Environnement

Colloque : quand Paris voit ses murs en vert

Mots clés :

Établissement recevant du public (ERP) ou assimilé

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Toiture - Vêture - Etanchéité

Alors que la mairie envisage de végétaliser 100 hectares de murs et de toiture d’ici à 2020, une rencontre internationale s’est tenue le 19 mai à l’Hôtel-de-Ville pour évoquer les avantages et les contraintes de ces greffes de nature sur le bâti.

Avoir les végétaux qui se dressent sur les toits, voilà une idée qui fait frissonner Paris de plaisir. Parce que les opportunités foncières dans la capitale sont bien plus limitées que les envies de verdure, la mairie de Paris a décidé de lancer un plan de végétalisation du bâti et ambitionne d’ensemencer pas moins de 100 hectares de murs ou de toitures d’ici à cinq ans, c’est-à-dire avant la fin de la mandature de la maire Anne Hidalgo. Afin de convaincre les acteurs du paysage et de l’immobilier, privés comme publics, des bienfaits de la démarche, Pénélope Komitès, l’adjointe aux espaces verts, à la nature et à la biodiversité, et son collègue en charge de l’urbanisme, Jean-Louis Missika, les ont conviés le 19 mai au colloque international « Du vert à tous les étages ».

Cette « garden-party » sous les ors des salons de l’Hôtel-de-Ville a permis d’évoquer un certain nombre d’initiatives déjà menées, notamment à l’étranger comme à New-York, Berlin ou Montréal où les réalisations sont déjà très touffues. Et de délivrer ce message : la végétalisation du bâti est non seulement techniquement possible mais elle est aussi très bénéfique. Les avantages, on s’en doutait, sont écologiques. Les surfaces vertes forment autant de points de chute pour la biodiversité en milieu urbain dense, de zones de rétention pour les eaux de pluie ou d’îlots de fraîcheur permettant de réduire la facture énergétique de la climatisation.

 

Absentéisme en baisse

 

Mais « c’est aussi bon pour la productivité des salariés des entreprises installées dans des immeubles végétalisés », expliquait Jean-Eric Fournier, directeur du développement durable à la Foncière des Régions qui gère un vaste patrimoine de bureaux. On estimerait ainsi que l’absentéisme au travail baisserait de 10 % quand les fenêtres d’une société donnent sur du vert. Bon pour le moral, le vert est aussi un excellent agent d’ambiance et de lien social. Dans le logement social, « on voit bien comment de tels projets arrivent à fédérer les locataires », remarquait Hélène Schwoerer, directrice de la maîtrise d’ouvrage et du développement à Paris-Habitat.

Le colloque a aussi permis d’exprimer un certain nombre de réticences. Celle des gardiens du patrimoine d’abord qui, tel Serge Brentrup qui dirige les ABF (architectes des bâtiments de France) parisiens, restent prudents sur la possibilité de planter sur le faîte des immeubles anciens. Scepticisme aussi du côté des acteurs de la promotion privée, comme l’a rappelé Ingrid Nappi-Choulet, titulaire de la chaire Immobilier et développement durable de l’Essec. « Pour eux, la végétalisation demeure un sujet complexe et coûteux », a-t-elle constaté, tout en rappelant l’existence du cahier téléchargeable « Végétaliser la ville de demain : quels enjeux pour l’immobilier ? »

 

« Bien-être global »

 

Sujet sensible que ce possible surcoût, également pour les bailleurs sociaux. « Il est de notre responsabilité de ne pas impacter les charges de nos locataires, car nous logeons des gens modestes, a ainsi rappelé Hélène Schwoerer. Mais finalement, ce surcoût, s’il est réel dans les opérations de réhabilitation, n’existe pas vraiment dans les constructions neuves, puisque la végétalisation est prise en compte dans le projet dès le départ. Il faut donc voir le coût de revient global… Et le coût de bien-être global, également ».

Désormais convaincus, ou pas, les maîtres d’ouvrage devront en tout cas développer leur main verte. La modification du Plan local d’urbanisme de Paris, qui devrait intervenir en fin d’année, pourrait en effet imposer une part de végétalisation dans les constructions neuves au-delà d’un certain seuil de surface de toiture créée.

 

Focus

Végétaliser le pavé, ce sera permis

On peut verdir le bâti, mais on peut en faire de même avec la voirie. Et ce devrait être bientôt plus facile. Pénélope Komitès a en effet expliqué, lors du colloque, qu’un « Permis de végétaliser » sera soumis au vote des élus lors du Conseil de Paris de la fin juin. Jusqu’ici les Parisiens qui souhaitent jardiner dans l’espace public, en bas de leur immeuble, au pied d’un arbre ou dans une jardinière, doivent attendre de longs mois avant d’obtenir une autorisation. La mairie entend donc apparemment raccourcir l’instruction de leur demande. Les bénéficiaires de ce permis, qui pourront être des particuliers ou des associations, devraient également être exonérés de redevance. En échange, ils devraient s’engager sur une charte qui les obligerait à ne pas utiliser de produits phytosanitaires, à être économe en eau ou à éviter de planter des essences de plantes invasives ou urticantes. Ces jardiniers du bitume devraient en outre, évidemment, promettre d’entretenir leurs plantations, sinon leur micro-parcelle pourrait être dévolue à quelqu’un d’autre.

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