Entreprises de BTP

BinLaden, un géant du BTP dans le collimateur du roi d’Arabie saoudite

Mots clés : Entreprise du BTP - Situation économique

La décision ferme et rapide de l’Arabie saoudite de sanctionner le BinLaden Group après l’effondrement meurtrier d’une grue à La Mecque pourrait avoir des conséquences pour ce géant du BTP habitué à rafler de gros contrats dans le royaume.

La puissante firme BinLaden Group s’est développée grâce à de lucratifs marchés publics mais elle est désormais dans le collimateur des autorités qui lui imputent la responsabilité de la chute d’une grue gigantesque sur la Grande mosquée (108 morts et 400 blessés).

Selon des experts, cet accident survenu le 11 septembre, à moins de deux semaines du début du pèlerinage annuel musulman, a profondément marqué le roi Salmane, gardien des deux premiers lieux saints de l’islam, La Mecque et Médine. L’affaire a mis les autorités saoudiennes « dans l’embarras », selon un diplomate occidental qui s’étonne de la rapidité avec laquelle des sanctions ont été prises contre le géant du BTP, créé il y a plus 80 ans par le père d’Oussama ben Laden et dirigé par son frère Bakr.

Après une enquête préliminaire qui a montré que la grue n’avait pas été positionnée pour résister à des vents forts, le roi Salmane a ordonné au parquet de préparer un acte d’accusation, suspendu la compagnie de futurs contrats publics et interdit à ses dirigeants de quitter le pays en attendant que la justice se prononce.

Etant donné la place incontournable du BinLaden Group dans l’économie saoudienne et ses liens forts avec les autorités, la réaction du roi est venue comme « un choc », selon un expert saoudien qui a voulu garder l’anonymat. D’après lui, si l’Arabie punissait significativement cette firme, ce serait comme si « l’Amérique démantelait General Motors ».

 

‘Opaque’

 

BinLaden « est complètement intégré à l’économie saoudienne, très bien connecté », explique un dirigeant du secteur de la construction. Mais, remarque Jason Tuvey de Capital Economics, « ses opérations et son financement restent opaques, comme beaucoup de choses en Arabie saoudite ».

Depuis ses origines modestes comme une entreprise de construction de routes, BinLaden Group est devenu un mastodonte du BTP. Universités, aéroports, hôpitaux, la firme basée à Jeddah (ouest de l’Arabie saoudite) a raflé au fil des ans de nombreux marchés publics à travers le royaume. Plusieurs bâtiments symboliques portent sa marque, comme la Tour de l’horloge à La Mecque, troisième plus haute du monde, et elle est un des constructeurs à Jeddah de la Tour du royaume, qui deviendra le plus haut bâtiment du monde, à plus de 1.000 mètres.

Il est encore trop tôt pour évaluer l’impact à long terme qu’aura l’accident de La Mecque sur l’un des principaux groupes privés de BTP du monde, mais ce dernier risque de souffrir s’il perd les faveurs des autorités, estiment d’autres experts. Selon eux, la direction que prendra la procédure judiciaire permettra d’en savoir plus sur le sort de BinLaden, dont les dirigeants n’ont pu être joints par l’AFP.

Un diplomate occidental à Ryad fait ainsi remarquer qu’une résolution rapide de l’enquête sans sanction majeure signifiera que les autorités voulaient simplement être perçues comme fermes au moment de l’accident. Mais si la procédure traîne en longueur et que BinLaden Group est maintenu sur la touche, à l’écart des marchés publics, « c’est probablement qu’il y a des intérêts économiques là-dessous », juge-t-il.

 

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