Quartier

Concevoir un écoquartier : l’exemple d’Augustenborg

L’aménagement des espaces publics Augustenborg est un des premiers exemples d’aménagement urbain durable en Suède. L’objectif du projet était de créer un environnement extérieur attractif afin d’améliorer l’image du quartier, à travers différentes actions capables d’avoir des retombées sur la biodiversité, et en même temps de résoudre les problèmes d’écoulement des eaux pluviales et d’inondation.

Les espaces publics ont été traités en fonction des demandes des habitants. Ceux-ci ont été associés à la conception et même parfois à la réalisation des espaces extérieurs, en relation avec un architecte- paysagiste et avec l’aide d’interprètes pour les minorités ethniques. Les enfants ont été associés à la réflexion sur la création d’un jardin musical et sur la recomposition de la cour de récréation de l’école. Ils ont notamment proposé l’emplacement d’un petit amphithéâtre encaissé ayant, par temps de pluie, le rôle de bassin de rétention. Les élèves ont également la possibilité de planter des fleurs dans les nouveaux jardins situés à proximité de l’école. 0,7 hectare d’asphalte de la cour d’école a été remplacé par des surfaces perméables et semi-perméables. Des habitants ont aussi proposé de se charger de l’entretien des espaces verts, une fois les travaux terminés. Un comité composé par les habitants a ainsi permis de créer des emplois à long terme concernant la gestion de l’environnement local, à savoir le système de gestion des eaux pluviales et le système de management des déchets.

L’accessibilité et la sécurité des déplacements

Un nombre élevé de personnes âgées habitaient dans le quartier et il était nécessaire de favoriser leur accès aux bâtiments. Par conséquent, l’objectif principal des interventions concernant la mobilité dans le quartier a été la sécurisation des voies de circulation et leur adaptation aux exigences et au confort des différents usagers : cyclistes, piétons et automobilistes. Le projet a visé à donner la priorité aux cyclistes, aux piétons et aux transports en commun, ceux-ci devant être développés afin de satisfaire les besoins de déplacements des personnes à faibles revenus, des personnes âgées ou des personnes ayant des problèmes de santé.

En 2003, tout le quartier a été transformé en zone 30 et une rue du quartier, a été modifiée en voie semi-piétonne, le but étant de créer des « rues vertes » où la priorité est donnée aux piétons et où la vitesse de circulation des voitures n’excède pas 30 kilomètres/heure. Par ailleurs, le projet a contribué à la création d’un environnement plus reposant et agréable, avec par exemple la création de petits canaux le long des pistes cyclables.
Les matériaux utilisés pour le revêtement des rues, comme l’asphalte et les matériaux de synthèse, ont été choisis dans un souci de recyclage et pour leurs caractéristiques environnementales.

La circulation dans le quartier et l’usage des transports ont été facilités par l’introduction d’un nouveau moyen de transport en commun : le train électrique sur route. Ce train relie plusieurs quartiers périphériques à l’est du centre-ville avec le centre de Malmö, ainsi que certains carrefours de bus pour se connecter au réseau de la ville. Deux trains modulables constituent ce nouveau système de transport, qui peut contenir vingt-huit passagers par wagon (soit cinquante-six au total).
Ces trains sont montés sur pneus et permettent au conducteur de choisir sa trajectoire, ils sont alimentés par une batterie électrique d’une durée de cinq heures (chargée par de l’électricité ayant le label Énergie verte) qui se remplace en une minute.
La mise en place de voitures électriques a été également prévue afin de faciliter la mobilité et de favoriser le développement de transports propres. Ce parc de véhicules électriques en location permet aux habitants du quartier d’avoir accès plus facilement aux autres parties de la ville. Les voitures sont rechargées par de l’électricité ayant le label Énergie verte dans une station implantée sur la place principale du quartier. Les habitants peuvent les louer à l’heure et se garer gratuitement dans toute la ville.

Afin de faciliter l’accès aux bâtiments aux personnes âgées, des immeubles ont été équipés d’ascenseurs.
La location des appartements dans ces immeubles est proposée en priorité aux personnes âgées ainsi qu’aux personnes à mobilité réduite. Un bâtiment neuf d’un seul étage a été construit dans le centre du quartier pour y accueillir principalement des personnes ayant plus de cinquante-cinq ans. Au total, cette action a concerné cent appartements.

La gestion de l’énergie

Les actions visant à la réduction de la consommation d’énergie ont d’abord été menées à l’échelle urbaine (actions de sensibilisation des habitants aux économies d’énergie ainsi que quelques actions sur les bâtiments en limite du quartier, sur les bâtiments de l’école, sur les toits des maisons des ressources et sur ceux des immeubles de la zone industrielle) et dans le secteur des transports avec la mise en service d’un parc de véhicules électriques et d’un système de transport public électrique.

Dans le cadre d’actions de sensibilisation, les habitants de deux bâtiments ont payé leur facture de chauffage et d’eau chaude à partir de relevés de compteurs individuels et non plus au forfait, ce qui les a conduits à s’intéresser à leur consommation.
Une eco-classroom a été construite sur un terrain jouxtant l’école. Ce bâtiment démontable est construit à base de matériaux naturels (bois) ; il est équipé de capteurs solaires, d’une pompe à chaleur et d’une toiture végétalisée. Une maison pour le recyclage des déchets a été construite en paille et en argile par les enfants eux-mêmes. Les élèves peuvent y transformer les déchets et les restes de la cantine en compost. L’école est équipée de toilettes à double flux, de vitrages performants et d’une isolation renforcée.
Sur les toits des maisons des ressources et des immeubles de la zone industrielle comme sur celui du jardin botanique d’Augustenborg, des toitures végétalisées (couvrant 10 000 mètres carrés dans le quartier) ont été mises en oeuvre.

Des interventions plus importantes sur les bâtiments on été prévues dans la deuxième phase du projet avec la prise en compte des performances énergétiques des bâtiments. Un Plan climat a été établi pour le quartier, prévoyant l’utilisation des énergies renouvelables (capteurs solaires et panneaux photovoltaïques, pompes à chaleur), la récupération de la chaleur, un système de facturation et de compteurs individuels conforme aux consommations réelles et un programme de sensibilisation des habitants. On remarquera cependant qu’en 2006 tous les panneaux solaires ont été retirés parce qu’ils ne fonctionnaient plus.

La gestion de l’eau

Le quartier Augustenborg était régulièrement inondé à cause d’un système sous-dimensionné d’évacuation des eaux et d’une forte imperméabilisation des surfaces. Les services municipaux ainsi que les habitants ont dû effectuer des travaux de réparation sur les réseaux. La saturation des réseaux d’eau provoquait également des dégorgements d’eau non traitée. Un nouveau système de collecte et de stockage des eaux de pluie a donc été créé, visant à limiter les surcharges du réseau lors des fortes pluies.

Le but était de collecter et de stocker 70 % des eaux de pluie du quartier. Le système a été conçu par un habitant qui, par la même occasion, a créé sa propre entreprise pour la réalisation de ce système de collecte des eaux de pluie, en partenariat avec l’usine de traitement des eaux de Malmö. Le système, appelé « canal des gouttes », a une forme esthétique et lisse s’insérant parfaitement dans le paysage. Il est placé sur l’herbe avec une légère pente, afin de transporter l’eau superficielle dans des canaux ouverts. Des corps ou « boules en béton » situées le long des canalisations favorisent l’autonettoyage et réduisent ainsi les besoins en maintenance.

Ce processus a abouti à la création de canalisations en acier recouvertes d’une couche de béton. La forme des corps insérés dans les canaux a été mise au point lors de plusieurs essais, notamment par rapport à la rétention et au transport des petits dépôts.
L’adaptabilité et la résistance aux jeux des enfants ainsi que l’aspect esthétique ont constitué des facteurs déterminants dans le design des canalisations.

La majeure partie du quartier est traversée par un réseau de canaux ouverts complété par des bassins de rétention d’eau. Le système est organisé en petits drains de récupération des eaux se jetant successivement dans des canaux plus larges pour finir dans des bassins de rétention. L’eau est donc stockée ou s’évapore, mais des canaux desservent également d’autres quartiers de la ville.
La rétention d’eau permet la création de marécages et favorise ainsi une amélioration de la biodiversité sur le site. Il a également été prévu de créer une patinoire l’hiver sur les zones de rétention d’eau.


La gestion des déchets ménagers

Les trois mille habitants d’Augustenborg et l’école du quartier produisaient chaque année 1 125 tonnes de déchets dirigés vers les usines d’incinération.
Les conteneurs qui existaient étaient mal utilisés, dans des conditions sanitaires peu satisfaisantes. Plusieurs actions ont été menées afin de réutiliser ou recycler 90 % des déchets.

Des poubelles de collecte sélective ont été distribuées et treize maisons des ressources ont été mises en place de telle sorte qu’elles soient à moins de 130 mètres des logements, munies de différents conteneurs pour réaliser un tri sélectif et d’unités de compostage valorisant les déchets organiques.
Les habitants ont été associés à la conception des maisons des ressources : soixante ménages ont aidé à la mise en forme du système de recyclage. Ils ont participé aux démonstrations des schémas de fonctionnement, notamment en suivant les différentes étapes de la vie des déchets et en visitant des systèmes de collecte dans d’autres villes suédoises.
Les habitants peuvent trier le papier, les cartons, le plastique, le verre, le métal, les batteries et les déchets organiques, ces derniers étant transformés en compost en quatre semaines. Par la suite, ils ont également eu la possibilité de trier les encombrants, les textiles, les déchets électroniques et les déchets dangereux (peintures, solvants, médicaments…).

Par ailleurs, un Swap Shop (ou centre de troc) a été mis en place au dépôt central pour échanger les vieux objets. Le nouveau dépôt de déchets, situé dans la zone industrielle, est géré par une nouvelle société dirigée par des habitants du quartier, qui a créé ainsi de l’emploi local. Celle-ci traite également les déchets de l’école.

Cette étude de cas est extraite de l’ouvrage « L’urbanisme durable » de Catherine Charlot-Valdieu et Philippe Outrequin

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X