Environnement

Changer la ville pour lutter contre la canicule

Mots clés : Etat et collectivités locales

Alors que la France connaît depuis le 30 juin des températures record, l’Agence parisienne du climat et Météo France présentaient le 2 juillet des solutions pour permettre d’atténuer dans les grandes agglomérations les conséquences des phénomènes caniculaires appelés à se multiplier d’ici la fin du siècle. Voici comment changer la ville pour lutter contre la chaleur.

Depuis le 30 juin, la France à chaud. Très, trop chaud. Un épisode caniculaire  (températures diurnes et nocturnes très élevées pendant plus de 3 jours consécutifs) qui rappelle celui de 2003 : températures maximales de 39,5°C et minimales supérieures à 20 °C, frappent le pays et la situation est particulièrement plus pénible en ville. Particulièrement à Paris. Pourquoi ? A cause du phénomène dit d’Ilot de chaleur urbain (ICU).

Pour faire simple : la nuit en ville, il fait plus chaud qu’à la campagne parce que la chaleur emmagasinée durant le jour par les matériaux des bâtiments ou le bitume des routes et des trottoirs est rejetée dans l’atmosphère dès que cesse l’ensoleillement. A l’inverse à la campagne, les plantes qui ont absorbé de l’énergie durant la journée, cessent de rejetter cette énergie une fois la nuit tombée.

Conséquence, l’îlot de chaleur urbain parisien se traduit par des différences nocturnes de l’ordre de 2 à 3 °C en moyenne annuelle entre Paris et les zones rurales alentour. Et l’écart peut monter jusqu’à 8 ou 10°C. Profitable en hiver, beaucoup moins en été, surtout en période de canicule. « Le citadin aura beaucoup plus de mal à récupérer du stress thermique que représente une forte chaleur », explique Julien Desplat, climatologue. Or ce genre de période devrait se multiplier selon toute vraisemblance. « D’ici la fin du siècle, les vagues de chaleur vont se multiplier et le nombre de jours de vigilance canicule va passer de 1 à 25 par an », prévient-il.

 

Albédo

 

Si ne pas rajouter du réchauffement au réchauffement paraît de bon sens, encore faut-il identifier les moyens d’actions. C’est la tâche à laquelle se sont attelés Météo France et l’Agence parisienne du climat. Avec cette idée : agir sur la ville, ses infrastructures et son organisation, peut faire perdre facilement quelques degrés.

En effet, trois facteurs sont prépondérants dans le développement d’îlots de chaleur : le mode d’occupation des sols, « l’albédo » des matériaux (leur capacité à réfléchir le rayonnement solaire) et la morphologie de la ville (taille et orientation des bâtiments). On peut rajouter à cela les déperditions énergétiques de bâtiments mal isolés, le recours massif à la climatisation qui rejette de l’air chaud ou encore les activités industrielles, et la faible présence d’eau.

L’APC l’a bien compris qui mène donc le combat de la rénovation du bâti parisien et notamment de l’isolation thermique. Celle-ci permet de ralentir le réchauffement des bâtiments et de maintenir une température plus fraîche à l’intérieur. Elle permet également de consommer moins d’énergie et moins de climatisation qui selon, Valéry Masson, chercheur météorologue, « sera de toute façon indispensable en 2100 ».

Il est également possible de se tourner vers des matériaux, notamment en toiture et en façade des bâtiments,  capables de réfléchir le rayonnement solaire et qui selon des simulations permettraient de faire baisser la température de 1 à 3 ° C dans la capitale.

« La végétalisation des toitures isole les bâtiments mais seule l’instalaltion d’une vraie végétation, en pleine terre est efficace pour rafraîchir la ville », estime Valéry Masson. « Les espaces disponibles en ville existent mais la question de la ressource en eau pour ces espaces va se poser alors que les sécheresses devraient se multiplier. »

Du côté des solutions urbanistiques, c’est paradoxal mais « la ville compacte qui permet d’économiser les déplacements et l’énergie en concentrant les habitants et leurs activités accroît non seulement la chaleur mais également l’exposition à la chaleur. »

Une dernière solution existe : changer certains comportements pour imposer un usage modéré de la climatisation avec des températures de consigne de 28 °C dans les logements et 26 °C dans les bureaux, au lieu de 23 dégrés.

Avoir plus chaud pour avoir moins chaud, il fallait y penser…

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  • - Le

    enfin du non sens

    2003 avait déjà marqué les esprits, on avait déjà dit que cela se reproduirait de plus en plus souvent. Pour quelles avancées? … Bien peu. Les techniques de construction ont peu changé, on nous abreuve d’exemples remarquables mais qu’en est-il de la grande masse? On cause, on cause! Quelle place pour les matériaux bio-sources, beaucoup plus lents à la transmission de la chaleur? C’est bien que des missions mettent le doigt sur les failles (exemple Corinne LEPAGE récemment) mais que de compte-rendus mis au placard! Dérangerait-on les grandes organisations? Aurions-nous une telle incapacité à la remise en cause d’habitudes de conception et de construction? 2015 marquera-t-il plus les esprits que 2003? On peut l’espérer. Viser 23° au lieu de 26, c’est tellement simple et évident. Faute d’avoir du pétrole, ara-t-on enfin des idées? Et si on les a, les mettra-t-on en œuvre?
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