Entreprises de BTP

BTP français : parcours d’un grand timide en Amérique latine

Mots clés : Conception - Entreprise du BTP

Au cours de ces derniers mois, Vinci et Eiffage ont accéléré leur développement dans la région. Mais la présence des constructeurs français y reste anecdotique, malgré le dynamisme de certains marchés comme la Colombie. Les ingénieristes ont, eux, déjà compris que l’Amérique du Sud pouvait être un Eldorado. A l’occasion de cette rentrée, le « Bulletin européen du Moniteur » (BEM) publie un « Spécial Amérique latine », dont cet article est extrait. 

L’Amérique latine aurait-elle enfin le vent en poupe chez les constructeurs français ? Jusque-là plutôt réticents à s’engager dans la région, les grands acteurs hexagonaux lorgnent de plus en plus vers les marchés jusque-là monopolisés par les entreprises locales, californiennes, espagnoles, voire portugaises. À quelques mois d’intervalle, Vinci et Eiffage ont avancé leurs pions dans la zone et tous deux jeté leur dévolu sur la Colombie. Début juillet, le major français a annoncé avoir pris une participation de 20 % au capital de l’entreprise Constructora Conconcreto, deuxième groupe de BTP et de promotion immobilière du pays. Et Vinci annonce clairement son intention de « s’ancrer durablement » en Colombie. « Ce partenariat nous permettra de participer et d’accompagner l’ambitieux programme de développement du pays dans le domaine des infrastructures », indiquait alors Xavier Huillard, PDG du groupe français.

Vinci est déjà présent en Amérique latine via Soletanche Freyssinet, qui dispose d’une dizaine de filiales dans la région. Soletanche Espagne réalise d’ailleurs plus de 80 % de son chiffre d’affaires en Amérique du Sud. Eurovia est aussi très active au Chili grâce à sa filiale locale Bitu-mix, major national de la construction de routes. ETF, sa filiale ferroviaire, est également mandataire de la construction et de l’exploitation sur 20 ans des lignes 3 et 6 du métro de Santiago du Chili. Enfin, le secteur des concessions est porteur en Amérique latine pour Vinci Airports, qui a notamment remporté le contrat de construction-concession sur 20 ans de l’aéroport Arturo Merino Benitez de Santiago du Chili.

 

Eiffage ambitieux sur toute l’Amérique du Sud

 

Si Vinci est déjà bien implanté en Amérique latine, Eiffage a fait ses premiers pas dans la région en début d’année, avec l’acquisition de Puentes y Torones, deuxième groupe colombien spécialisé dans les ouvrages d’art. Et ce n’est pas un hasard si le constructeur français a choisi ce pays comme point de départ pour son développement dans la région. « La Colombie est le pays d’Amérique du Sud qui a le programme le plus ambitieux de réalisation d’infrastructures dans les dix ans à venir. On parle de plusieurs milliards de dollars et près de 1 000 ponts à construire. Nous en visons la meilleure part », a rappelé au Moniteur Jean-Louis Servranckx, président d’Eiffage Travaux Publics.

Le marché du BTP colombien compte parmi les plus dynamiques du continent sud-américain, avec une « prévision de croissance moyenne de 5 %  en volume au cours des dix prochaines années », selon le rapport annuel de Bouygues Construction. Le pays a également lancé un vaste plan de construction d’autoroutes dites de quatrième génération. Et Eiffage compte bien s’appuyer sur cette nouvelle implantation pour conquérir le marché sud-américain.

« L’objectif du groupe est de se développer graduellement sur le continent grâce à l’acquisition de sociétés déjà très qualifiées, puis de les faire monter en gamme pour les faire travailler sur des projets de plus en plus complexes », précise Jean-Louis Servranckx. Et en particulier sur les nombreux programmes de construction-concession et PPP qu’offre le continent. Eiffage réfléchit déjà à des acquisitions « dans deux ou trois pays matures » en Amérique latine. La première pourrait intervenir d’ici la fin de l’année. D’autres suivraient début 2016. « Pour nous, l’Amérique du Sud est un bon compromis entre croissance économique et climat d’affaires favorable », explique le dirigeant d’Eiffage.

 

Bouygues et Fayat en retrait

 

Les numéros 2 et 4 du BTP français restent en revanche peu présents en Amérique latine. Après avoir mené de grands projets comme la construction du plus haut pont haubané du monde au Mexique et la rénovation du stade Maracana de Rio de Janeiro, Bouygues réduit la voilure dans la région. « Nous prospectons uniquement au Pérou et en Colombie, et nous n’avons pas vraiment d’objectifs de développement en Amérique latine pour le moment », a indiqué le groupe au Moniteur.

Bouygues reste toutefois présent sur le continent, notamment par l’intermédiaire de Colas, implanté au Venezuela, au Chili et au Pérou. Colas Rail travaille depuis 30 ans sur le métro de Caracas et participe avec ETF à l’extension du réseau métropolitain de Santiago du Chili. Et la filiale ferroviaire du groupe a l’intention d’étendre ses activités en Amérique latine à moyen terme. Smac, filiale de Colas spécialisée dans l’étanchéité est aussi active au Chili et au Pérou depuis 2012.

Fayat reste le grand constructeur français le plus prudent. Razel-Bec, filiale travaux publics du groupe ne dispose d’aucune implantation permanente dans la région, et n’envisage d’y mener que des projets ponctuels. Le périmètre de Fayat Métal reste cantonné aux Caraïbes et à la Guyane. Fayat dispose toutefois d’une activité industrielle importante au Brésil avec sa filiale Bomag Marini Latin America, qui produit du matériel pour la construction routière.

Si la concurrence des entreprises espagnoles et américaines a de quoi calmer les ardeurs des constructeurs français, l’Amérique latine offre pourtant de nombreuses opportunités. Avec la lutte contre la corruption, de nombreux acteurs locaux perdent des parts de marché que pourraient saisir les entreprises hexagonales, le cas du scandale Petrobras au Brésil étant le plus symbolique. Sans compter sur les grands projets d’infrastructures lancés à travers le continent. Constructeurs français, à vous de jouer ! 

 


Plus d’information avec le BEM, la lettre de la construction à l’international

 

Focus

Les ingénieristes déjà bien implantés

Comme les constructeurs, les bureaux d’études français s’intéressent de près à l’Amérique latine. Présents sur le continent depuis les années 1960, comme Egis, ou depuis seulement quelques années, comme Setec, les ingénieristes hexagonaux ciblent principalement trois marchés : le Brésil, la Colombie et le Chili.

Le Brésil reste le pays le plus convoité grâce à un secteur du BTP dynamique. Egis, Setec et Artelia en ont fait leur base arrière et y ont acquis des ingénieristes locaux au cours des trois dernières années : Vega, Lenc et Aéroservices pour Egis, MWH Brésil – devenu Setec Hidrbrasileira – pour Setec, et DPG Plan pour Artelia.

Les infrastructures restent le secteur le plus porteur dans le pays grâce au plan de modernisation et de privatisation/mise en concession de grands axes routiers, ferroviaires et d’aéroports. Trois domaines couverts par Egis grâce à ses nouvelles filiales : Vega est spécialisé dans le fret ferroviaire, Aéroservices dans les infrastructures aéroportuaires et Lenc dans les routes et l’environnement. Parmi ses références dans le pays, l’ingénieriste français supervise la construction de l’axe ferroviaire nord-sud entre Palmas (centre) et Porto Seco-Anapolis (à 800 km au sud), travaille sur les lignes 1 et 2 du métro de Salvador de Bahia, et exploite l’aéroport international Viracopos-Campinas de São Paulo.

La ville semble être celle qui offre le plus d’opportunités aux ingénieristes. Artelia y a conçu l’extension du centre de recherche spatial brésilien et rénové et agrandi l’hôpital INCOR. Présent dans le pays depuis 2012, Setec y travaille sur la ligne 6 du métro.

Si le Brésil reste le pôle d’attraction le plus important, la Colombie et le Chili bénéficient aussi d’un BTP dynamique, surtout dans le secteur des transports urbains. Le Chili est d’ailleurs la base arrière d’Ingérop, qui y a acquis, en 2013, Ghisolfo, un bureau d’études spécialisé dans les infrastructures sur lequel le français compte pour se développer davantage au Brésil et en Argentine. Au Chili, Ingérop a notamment réalisé les études pour le tramway de Las Condes. 2015 a été une année prospère pour les ingénieristes français actifs dans le pays. Setec a remporté, en mai, la réalisation des études de structure pour l’aéroport Arturo Merino Benitez de Santiago du Chili. Artelia y pilote aussi un projet de simulateur de ville durable qui devrait participer à la promotion du savoir-faire français dans ce domaine.

La Colombie et le Pérou sont également d’importants marchés pour Egis et Ingérop, toujours dans le secteur des transports en commun. D’ailleurs, les ingénieristes français seront peut-être bientôt contraints de se développer davantage dans ces pays, la concurrence faisant de plus en plus rage au Brésil. Après les Espagnols venus chercher dans le pays des contrats devenus rares sur leur marché domestique, les Chinois s’imposent grâce à leur puissance de frappe financière. L’embauche de leurs filiales nationales reste en effet souvent une condition au versement de leurs financements dans les infrastructures brésiliennes.

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