Réalisations

Ces architectes belges qui veulent passer la frontière

Mots clés : Architecture - Maîtrise d'ouvrage

Existe-t-il une architecture belge, ou plus précisément une architecture de la Communauté francophone d’outre-Quiévrain ? L’exposition « entrer : », qui se tiendra dès le 5 novembre à Paris, tentera de répondre à cette question quelque peu surréaliste. L’occasion de rencontrer des agences parmi les plus créatives de Bruxelles et de Wallonie, qui veulent désormais séduire la maîtrise d’ouvrage française.

« Artisanale », « pragmatique », « sans ego », « à l’écoute de la commande et des usagers »… À écouter les experts de la question et les principaux intéressés, il existerait des traits communs à l’architecture pratiquée par les agences francophones de Wallonie et de Bruxelles. C’est également le postulat de départ de l’exposition « Entrer : » qui présentera du 5 novembre au 12 janvier prochains, au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris, une sélection de cinq projets issue de la production récente.

« Il existe bien une spécificité des agences bruxelloises et wallonnes dans les notions d’usage, de négociation, de dialogue avec la maîtrise d’ouvrage, mais aussi avec les usagers en raison de la relative faiblesse de cette commande publique », confirme Thomas Moor, chargé de la diffusion culturelle à la Cellule architecture de la Fédération Wallonie-Bruxelles. S’il existe une continuité culturelle entre l’architecture française et belge, la différence d’approche tient au rôle élargi pris par l’architecte dans le projet, en raison d’une maîtrise d’ouvrage publique décrite comme souvent moins professionnelle et directive qu’en France.

« On a souvent l’opportunité de tester des choses et de se comporter comme des artisans. Et nous sommes davantage impliqués sur tous les aspects des projets, notamment financiers et techniques. Ainsi, sur la patinoire de Liège, nous avons mené un important travail de recherche avec les bureaux d’études », explique Catherine Dohmen, associée de l’agence L’Escaut. « Quand on travaille en France, on ressent le cadre normatif, il est plus difficile d’expérimenter. On le voit avec le DTU. » Thierry Decuypere, co-fondateur de l’agence VPlus, n’hésite pas à tirer de cet état de fait des conséquences négatives pour ses confrères hexagonaux : « La procédure française est très cadenassée, l’architecte a très peu de prise. Le programme est vu comme les Saintes Écritures si bien que beaucoup d’architectes français [pour compenser cette situation] sont dans la surenchère des signatures avec beaucoup d’effets de façade et d’emballage. Chez nous, les architectes sont plus autonomes, d’une certaine manière au-dessus du programme, tout en pratiquant davantage les allers-retours avec le maître d’ouvrage. » Selon Thomas Moor, « c’est après la désignation que le projet commence. Et les architectes belges ont cette capacité à le re-questionner aux différentes étapes ».

Autre qualité fréquemment reconnue à la maîtrise d’œuvre d’outre-Quiévrain : la capacité à tenir un budget, qui est hélas la conséquence de finances publiques de plus en plus contraintes. « En Belgique, on a pris l’habitude de travailler avec assez peu de moyens. On budgétise quasiment tout, car le métier d’économiste n’existe pas », indique François Lichtlé, associé de l’agence L’Escaut. Sur les 14 000 architectes belges inscrits à l’Ordre, dont environ 6 000 en zone francophone, les temps sont durs en tout cas. « Il y a une certaine dégradation de l’état de la profession, avec beaucoup de petites agences de deux ou trois personnes », estime Thomas Moor. La tentation de venir en France pour tenter de remporter des concours est donc grande. Pour Thomas Moor, l’aventure est possible, même si l’Hexagone n’a rien d’un Eldorado : « La maîtrise d’ouvrage française pourrait être intéressée par cette capacité à mener le dialogue entre les différentes parties et à se mettre au service du projet et en lien avec la taille des budgets, très peu importants en Belgique… ce qui pourrait bientôt être le cas en France. »

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