Marchés privés

Charles-Emmanuel de La Conté, directeur juridique de Freyssinet (Vélizy) : « Pluridisciplinarité et réactivité des juristes »

Filiale de Vinci Construction, Freyssinet réunit plus de 100 filiales et emploie 8 000 collaborateurs dans le monde. Son chiffre d’affaires prévisionnel pour 2008 s’élève à un milliard d’euros, réalisé à 80 % hors de France. « Polyvalence », tel est le mot d’ordre du directeur juridique qui assume l’ensemble des compétences liées à cette fonction.

Dans quels domaines d’activités intervient le groupe ?

L’entreprise est divisée en trois métiers que sont le pôle « structures » regroupant les travaux historiques tels la précontrainte, les haubans, la réparation/maintenance exercés sous la marque Freyssinet ; le pôle « nucléaire » couvrant les opérations d’étude, travaux neufs, démantèlement et assainissement en milieu nucléaire exercé sous la marque Nuvia ; et le pôle « sols » couvrant les activités de sol renforcé et d’amélioration de sol exercé sous les marques Terre Armée et Ménard.

A quel niveau vous situez-vous dans la hiérarchie de l’entreprise ?

Freyssinet est constitué d’une holding à laquelle j’appartiens, relayée par un réseau d’entités opérationnelles autonomes à travers le monde entier. Elles rendent compte à des directeurs de pôles rattachés au président. Je suis rattaché au directeur administratif et financier du groupe, Yann Grolimund, lequel dépend directement du président, Bruno Dupety. Cette organisation illustre l’imbrication du juridique et du financier. En effet, aujourd’hui, la seule pratique du droit ne suffit plus ; il faut tenir compte de l’impact financier des décisions juridiques.

Comment votre direction est-elle organisée ?

La direction couvre la totalité des questions juridiques et assurances, des risques et des opérations corporate (communication d’entreprise) de la société. Je suis assisté de deux juristes seniors et d’une assistante confirmée. La fonction est fortement centralisée au siège. La distribution des tâches juridiques s’effectue en fonction des métiers du groupe. Il y a donc un juriste qui s’occupe des pôles « structures » et « nucléaire » et un autre qui s’occupe du pôle « sols ». En plus de mes activités de directeur juridique, je m’occupe directement du support des filiales aux Etats Unis et en Asie, et des acquisitions. Il me paraît préférable de scinder le département en fonction des métiers plutôt que des matières juridiques (négociation, contentieux, assurance…), car l’expérience a montré la démotivation des juristes cantonnés à un rôle répétitif et limité. Chacun doit être capable de répondre à la totalité des besoins, même s’il possède un domaine d’expertise. Je crois en la pluridisciplinarité et en la réactivité des juristes. Celle de Freyssinet dépend de la capacité de ses juristes à répondre efficacement aux besoins des opérationnels. Il s’agit là d’une vision globale et économique du droit. Attention, réactivité ne signifie pas précipitation !

Quels sont vos liens avec les autres départements et les filiales du groupe ?

Nos liens sont constants et informels, que ce soit avec la direction générale, la direction financière, la direction des ressources humaines, la direction technique ou nos filiales. Le point de contact avec les opérationnels est informel, permanent et à tous les niveaux : directeur de filiale, chef d’agence ou conducteur de travaux afin d’assurer le meilleur service possible (négociation, exécution, suivi de contrat). Notre fonction de support nous impose d’être « force de propositions » à tout moment. Il est donc normal que nous soyons d’une totale accessibilité.

Pouvez-vous nous décrire exactement la fonction de directeur juridique ?

C’est un gardien de la sécurité de l’entreprise, que ce soit pour la détention des participations, l’évaluation ou la couverture des risques contractuels, ainsi qu’un outil d’aide à la décision. C’est aussi une fonction de soutien et de créativité, afin de mettre en œuvre les décisions prises au niveau stratégique ou opérationnel et ce, quel que soit le type d’opération : commerciale, pour la réalisation d’un marché, ou financière, dans le cadre de l’acquisition d’une société ou encore de brevets ou de marques.

La fonction juridique, chez Freyssinet, à ceci de particulier qu’elle est très large pour nos métiers. Nous gérons aussi bien les activités corporate des filiales (assemblées générales et conseils), assurance (toutes les polices groupe et spécifiques), la propriété industrielle (plus de 800 brevets et 1 050 marques dans le monde) que les contrats et marchés et les contentieux.

Le directeur juridique assume deux types de fonctions ; la fonction support opérationnels et celle stratégique de gestion du risque. La première concerne l’assistance de tous les jours aux opérationnels. La deuxième est plus spécifique à ma fonction et à mon expérience en corporate et en risk management (gestion des risques) : j’assiste la direction générale dans ses missions stratégiques et je veille à leur mise en place (acquisitions, assurance, compliance, délégations de pouvoirs). C’est ce qui différencie un directeur d’un chef de service juridique qui ne possède, en général, que des fonctions opérationnelles de conduite des marchés et des chantiers.

Quelles sont les activités contractuelles de la direction juridique ?

La direction réalise ou révise tous les contrats à long terme, tels ceux de recherche-développement ou les baux ou les investissements. Pour ce qui est des marchés, seuls les contrats importants par leur taille ou le risque potentiel sont examinés. Chaque directeur d’entité juge bon ou pas de nous consulter. Freyssinet intervient soit en sous-traitance d’une entreprise générale (s’agissant des activités « précontrainte » ou « renforcement » de sols), soit en tant qu’entrepreneur, que ce soit dans l’activité nucléaire ou dans le cadre de contrats export avec ou sans financement de réparation ou d’amélioration de sols. De façon globale, nous réalisons plus de marchés à finalité publique que privée.

Avez-vous constaté une évolution dans vos fonctions ?

Oui. Cela est dû au développementdes activités du groupe Freyssinet, avec un taux de croissance d’environ 20 % par an depuis 5 ans. La croissance interne ou externe engendre des effets importants, que ce soit pour la gestion des personnes ou l’apport de nouveaux métiers. Cela nous amène à aborder de nouvelles matières juridiques telles que la réglementation nucléaire en France, par exemple, ou encore les législations étrangères lors d’acquisitions ou d’implantations.

Quel est l’impact de la hausse des matières premières sur vos activités ?

Il s’agit d’une réelle difficulté. La fluctuation des prix joue fortement sur nos relations contractuelles, tant avec nos clients qu’avec nos fournisseurs. Il est délicat de mettre en place et faire appliquer des clauses juridiques permettant de préserver les intérêts des uns et des autres.

Focus

Son parcours

Né en 1960.

A suivi un cursus juridique classique, à savoir quatre années à Paris-II Assas, avec une spécialisation en droit des affaires/fiscalité, puis un DESS en droit international comparé de production et distribution de l’énergie.

Est rentré en 1985 à Sicra, puis à SGE-BTP où il a exercé pendant 5 ans le métier de juriste en charge des filiales Ile-de-France.

A rejoint Freyssinet en 1990 comme chef de service, puis comme directeur juridique du groupe.

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