Transport et infrastructures

Bordeaux expérimente la voirie intelligente

Après avoir accueilli le congrès mondial sur les transports intelligents «ITS», Bordeaux se lance dans une expérimentation grandeur nature, confiée à Egis et Aximum: le partage électronique des voies de circulation. Une première en France.

L’agglomération bordelaise est une des plus embouteillée de France. Le temps de déplacement domicile-travail atteint dans le sens hors agglomération vers le centre jusqu’à 1h40 par trajet. Un record causé, notamment, par une rocade qui sert de connexion à trois autoroutes: A63 (Espagne), A62 (Toulouse) et A10 (Paris). Cette rocade, dont l’achèvement de la mise à 2×3 voies est prévu pour la fin de la décennie, accueille simultanément un fort trafic girondin et un transit international, notamment de poids lourds provenant d’Espagne. Le fameux «mur de camions», que tous les vacanciers du Sud-Ouest connaissent bien.

Aussi, se déplacer dans l’agglomération prend-il toujours plus de temps. Malgré une politique de long terme en faveur du tramway, qui s’étend et connaît des pics de fréquentations, du vélo, très utilisé en ville, des déplacements piétons, majoritaires en hypercentre, la voiture pose toujours un problème.

«On ne peut pas régler les problèmes de circulation en ville par de nouvelles voies. Il faut aussi tenir compte des variations pendulaires du trafic dans une voirie urbaine contrainte» explique Michel Duchêne, adjoint du maire et vice-président de la Métropole, grand défenseur du tramway, vélo, auto-partage, et de la ville accessible à tous.

 

Une expérimentation unique

 

Aussi, la métropole va expérimenter en 2016 un système unique en France, que propose de développer Aximum, filiale de Colas (groupe Bouygues), associée à Egis: le partage des voies par signalétique électronique en rive droite de Garonne. Plus précisément sur 750 mètres de quai entre le pont de Pierre et le Pont Saint-Jean (gare).

Samuel Zerbib, directeur d’exploitation chargé des équipements connectés à Aximum Sud-Ouest est en charge du dossier. «A la demande de la métropole, nous allons expérimenter avec Egis le partage de la voirie en fonction de la circulation. Notre métier, c’est la signalétique routière et urbaine, aussi bien statique (panneaux, feux, marquages) que dynamique. Nous avons développé et présenté au salon ITS qui vient de se tenir à Bordeaux, un nouveau procédé. En pratique, il s’agit d’attribuer trois voies dans le sens de l’accès vers Bordeaux, aux heures de pointe en matinée, avec une voie dans l’autre sens. Et de faire l’inverse aux heures de sortie des bureaux. Les quatre voies du quai seront donc utilisées par les voitures, mais pas toutes en même temps. Par exemple, on pourra également, en fonction du trafic, dédier une voie au covoiturage.»

 

Comment faire partager la voirie sans agents ni séparateurs amovibles ?

 

«Equiper la voirie en vue d’un partage intelligent, est une solution bien plus économique que la construction de nouvelles infrastructures, qui n’est pas toujours possible ni souhaitable en ville», poursuit Samuel Zerbib. Des panneaux à message variables, à l’entrée et en sortie du secteur préviendront les conducteurs du basculement des voies. Des panneaux de rappels sont prévus au milieu du parcours, notamment au niveau des intersections. Au sol, la signalisation est effectuée par des plots lumineux très plats, disposés tous les 7 mètres. En passant au rouge, ils indiqueront la limite des voies utilisables. Un marquage qui évoluera donc dans la journée, mais sans intervention physique d’agents sur place. Des caméras de surveillance permettront de vérifier le bon déroulement du trafic. Le PC trafic de la Métrople assurera la gestion de l’ensemble.

«Nous avons une phase d’expérimentation à mener, notamment sur la question des voies d’accès latérales au quai, qui elles aussi doivent être prévenues du sens de circulation au feu par des panneaux dynamiques. Par ailleurs, il faudra également régler des problèmes juridiques, le Code de la route ne prévoyant pas cette possibilité de partage des voies en fonction du trafic. Pour passer de la phase expérimentale à une généralisation, la réglementation routière devra évoluer» prévient Samuel Zerbib. L’expérimentation doit se dérouler sur 12 à 18 mois. De grandes métropoles l’utilisent déjà, Londres, Tokyo, New York, chacune avec des modalités différentes, particulièrement sur les accès de tunnels et rocades vers le centre. Le budget prévu par les différents partenaires est de l’ordre de 1,5 million d’euros à 2 millions d’euros pour un aménagement de 750 mètres et ses voies d’accès, la signalétique au sol et horizontale.

Les Bordelais se sont peu à peu habitués aux procédés de gestion dynamique du trafic des grandes métropoles, avec les panneaux sur la rocade annonçant les temps de trajets entre les principales portes, ou les places disponibles dans les parkings. En 2013, une nouvelle étape a été franchie, avec la gestion complexe du trafic du Pont levant Chaban-Delmas: les fermetures sont annoncées des jours à l’avance, et ce n’est pas le même système d’affichage dynamique qui gère le passage des navires (une quarantaine par an) sur les voiries d’accès au pont. Le résultat est probant: malgré les levages, relativement nombreux, et qui nécessite une heure de coupure, le trafic du nouveau pont a dépassé largement celui du Pont de Pierre, au cœur de la ville. Et du coup, créé… une nouvelle zone d’encombrements.

 

Focus

Aximum: 2150 salariés, 10 usines en Europe, 341 millions d’euros de chiffre d’affaires, 20 000 chantiers par an

Métiers: Aximum sécurise (marquage sol, glissières de sécurité, séparateurs de voies, ralentisseurs), signale (panneaux, portiques, mâts et signalisation directionnelle) et régule (feux et panneaux lumineux) les flux de circulation, de l’aménagement piéton, à celui d’une autoroute, en passant par l’éclairage, les surfaces tactiles, etc.

Organisation: 17 établissements rattachés à sept agences territoriales; deux agences «métier» RGT et génie civil et une filiale ingénierie routière des déplacements technologies nouvelles. Et cinq filiales industrielles (Aximum produits électroniques, Aximum produits de marquage, Aximum de sécurité, SES, Veluvine); cinq bureaux d’études «recherche et développement» et trois laboratoires.

L’agence travaux et services du sud-ouest est basée à Bordeaux, ainsi que l’agence «régulation et gestion du trafic», dirigée par Frédéric Lacan.

Parmi ses références dans la région, on peut citer le PPP de Libourne de système de régulation de trafic et d’éclairage public, ou l’équipement de l’A63 pour Atlandes vers l’Espagne.

 

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