Performance énergétique

Chine: la première tour à dépasser les 1000 mètres décrochera-t-elle aussi le titre de « gratte-ciel le plus écologique » ?

Mots clés : Démarche environnementale - Immeuble de grande hauteur

Les acteurs français de la construction durable ne sont pas les seuls à souhaiter faire de la ville chinoise de Wuhan leur « show room ». Une équipe de maîtrise d’œuvre britannique propose au maire de la ville une tour de 1000 mètres qui vise à rendre les sept hectares qui l’environnent énergétiquement autonomes et à dépolluer.

La Chine souhaite faire de Wuhan, ville de dix millions d’âmes située dans la province du Hubei au milieu de la Chine, une ville écologique modèle. Et la France compte bien s’associer à cette ambition et faire de cette cité chinoise exemplaire un « show room » de la « french touch » en matière d’urbanisme, d’architecture et d’ingénierie.

Lundi 3 novembre, la maire de Lille, Martine Aubry, représentante spéciale pour la Chine du ministre des Affaires étrangères a reçu, dans son fief nordiste, le Secrétaire Général de la province du Hubei ainsi qu’une cinquantaine de représentants d’entreprises et d’acteurs économiques chinois. Plusieurs accords sur les modalités opérationnelles et financières de projets impliquant EDF, Keolis, Schneider Electric ou encore l’agence d’architecture Arte Carpentier, en vue de l’établissement d’une « smart city » de plus de 100.000 habitants en périphérie de Wuhan, ont été signés.

Mais d’autres pays comptent bien faire du premier port fluvial chinois une vitrine de leur savoir-faire.

Une équipe de maîtrise d’œuvre britannique associant Laurie Chetwood et les ingénieurs de WSP – concepteurs de la structure de l’immeuble londonien The Shard, plus haut bâtiment européen – a conçu pour le groupe chinois Hua Yan (spécialisé dans la production de gigantesques spectacles et investissant dans l’immobilier) deux tours dont l’une d’elles doit s’élever sur plus d’un kilomètre.   

Mais les grattes ciel imaginés par Laurie Chetwood ne se contenteront pas d’aller titiller les nuages qui survolent la ville de Wuhan. « Pour justifier la forme et la taille du projet, nous avons cherché à appliquer le maximum de concepts environnementaux », explique Laurie Chetwood, pionnière de l’architecture durable outre-Manche. Celui qui s’était fait remarquer en 2000, en livrant, dans le quartier londonien de Greenwich, un supermarché équipé d’éoliennes et dont les rayons sont éclairés à la lumière naturelle – premier centre commercial à atteindre l’excellent niveau de la certification environnementale anglo-saxonne Breeam – a cette fois imaginé un couple de tours aux fonctions complémentaires.  

 

Deux tours qui forment un couple parfait

 

La plus haute, baptisée Feng – phénix de sexe masculin en chinois – recouverte d’un plumage photovoltaïque et d’une crête éolienne « alimentera », la plus petite,  Feng – phœnix femelle – recouverte d’une immense façade végétalisée.  Implantées sur un lac de Wuhan, où les étés sont longs et torrides et les hivers court et frais, les deux « oiseaux » devraient s’auto suffire. Les déchets produits dans les tours finiront dans une chaufferie à biomasse ou serviront à alimenter des piles à combustible à  hydrogène, équipements qui en recombinant du dihydrogène et du dioxygène créer simultanément de l’eau, de la chaleur et de l’électricité.

Pour assurer le rafraîchissement des bâtiments, l’équipe de maîtrise d’œuvre se repose sur un dispositif utilisant le potentiel thermodynamique de l’évaporation de l’eau, combiné à des cheminées thermiques évacuant l’air chaud. Les deux phœnix tâcheront également d’améliorer la qualité de leur environnement extérieur. L’eau du lac sera pompée pour être dépolluée au sein des tours avant d’être renvoyée dans le lac. Et l’équipe de maîtrise d’œuvre compte même faire des deux gratte-ciel des filtres à air géants pour la ville. 

L’architecte a aussi souhaité faire de ces deux bâtiments des icônes de la biodiversité.  L’installation d’hôtels à insectes et des boites à chauves-souris encourageront  l’implantation d’espèces rares sur le site.

 

On ne fait pas des gratte-ciels de 1000 m avec du bambou

 

Energie, déchet, biodiversité, les tours Feng et Huang traitent les trois sujets en profondeur. La thématique environnementale sur laquelle l’équipe de maîtrise d’œuvre ne s’aventure pas est, sans surprise, celle de l’ « énergie grise » – quantité d’énergie nécessaire pour fabriquer les matériaux du projet et élever les tours. Pour bâtir deux tours qui traversent les nuages, les architectes et les ingénieurs souhaitent s’appuyer sur des matériaux et des techniques  constructives « classiques ».

Superstructures d’acier accueillant une enveloppe de béton préfabriquée, renforcées avec des contreforts en béton, les deux tours s’élèveraient au milieu d’un site de sept hectares. Le projet, dont le montant des travaux est estimé à  1,5 milliards d’euros, est encore à ce jour suspendu au feu vert du maire de Wuhan. Au sein de l’agence de Laurie Chestwood, on souligne que, lors du dernier entretien avec le maire de la ville, ce dernier s’est montré « enthousiasmé » par les bâtiments proposés. S’il se laisse définitivement séduire par les deux green buildings rose fuchsia, les travaux pourraient débuter l’année prochaine.

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