Profession

Christophe Gulizzi : « Je suis un artisan »

L’architecte marseillais qui fêtera les dix ans de son agence l’an prochain se raconte en fils d’ouvrier, ancien cancre et ex-apprenti chez Ricciotti. Un parcours mené par « l’intuition et l’instinct de survie ».

« Quand il n’y a plus d’ascenseur social, tu prends l’escalier ! Christophe Gulizzi en a fait la démonstration. » Compliments d’un architecte méridional à autre architecte méridional, Rudy Ricciotti parle sans se faire prier de son cadet. Les deux hommes, il est vrai se connaissent bien puisque Christophe Gulizzi est passé par l’agence de l’homme de Bandol, jusqu’à ce qu’il soit diplômé en 1997 de l’école de Marseille. Pour décrocher les quatre lettres, DPLG, le jeune homme avait bel et bien emprunté des escaliers. Pas les moins raides.

Né en 1969 à Toulon, il a « grandi sur les chantiers ». Il y accompagnait son père, émigré sicilien, maçon de son état. « L’odeur du ciment ou le poids d’un agglo », le garçon connaissait. Pas de quoi pourtant se rêver en architecte. Surtout que « socialement en tant que fils d’ouvrier, on n’est pas programmé pour faire des études dites supérieures », observe-t-il aujourd’hui. Il admet aussi qu’il était un sacré cancre, pas désagréable, mais toujours « à battre la campagne ». L’important, c’était jouer, le foot… Alors de redoublements en orientation vivement « conseillée », il s’est retrouvé en menuiserie. A priori, voilà qui ne l’intéressait guère… jusqu’à ce que ça commence à lui plaire vraiment. Son BEP-CAP n’était finalement pas une impasse et il a pu intégrer d’autres filières : brevet de technicien « aménagement d’intérieur », BTS d’architecture d’intérieure pour arriver finalement à l’école d’architecture tout court. Un stage en agence lui avait permis de « ressentir la générosité qu’on pouvait donner aux gens. Pour moi, l’architecte n’est pas un intellectuel, c’est un jouisseur ».

 

Petits boulots

Ce parcours, il le décrit comme « un peu intuitif, construit sur un instinct de survie ». Autonome très tôt, Christophe Gulizzi devait, pour financer ses études et son quotidien, varier les petits boulots: il a fait manœuvre sur les chantiers, a acheté une machine à bois pour fabriquer des portes de placards et autres éléments de cuisines au black. Il a aussi fait professeur de planches à voile et même loué des pédalos sur la plage Bandol… Bandol où il est donc revenu quelques années plus tard toquer à la porte de Rudy Ricciotti. Celui-ci faisait déjà parler de lui, pas forcément en bien d’ailleurs. Christophe Gulizzi s’en amuse : « Quand les professeurs commencent à dire du mal d’un archi, c’est là qu’il est intéressant d’aller voir. » Il a été bien accueilli. « On a tous les deux un nom qui finit en i », lance Rudy Ricciotti. Le jeune homme dès lors est resté, pendant quatre ans.

Puis « dès le lendemain de mon diplôme, je me suis inscrit à l’Ordre et je suis allé vadrouiller dans différentes agences de Marseille pour continuer à rencontrer des gens », poursuit Christophe Gulizzi qui a monté son propre bureau en 2002. Deux ans plus tard, il l’installait dans une ancienne chapelle arménienne, datant des années 1870, un lieu à la fois spectaculaire et apaisant. « Etonnamment, en entrant, tout le monde baisse la voix », a-t-il pu remarquer.

 

Célébrité

En 2004, lui qui se décrit comme « un artisan » a achevé le gymnase Louis-Blériot, à Marignane. Le bâtiment lui a valu d’être mentionné au prix d’architecture de la Première œuvre. Ont suivi l’extension d’un lycée à Tarascon, un laboratoire à Aix-en-Provence ou des logements à Marseille, d’autres équipements sportifs. On trouve pas mal de béton dans tout cela, à croire qu’il aurait contracté le virus chez Ricciotti. « On est tous les deux amoureux de la matière mais nous ne l’utilisons pas dans le même registre. Je suis plus brutaliste », note Christophe Gulizzi qui jamais ne renie ses influences. Rudy Ricciotti apprécie, dit de lui que « c’est un type bien, solide, plein de persévérance et d’engagement ». Sa maison d’édition Al Dante a d’ailleurs publié un ouvrage sur l’une des dernières livraisons de Christophe Gulizzi, le fameux complexe sportif Z5 (*).

Fameux, parce que l’établissement inauguré en juin dernier est une création de Zinedine Zidane et de ses frères. Christophe Gulizzi en a tiré le souvenir « d’une belle aventure humaine », mais aussi une certaine célébrité qui, glisse-t-il, ne lui vaut pas que de la bienveillance. Aujourd’hui, il passe « les frontières de PACA », regarde vers la capitale et travaille notamment sur le projet d’un autre d’équipement sportif pour la ville de Massy, dans l’Essonne. De toute façon, Christophe Gulizzi partage déjà sa vie entre Marseille et Paris, où vivent sa compagne et son fils.

 

www.gulizzi.com

(*) « Z5 », architecte : Christophe Gulizzi, texte : Jean-Michel Espitallier, photographies : Lisa Ricciotti. Editions Al Dante, 18 €.

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