Matériaux et équipements

Bilan contrasté pour la Fédération des loueurs distributeurs de matériel BTP du Sud-Ouest

Mots clés : Entreprise du BTP

Réunis pour leur congrès national à La Rochelle, les distributeurs, loueurs et réparateurs (DLR) de matériels de BTP, ont élu à leur tête un nouveau président Bertrand Carret. Entretien avec le président Sud-Ouest de DLR, Frédéric Garin, dirigeant de la société GEM.

Vous présidez la région Sud-Ouest de la fédération DLR des loueurs distributeurs de matériel de BTP. Quelle est votre activité et sa conjoncture régionale ?

Frédéric Garin: La zone Sud-Ouest représente couvre un vaste secteur allant de l’Atlantique à la Méditerranée. C’est la première zone géographique de France mais uniquement la quatrième en termes de population. Le paradoxe tient à un tissu très hétérogène: des secteurs à la démographie et à l’activité soutenue, Bordeaux, Toulouse, les grandes villes côtières, où se concentrent notamment des retraités privilégiés et, d’autre part, un tissu intermédiaire, de villes moyennes et communes rurales, à la conjoncture plus difficile qui présente une activité pauvre pour nos métiers. Alors que l’urbanisation reprend dans les métropoles, les signes de stagnation, de paupérisation de l’activité sont très marquants dans le reste de la région. Même dans la région toulousaine, l’activité tourne au ralenti, après des années de croissance.

 

Comment analysez-vous cet écart ?

F. G.: Le budget d’équipement des villes, le budget départemental des routes et, plus globalement, tous les budgets de l’aménagement du territoire ont fondu. Les travaux sont en quantité limitée, hormis la LGV Tours-Bordeaux, il n’y a plus de grands chantiers à venir dans nos régions. On observe une nette densification des grandes villes, où se concentre une population active et à l’inverse cette tendance pousse les populations démunies vers les petites sous-préfectures. Là où il y a quelques années encore, on faisait du pavillon résidentiel, la ville pousse en hauteur, avec nombre de programmes en R+3 ou R+4. Cela fait moins travailler notre secteur d’activité. Sur la plupart des gros chantiers «verticaux» ce sont les gros acteurs nationaux de notre secteur qui prennent les marchés. De plus, ces chantiers consomment sensiblement moins de location de matériel, puisque tout le chantier est concentré sur un même lieu. La tendance est la même en milieu rural, où la rénovation de l’habitat ne fait pas travailler autant que la construction en diffus, qui stagne.

 

Justement, le secteur rural a longtemps été votre second domaine d’activité ?

F. G.: Le monde agricole était en effet un gros consommateur de nos activités, pour la construction des hangars, de bâtiments de stockage ou la location de matériel de manutention. Mais le secteur va mal lui aussi. Seul le domaine viticole maintient une activité soutenue et encore surtout dans les grands crus.

 

Comment évoluent les prix ?

F. G.: Les chiffres d’activité sont en baisse de volume, mais surtout, les marchés se font à moindre prix. Selon les entreprises, le mélange d’activité (location, manutention, entretien) permet de maintenir le chiffre d’affaires. Les écarts s’accentuent entre des secteurs attractifs comme La Rochelle, Le Cap Ferret, Bordeaux, Biarritz et les villes qui souffrent comme Guéret ou Agen.

 

Vous dirigez l’entreprise GEM qui est représentative du tissu des loueurs-mainteneurs. Quelle est son activité et la conjoncture que vous ressentez régionalement ?

F. G.: GEM vend, loue, répare des engins de manutention pour le bâtiment, les travaux publics, le secteur agricole et l’industrie. Nous avons des chariots élévateurs, des nacelles, des mini-pelles. La vente de biens d’équipements représente 14 millions d’euros, 2 millions pour la location et 3,5 millions d’euros pour la maintenance. Notre chiffre d’affaires tourne autour de 20 millions d’euros pour 63 salariés. Nous sommes une entreprise type de la fédération DLR. Notre stratégie est de naviguer, au jour le jour, entre territoires et les besoins des marchés: dans tel secteur, c’est la logistique qui présente une activité plus soutenue que le bâtiment, ou bien les commerces de distribution qui se développent là où les marchés industriels disparaissent: la scierie est en crise, les fabricants de parpaings sont remplacés par des plate-formes régionales d’importation de produits industriels. Pour nous, un client comme Cdiscount utilise des chariots pour stocker et préparer les commandes. Cela crée un autre paradoxe: l’industrie française fabrique moins de produits en France, mais on en bouge autant de marchandises. Les statistiques du marché des chariots élévateurs en France montrent qu’en une décennie on est passé d’une capacité moyenne de 3 à 5 tonnes de levage à des capacités autour d’une tonne ou 1,5 t. On se situe donc bien en fin de chaîne de distribution, avec des pièces manufacturées, plus légères.

 

Comment se présentent la conjoncture générale et les perspectives de votre profession au plan national ?

F. G.: La distribution a connu sa plus forte baisse d’activités en 7 ans (-10%). La location se redresse en fin d’année mais affiche une baisse encore relative mais modérée (-2%). Seule la manutention est en progression de 2%, notamment sur les tonnages de logistique. Les résultats nationaux de l’année 2015 reflètent l’activité globale des marchés du bâtiment et des travaux publics, dont nos métiers dépendent largement. Tous les secteurs souffrent: les collectivités ne lancent plus de grands travaux, les chantiers programmés sont retardés, les entreprises n’investissent pas. Certains nous parlent d’un rebond post-élections de 2017…

 

Vos métiers évoluent-ils ?

F. G.: Si les chiffres globaux apparaissent stables, c’est que la manutention, notamment dans les plate-formes de grande distribution et de commerces, y compris en ligne, dope l’activité. Mais les disparités régionales accentuent celles des structures de nos entreprises de DLR. Nos métiers évoluent avec des agences filiales de marques ou des indépendants et même des franchises de location. Le choix des gammes proposées est stratégique pour les moyennes structures, qui sont les mieux à même de proposer une gamme pertinente sur son territoire. Entre les grosses agences, filiales de marques et les indépendants, on voit poindre une organisation intermédiaire avec, comme à Clermont-Ferrand, une franchise de location qui permet de dupliquer un modèle de marketing, de centrale d’achat, de communication et de méthode de gestion. La concentration du secteur de la location (Kiloutou rachète Aquiloc), permet là encore aux petites structures de s’adapter à leur territoire.

 

Focus

Créé en 1965, la fédération DLR fédère les distributeurs, les loueurs et les réparateurs de matériels de BTP et de manutention. La profession représente près de 2 150 entreprises au plan national, soit 43 000 salariés. La fédération DLR compte plus de 500 adhérents qui représentent 70% du volume d’activité de ce secteur économique, estimé à 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

A l’occasion du 51e congrès de la fédération DLR, qui a réuni les 17 et 18 mars 2016 à La Rochelle les distributeurs, loueurs et réparateurs de matériels de BTP et de manutention, les adhérents ont nommé leur nouveau président, Bertrand Carret, 56 ans, dirigeant de la société Rentforce, basée à Bordeaux. Elu pour 2 ans, il succède à Sonia Dubès, dirigeante de Normandie Manutention, qui reste présidente de la région Normandie-Nord.

 

Focus

L’activité de DLR de matériel pour le BTP dans le Sud-Ouest

– 290 millions d’euros pour la distribution avec 42 entreprises;

– 230 millions d’euros pour la location avec 59 entreprises;

– 110 millions d’euros pour la distribution de matériel manutention avec 15 entreprises adhérentes.

En Limousin, la fédération DLR représente 70% du marché avec 500 adhérents.

 

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