Paysage

Comment sortir de la France moche

Mots clés : Politique de la ville - Réforme de l'Etat

Haro sur la France moche des périphéries commerciales et des banlieues pavillonnaires ! Le 6 décembre à l’initiative de Paysage Actualités, une conférence montrera les convergences entre les politiques publiques et les initiatives privées, pour ré-enchanter les entrées de ville.

Deux nouvelles batailles réglementaires font rage sur le front des entrées de ville, dans la foulée de la loi Création, architecture, patrimoine (Cap), promulguée le 7 juillet dernier : celle du seuil d’application et celle de l’égalité entre paysagistes et architectes. L’article 81 sur les permis d’aménager s’appliquera-t-il à partir de 2000 m2, comme le souhaitent les représentants de ces professions ? Ou au-delà de 20 000, comme le demandent les géomètres-experts ?

 

Aléa de calendrier

 

A cette pomme de discorde qui montre l’ampleur des résistances à une nouvelle manière de concevoir les lotissements pavillonnaires, s’ajoutent les suites de la course législative entre les lois Cap et Biodiversité : le statut de paysagiste concepteur n’existe que depuis la promulgation de cette dernière, le 8 août. Le décalage d’un mois entre les deux lois n’a pas permis d’expliciter la mention de la nouvelle profession réglementée, parmi les mandataires légitimes des maîtrises d’œuvre de lotissements.

 

Etape législative

 

Derrière les résistances au changement et les aléas de procédure, le législateur rappellera l’essentiel, le 6 décembre lors de la conférence de Paysage Actualités sur les entrées de ville : « Jamais on n’avait autant légiféré sur la qualité architecturale depuis 1977 », se réjouit le député Patrick Bloche, rapporteur de la loi Cap et auteur du rapport parlementaire qui a inspiré son volet architectural. Vigilante dans la bataille des décrets d’application, la Fédération française du paysage se félicite du saut qualitatif, mais formule des craintes pour la palette végétale des petits lotissements : « La loi du marché favorisera les architectes, qui ne s’entourent pas toujours de paysagistes », s’inquiète son président Jean-Marc Bouillon. Face à lui le 6 décembre, Catherine Jacquot, présidente de l’ordre des architectes, tracera la frontière des compétences entre conception et fabrication : « Les géomètres ne sont pas des concepteurs », a-t-elle rappelé dans un récent communiqué.

 

Le modèle de Brumath

 

 

Au front uni désormais présenté par les architectes et les paysagistes, répond un mouvement de fond qui touche jusqu’aux villes petites et moyennes. En périphérie de la région urbaine de Strasbourg, les concepteurs et aménageurs du quartier de la Scierie, à Brumath, en témoigneront le 6 décembre : « A moins de cinq minutes à pied de la gare, on peut densifier », argumente l’architecte urbaniste Claire Hamann, représentant l’agence Urbitat, mandataire du projet qui associe les paysagistes de l’agence Complementerre sur une friche urbaine polluée.

Les collectivités ont validé cette orientation avec constance : la commune de 10 000 habitants et son aménageur CM-CIC Aménagement foncier ont confié la maîtrise d’œuvre à l’équipe qui avait piloté la programmation ; le département du Bas-Rhin a inclus le projet dans son dispositif Quartier Plus, qui incite à la sobriété foncière dans les petites villes. « La raréfaction des terrains urbanisables offre une opportunité pour accélérer ce type de projets, de même que la systématisation du recours à l’architecte, même s’il reste beaucoup de pas à franchir, notamment pour limiter le recours excessif à la voiture », souligne Pascale Poirot, présidente du syndicat national des aménageurs lotisseurs invitée à la table ronde du 6 décembre.

 

Mutations commerciales

 

 

Seconde cible des pourfendeurs de la France moche après les lotissements, les zones commerciales périphériques commencent, elles aussi, leur mutation paysagère. Sponsor de la conférence de Paysage Actualités, La Compagnie de Phalsbourg confirme et amplifie, de projet en projet, sa vision portée avec le paysagiste Paul Arène. Ces références ont calé le modèle de centres commerciaux conçus comme des interfaces entre ville et campagne, avec des emprises majoritairement occupées par des espaces verts. Amoureux des arbres et fondateur de la compagnie, Philippe Journo dévoilera les ressorts de ce modèle en voie d’essaimage dans la périphérie madrilène.

 

Maîtres d’ouvrage, encore un effort…

 

« Même le groupe Auchan, tant décrié par ailleurs, montre l’exemple d’une remise en cause, avec un projet de démolition et de reconstruction qui libérera l’entrée sud de Blois », constate Christophe Degruelle, président de la communauté d’agglomération Agglopolys. Ces initiatives convergent avec la volonté affichée par Martine Pinville, secrétaire d’Etat chargée du commerce, le 21 octobre lors de la remise du rapport d’Yves Dauge sur la revitalisation commerciale des centres-villes.

Invité à la table ronde du 6 décembre en sa qualité de vice-président de l’Assemblée des communautés de France chargé du paysage, Christophe Degruelle ne devrait pas manquer de rappeler son message aux élus du bloc communal : « Tout le monde partage le diagnostic sur la France moche posé par Télérama voici quelques années. Les nouveaux outils donnent un cadre, comme en témoignent le plan de relance du paysage et la compétence intercommunale dans les plans locaux d’urbanisme. Désormais, la balle se trouve dans le camp des maitres d’ouvrage ».

 

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  • - Le

    OVNI

    Croit-on vraiment que c’est avec un tel ovni ,visible sur la photo en tête d’article ,que l’on va « humaniser » les abords des villes ? Le colossal et les formes molles ne peuvent remplacer les caisses ordinaires qui constituent l’essentiel des zones commerciales actuelles .Cet exemple prouve que les paysagistes sont indispensables .>.
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