Paysage

Bouffées d’énergies positives sur la Colline inspirée

Mots clés : Carburant

Pour rendre désirable la transition énergétique, le paysage confirme son rôle clé. Ce message résume l’esprit de la seconde assemblée générale de l’association Collectif des paysages de l’après-pétrole (Pap), réunie le 18 mars à la Cité des paysages de la colline de Sion (Meurthe-et-Moselle).

2054 : le sud de la Meurthe-et-Moselle se félicite encore d’avoir échappé au cauchemar politique imaginé en 2016 par Marc Verdier, architecte urbaniste et enseignant à l’Ecole d’architecture de Nancy. Pour la première édition des « 24 heures de Sion » qui a commencé le 17 mars à 16 h, une douzaine d’étudiants, issus pour moitié de l’école d’architecture de Nancy, et pour moitié de l’école du paysage de Versailles, ont élaboré une riposte à la décision annoncée à l’issue d’un conseil des ministres par Ségolène Royal : l’autorisation expérimentale d’exploiter les gaz de schiste, présents en quantité dans ce territoire (réalité qui a inspiré la fiction), notamment au pied de la colline de Sion où la mer s’est retirée voici quelque 160 millions d’années.

 

Allégorie théâtrale

 

Les architectes et paysagistes en herbe disposaient de 24 heures pour répondre au rendez-vous fixé par leur professeur : le 18 mars à 16 h, devant la centaine de professionnels rassemblés à la Cité des paysages de la colline de Sion, en clôture de la seconde assemblée générale de l’association Collectif du paysage de l’après-pétrole (Pap).

Plutôt que la forme d’une conférence de presse suggérée dans l’intitulé du sujet, les élèves ont opté pour une intervention théâtrale : leur scénario évacue rapidement l’information imaginaire, en y ajoutant celle d’une tentative avortée d’implantation d’une entreprise pétrolière dirigée par le fils de Donald Trump, pour transporter directement le public dans l’utopie des paysages de l’après-pétrole… De l’épicière qui écoule les produits de l’agriculture locale à la retraitée qui partage le corps de ferme où elle est née avec la menuiserie associative du village, une douzaine d’habitants surgissent des quatre coins de l’amphithéâtre de la cité pour évoquer leur vie quotidienne dans le territoire débarrassé de sa dépendance aux énergies fossile. Les élèves ont pris au mot l’intitulé de la journée : « Imaginons les paysages de l’après-pétrole ! ».

 

Rendez-vous annuel

 

Adepte de la méthode consistant à produire du désir avec de la recherche et de l’innovation, Marc Verdier, membre du collectif Pap, n’a pas eu de mal à introduire sa troupe : « Les papistes doivent associer ceux qui, jusque dans les années 2070, vont tenter de réparer la terre que nous leur laisserons ! ». La scène finale des échanges professionnels du 18 mars lance un rendez-vous pédagogique annuel que l’architecte enseignant promet d’enrichir : aux élèves paysagistes et architectes, s’ajouteront les agronomes et les géologues des écoles d’ingénieurs nancéiennes.

L’adéquation du lieu à l’exercice pédagogique renvoie à cette réflexion d’un des pères de  la Cité des paysages, inaugurée le 27 juin dernier par Ségolène Royal dans l’ancien couvent de la Colline inspirée, chère à Maurice Barrès : « On y vient, on s’y rencontre, et on en repart avec de nouvelles richesses », s’enthousiasme Jean-Pierre Dodet, chargé du développement et des partenariats au conseil général de Meurthe-et-Moselle, propriétaire et animateur de l’équipement à vocation pédagogique.

 

 

Clé paysagère

 

La nouvelle richesse apportée par la journée du 18 mars réside dans l’explicitation du lien entre paysage et énergie, exprimé en ces termes par le « papiste » du ministère de l’Ecologie : « Au-delà des savants ou des artistes, comment mettre l’imagination du citoyen au service du sauvetage de la planète ? Grâce au bénéfice immédiat que chacun peut constater, le paysage répond à la question, quand les habitants d’un village militent pour un sentier ombragé reliant le lotissement au centre historique et à ses commerces », s’enthousiasme Jean-Pierre Thibault, inspecteur général au conseil général de l’Environnement et du développement durable (CGEDD) et ancien « conseiller paysage » de la ministre de l’Ecologie, associé à la rédaction de son « plan national d’action pour le paysage », en septembre 2014.

Le président du collectif Pap Régis Ambroise, urbaniste et agronome, a lui aussi placé la rencontre du 18 mars sous le signe d’une quête de synthèse : grâce à son talent artistique, le paysagiste peut susciter l’adhésion à des projets propres à chaque territoire, enrichis par la participation des usagers et par le croisement des disciplines et des fonctions. Au terme de sa démonstration, « la beauté, mot tabou », fait partie des valeurs fondatrices revendiquées par le président du collectif. Ce dernier se fixe pour objectif clé, en 2016, d’identifier des territoires à énergie positive prêts à expérimenter des démarches paysagères sur ces bases.

 

Du lieu au lien

 

Un autre mot tabou a conclu la rencontre, après la scène des « 24 heures de Sion » : « la spiritualité », revendiquée par Dominique Potier, agriculteur, président du pays des Terres de Lorraine – cinq communautés de communes rurales labellisées Territoire à énergie positive – et député socialiste de Meurthe-et-Moselle. Pour « retrouver le récit politique dont nous sommes orphelin », l’élu estime que les politiques d’aménagement doivent prendre appui sur le lien, plutôt que sur le lieu, et s’attacher à retrouver des relations équilibrées entre ville et campagne. « Sion ouvre ce champ éthique et spirituel, et je me réjouis que les étudiants n’aient pas craint de l’affirmer, dans ce lieu prédestiné pour véhiculer un nouvel humanisme ».

 

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