Paysage

Communes fleuries d’Occitanie : Perpignan stimule les nouveaux usages (4/4)

Partie prenante de la tournée occitane du jury national des villes et villages fleuris de France, Paysage Actualités a visité Perpignan le 6 juillet, quatrième et dernière étape de son feuilleton numérique de l’été après Fraïsse-sur-Agout, Nîmes et Alès.

La première année de mise en œuvre du Plan Canopée de la ville de Perpignan produit ses effets dans la cité-jardin du Moulin à Vent, créée dans les années 60 au sud de la ville pour les rapatriés d’Afrique du Nord. La nouvelle politique de plantation d’arbres urbains tire les leçons de cinq ans de lutte contre les attaques du charançon rouge du palmier, apparu ici en 2012 : « A raison de 200 000 euros par an, nous ne parvenions qu’à ralentir la progression du parasite, sans la circonscrire », soupire Guilhem Hugounec, directeur des espaces verts, de la voirie et de la propreté urbaine.

 

Contourner le charançon rouge

 

Le repli tactique n’ébranle pas les deux piliers fondateurs de la cité-jardin : végétation subtropicale, entretien prestigieux. « D’autres essences peuvent créer autant d’ombre, avec des effets de volume importants », plaide Guilhem Hugounec. Le combat pour le sauvetage des palmiers ne se poursuit que sur 250 sujets patrimoniaux du centre-ville. « Alors que les habitants et les associations locales s’étaient d’abord opposés à toute solution alternative, la concertation en amont les a rassurés », affirme Virginie Barre, adjointe déléguée au cadre de vie et à l’embellissement de la ville.

 

Le skate parc plébiscité

 

En 2016 après six ans de travaux, l’achèvement du lifting du parc des sports de 30 hectares, attenant à la Cité jardin du Moulin à Vent, a conforté la confiance entre les habitants et la municipalité. Le skate parc de 7000 m2 traduit l’écoute des nouveaux usages : conçu par Constructo, spécialiste de ce type d’aménagements, et géré par l’association Driver, l’équipement de près d’1 million d’euros a immédiatement trouvé son public, tant parmi les riverains que dans la communauté des passionnés des figures acrobatiques sur roues, issue des régions françaises et espagnoles environnantes.

 

Trame bleue

 

La capacité de renouvellement dans la fidélité à l’esprit d’un lieu ne se limite pas aux quartiers sud : le centre-ville en apporte une démonstration magistrale, avec les nouvelles décorations florales qui agrémentent le quai Vauban, depuis le début de cet été sur les rives de la Basse. La prédominance des vivaces et des bisanuelles résulte de l’adaptation du centre de production horticole municipal à l’entretien sans phytosanitaires. 

Ce joyau de l’entrée dans le centre-ville traduit une autre constante de la politique municipale des espaces verts : les canaux et rivières servent de vecteurs à la trame verte et bleue. Creusé au XIIème siècle pour irriguer le palais des rois de Majorque, Las Canals, propriété de la ville, trace une promenade labellisée Eco-jardin tout au long de son cours de 35 km. Les alignements de ses rives arborées sont entrés en phase de renouvellement : les plantations de frêne et de chêne complètent les platanes.

 

Balançoire géante

 

La gestion paysagère de l’eau inspire un autre projet de promenade, sur 22 km le long de la Têt. L’itinéraire prendra naissance sous la passerelle cyclable et piétonne construite par Marc Mimram, à côté du théâtre de l’Archipel livré par Jean Nouvel, et qui a servi de déclencheur à la métamorphose urbaine en cours. Retenu pour en dessiner la première tranche, l’agence de paysage Base promet une balançoire dont les va-et-vient s’étendront sur 40 m de long. La mise en scène paysagère de l’eau entraînera un autre chantier majeur à partir d’octobre : maîtres d’œuvre du parc San Vicens construit en 2006 dans le cadre du plan de prévention contre les risques d’inondation, Alep Paysage en a décroché le projet d’extension qui portera sa surface à 10 hectares au lieu de 7.

 

Friches requalifiées

 

Au-delà de cette végétation de bord de rives, les anciens délaissés périurbains reprennent de la couleur grâce aux maîtres d’ouvrage privés : des plantes de jardin méditerranéen sec prospèrent autour de l’hypermarché Auchan, conformément aux prescriptions imposées par la ville dans le cadre du plan local d’urbanisme adopté en 2016. « Axé sur la trame verte et bleue, ce plan a bloqué toutes les zones à urbaniser », précise Guilhem Hugounec.

Le volontarisme municipal, dans la reconquête paysagère des friches, s’est également exprimé à l’ouest de la célèbre gare que Salvador Dali qualifiait de centre du monde : une convention de mise à disposition anticipée a permis à la ville d’engager la requalification avant la cession des emprises ferroviaires par la SNCF.

 

Premiers jardins familiaux

 

La gestion écologique du foncier s’appuie sur les leviers sociaux et économiques des jardins familiaux et du maraîchage. Le quartier Maillol a montré l’exemple des premiers, avec 25 parcelles délimitées par des ganivelles et ponctuées d’arbres attachés à  leurs tuteurs par des cordes en toile de jute. Une réserve foncière permettra son extension. A chaque site dont la capacité maximale n’excédera pas 100 parcelles de 50 à 120 m2, correspondra un look caractérisé par les cabanes et installations mises à disposition par la ville. Parallèlement, cette dernière soutient la production maraîchère locale en circuit court, issue des jardins Saint-Jacques, à l’Est de la ville : l’opération nationale Fraîch’Attitude s’est déclinée le 16 juin avec 600 écoliers de la région.

 

Plus près du centre historique, les boulevards qui le contournent, depuis l’abattage des remparts au début du XXème siècle, entament une cure de jouvence : « Le parc Bir-Hakeim constitue le plus grand espace vert de la ville, mais les perpignanais ne le perçoivent pas, en raison de son morcellement en cinq parties », diagnostique Guilhem Hugounec. Première étape de l’opération, l’aménagement de clôtures végétales démarrera en octobre, sous la maîtrise d’œuvre des architectes et paysagistes d’Atelier Site.

 

Grimpantes citoyennes

 

A l’intérieur de cette ceinture en voie de verdissement, l’embellissement des voies étroites de l’hypercentre suit son cours durant l’été 2017, avec un pavage ocre, qui reflète les teintes des murs de galets et de granit. Jalonné par une signalétique en acier corten qui mêle les informations pratiques sur les temps de parcours à pied et l’interprétation des pages d’histoire locale, le quartier central offre, depuis deux ans, un accès public aux bâtiments historiques remarquables, avec leurs patios jardinés. Le public contribue à l’embellissement : « Grâce à l’enthousiasme communicatif d’un résident australien, la rue des Amandiers est devenue l’emblème des grimpantes du centre-ville », se réjouit Virginie Barre. Un signe, parmi d’autres, d’une ville qui s’adapte aux usages pour mettre en valeur ses atouts.

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