérale (0,040 W/m.K).

Chaque matériau présente bien sûr des avantages et des inconvénients. Ainsi, les laines minérales sont idéales sur la résistance au feu. « En revanche, elles ne peuvent pas être mises en œuvre sur des toitures terrasses accessibles ou techniques du fait de leur moindre résistance mécanique », poursuit Alain Decorniquet.

 

Dégrader la performance thermique de la toiture

 

C’est bien lorsque le projet est encore en phase d’études que toutes les alternatives sont envisageables, y compris celle de dégrader légèrement la performance de la toiture terrasse. « Dans le cadre d’un immeuble tertiaire ou de logements collectifs – situations les plus fréquentes pour les toitures terrasses – les déperditions thermiques de la toiture ne représentent que 15 % sur la totalité de l’enveloppe », souligne Alain Decorniquet. Il est donc possible de les compenser en améliorant le traitement des ponts thermiques et en renforçant l’isolation des baies. Une nouvelle mission pour les thermiciens !

 

Revoir les habitudes de travail

 

A plus long terme, il va être nécessaire de revoir les habitudes. « La part de marché du polyuréthane est particulièrement importante en France, notamment du fait des habitudes de travail, pointe Jean Passini. Il devient urgent de modifier nos techniques constructives pour faire davantage de place aux autres isolants. »

 

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  • - Le
    Au lieu de mettre des isolants combustibles générant des fumées toxiques, il serait de bonne précaution de positionner des isolants incombustibles qui gardent leurs qualités à 10 ans, ce qui n’est pas le cas du polyuréthane, ou des isolants en matières organiques . Les bureaux d’études ont le devoir de faire leur calculs en intégrant les pertes de qualités isolantes des produits prescrits
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  • - Le
    En réponse sur l’isolant sous vide, c’est possible aussi, j’ai isolé la toiture de ma véranda sur 40m2 avec de l’isolant sous vide en 4 cm à O,OO7 pris entre deux couches de lièges pour augmenter le déphasage, et dans les angles, là ou les rectangles d’isolant sous vide ne passaient pas en calepinage, j’ai remplacé par des bandes d’aérogel à 0,017. L’isolant sous vide n’est pas si fragile que certains le disent, ça supporte la charge du moment qu’il n’y a pas de partie pointue pour percer le film.
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  • - Le

    Et le slimvac ?

    on peut aussi imaginer un complexe isolant sous vide slimvac avec lambda 0.007 sous un isolant moins performant support de l’étanchéité L’expérience suisse et allemande montre que cela fonctionne très bien et permet d’associer résistance thermique élevée et faible épaisseur
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  • - Le

    Et le liège ?

    Il ne faudrait pas oublier le liège. J’ai personnellement isolé avec du liège depuis plusieurs années en terrasse avant végétalisation. J’ai également isolé mon mur vertical Sud laissé naturel Aux intempéries nombreuses en Normandie, pluie, gel, soleil, ça ne bouge pas. Le produit résiste à la compression et peut être enterré sans soucis. Deux précisions, le lambda est de 0,04 et j’ai commandé une densité spéciale en 190 kg/m3.
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  • - Le

    Il est temps de changer ?!

    Si les institutions et les organismes accrédités commençaient par uniformiser les tests de conductivité thermique et de résistance au feu, on constaterait qu’il y a énormément d’alternative au PU. Mais pour cela il faut changer de vision, se mettre à jour, arrêter le lobbying, et être indépendant. Et ensuite vous verrez qu’il y a vraiment de super produits sur le marché, et qu’au final il y a de la place pour tout le monde. Utopie ou réalité ? En attendant je trouve cela bien ce qu’il se passe, ça bouscule les lignes !!
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  • - Le
    On notera ici que depuis le début d’année, le lambda du verre cellulaire est de 0,036 et non 0,041. Le T3+ étant la nouvvelle pépite de chez FOAMGLAS, on appréciera egalement le fait que cette performance thermique est STABLE dans le temps et bénéficie d’une garantie thermique de 30 ans. Fort de cela, il est même possible pour le maître d’ouvrage de bénéfifier d’une garantie « système » globale de 25 ans. Qui dit mieux ?
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