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Bruxelles relance l’idée d’une politique énergétique européenne

Les ministres de l’Energie des 25, sommés cette semaine par la Commission européenne d’unir davantage leurs forces, planchent mardi à Bruxelles sur les moyens de renforcer la sécurité d’approvisionnement d’une UE toujours plus dépendante de l’extérieur.

Les Etats membres, jaloux de leurs prérogatives sur des questions stratégiques comme les stocks de gaz et de pétrole, ont toujours freiné jusqu’ici la mise en place d’une véritable politique énergétique européenne.
Mais les récents développements sur la scène internationale – de la flambée des prix du brut à la récente crise gazière russo-ukrainienne qui a perturbé l’approvisionnement de certains d’entre eux – les ont placé au dos du mur.

Dans un « Livre vert » sur l’énergie présenté cette semaine, qui servira de base à la réunion des ministres, la Commission exhorte les 25 à « parler d’une seule voix » à l’international et à renforcer le dialogue avec leurs partenaires, surtout la Russie, d’où vient le quart des importations européennes de gaz.
Une requête qui prend tout son poids à la veille d’une réunion du G8 sur l’énergie et d’une visite à Moscou du président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso.
« Nous avons besoin d’un nouveau partenariat avec la Russie », estime M. Barroso, qui entend expliquer vendredi au président Vladimir Poutine qu’en « matière d’énergie, comme dans beaucoup d’autres domaines, nous avons des intérêts communs, nous devons maximiser notre coopération ».
La Commission milite pour que les Etats membres fassent front commun face à l’extérieur, mais elle les exhorte aussi à s’attaquer, chez eux, aux dysfonctionnements du marché intérieur de l’énergie.
Car ces dysfonctionnements aussi peuvent avoir de sérieuses conséquences sur la sécurité d’approvisionnement des citoyens. En 2003, l’Italie avait été plongée dans le noir à la suite de problèmes d’interconnexions de réseaux électriques entre pays européens.
La Commission, dont le « Livre vert » alimentera aussi le sommet européen des 23 et 24 mars, veut plus de solidarité entre les 25. Elle envisage ainsi une révision des règles sur les stocks de gaz et de pétrole mais demande aussi des efforts en matière de concurrence.
Depuis une dizaine d’années, l’UE s’est engagée dans une politique de libéralisation des marchés du gaz et de l’électricité, qui devront être totalement ouverts à la concurrence en juillet 2007, y compris pour l’usager particulier. Mais l’exécutif européen dénonce des niveaux d’ouverture encore très différents d’un pays à l’autre.

Au moment où les grandes manoeuvres dans le secteur – de l’offensive de l’allemand E.ON sur l’espagnol Endesa aux ambitions de l’italien Enel sur le français Suez – ont réveillé les patriotismes économiques nationaux, Bruxelles prône « l’ouverture » plutôt que « le protectionnisme ».
Pour que les consommateurs puissent effectivement se fournir dans un autre Etat membres que le leur, il est temps d’assurer un accès non-discriminatoire pour tous les opérateurs gaziers et électriques aux différents réseaux nationaux, juge Bruxelles.
Là, des efforts sont nécessaires pour assurer l’indépendance des régulateurs (comme la Commission de régulation de l’énergie en France), harmoniser leurs pouvoirs, voire mettre en place un « régulateur énergétique européen » pour examiner les questions transfrontalières.
Mais la naissance d’un régulateur unique en matière d’énergie reste totalement taboue dans plusieurs pays comme la France, ce qui promet encore de longs et difficiles débats.
« Beaucoup de pays risquent de trouver que cela va trop loin et qu’il vaudrait mieux, dans un premier temps, harmoniser » simplement les « compétences » des régulateurs, résume une source diplomatique.
Aude Genet (AFP)

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