Economie

BTP : en 2016, pas de reprise mais une stabilisation

D’après l’assureur-crédit Coface, le secteur de la construction, en France, se porte un peu mieux en 2015. Mais il est encore trop tôt pour parler de reprise.

Le « talon d’Achille de l’économie française » : c’est ainsi que l’assureur-crédit Coface, qui présentait le 24 novembre un rapport sur la santé des entreprises françaises, qualifie le secteur du bâtiment et des travaux publics. En 2014, la croissance française a été de 0,4%. Avec un BTP en bonne forme, ce chiffre aurait été de 0,8%. Un écart qui donne la mesure des difficultés que traverse le secteur.

Pour autant, en 2015, la situation est plutôt meilleure que ces dernières années. Les ventes dans le neuf et l’ancien repartent à la hausse, et le nombre de permis de construire et de mises en chantier se stabilise, « à des niveaux toutefois éloignés de l’avant-crise », précise Guillaume Baqué, économiste chez la Coface. Par ailleurs, les défaillances dans le BTP baissent lentement mais sûrement depuis deux ans (d’après les chiffres de la Coface, elles diminuent de 4,4% sur un an, à fin octobre, passant à 19 589 sociétés).

 

Dans les travaux publics, le pessimisme l’emporte

 

La Coface n’en reste pas moins inquiète au sujet du BTP. Notamment parce qu’en 2015 est apparue une nouvelle tendance : le chiffre d’affaires moyen des entreprises défaillantes a augmenté. Ce ne sont plus seulement les TPE qui sont touchées – elles qui subissent une hécatombe depuis le début de la crise – mais des entreprises plus structurées. Cette tendance est spécifique au secteur du BTP, et pourrait entraîner un « risque systémique » au sein du secteur, dans la mesure où les liens de dépendance entre entreprises sont significatifs. Aujourd’hui, le CA moyen des entreprises du BTP défaillantes se situe à 589 000 euros.

« Des entreprises de maçonnerie réalisant parfois près de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires déposent le bilan, alors qu’il n’y a eu aucun signe avant-coureur flagrant », explique Eric Joffin, responsable de l’arbitrage France de Coface.

L’assureur-crédit range également, au rayon des indices inquiétants, la très nette contreperformance de l’activité « routes et voies ferrées », qui plonge depuis 2014. « C’est le seizième mois de baisse sur ce segment, du fait de l’amputation des dotations aux collectivités locales ». Dans les travaux publics, le pessimisme est de rigueur.

 

Le réajustement des prix de l’immobilier « prendra beaucoup de temps »

 

Qu’espérer en 2016 ? Pour la Coface, la situation ne redécollera pas tant que le chômage ne diminuera pas. Car c’est le pouvoir d’achat des ménages qui pourra relancer la demande sur le marché de l’immobilier, notamment grâce aux primo-accédants. « Au-delà des plans de soutien au secteur, notamment le nouveau PTZ qui entrera en vigueur en janvier 2016, les fondamentaux ne sont pas bons, note la Coface. L’ajustement des prix de l’immobilier, surévalués actuellement, prendra beaucoup de temps. Des plans de soutien pourront apporter un mieux, à court terme, mais ne changeront rien sur le long terme. »

Pour 2016, la Coface envisage donc, tout au plus, une baisse marginale des prix dans le neuf, et une stabilisation du nombre de défaillances d’entreprises de construction. « 2016 sera l’année de la stabilisation plus que celle de la reprise », résume Guillaume Baqué, économiste de la Coface.

Focus

Crise : les maçons dans l'oeil du cyclone

L’assureur-crédit Coface  s’est particulièrement intéressé, dans son rapport « France » présenté le 24 novembre 2015, aux difficultés que traversent les entreprises de maçonnerie.

« Elles ont le désavantage d’être particulièrement dépendantes de la conjoncture du BTP, note Eric Joffin, responsable de l’arbitrage France au sein de la Coface. Par ailleurs, elles ne disposent pas de fonds propres importants et le chef d’entreprise, souvent présent sur chantier, a moins de temps à consacrer à la gestion financière de l’entreprise, en particulier la gestion du poste clients. »

Ces dernières années, la Coface a constaté une diminution régulière des marges des maçons. « Après trois années de baisse, les résultats deviennent vraiment minimes, voire négatifs. Et l’entreprise peut être amenée à déposer le bilan. » Les chiffres de l’Insee rappellent que le taux de survie, à cinq ans, d’une entreprise créée dans la maçonnerie est de 43,5%, alors que la moyenne générale se situe à 51,9%. Conséquence : les créations d’entreprises de gros oeuvre sont en chute libre depuis cinq ans (d’environ 85 000 en 2010 à 65 264 en 2015).

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X