Energie

BBC-Effinergie : le réseau Ecobâtir analyse les dysfonctionnements du label

Le réseau Ecobâtir, regroupant des acteurs de la « construction écologique », pointe, dans un cahier de doléances, les dysfonctionnements du label BBC-Effinergie. Extraits choisis.

Le bâtiment candidat à la labellisation BBC doit répondre aux mêmes exigences que la RT 2005 et en utilisant la procédure de calcul THCE avec modification du vecteur énergétique de la biomasse (qui passe de 1 à 0.6). Le bâtiment candidat peut également dans certains cas particuliers être présenté via une procédure de calcul dégradée à condition d’argumenter sur la non recevabilité d’un calcul selon THCE. La procédure proposée (dossier justificatif, réunion d’une commission…) rend cette solution non évidente. Les premiers retours d’expérience d’Effinergie témoignent que les commissions Titre V pour l’attribution des labels peuvent retarder le dossier de plus de six mois, quelque fois un an. Exemple : prise en compte d’un poêle à bois, puits canadien, chauffe eau thermodynamique, qui ne peuvent être calculés à partir du moteur RT 2005.

Comme pour la RT 2005, le calcul de surface utilisé est la SHON Différence, si la SHON est supérieure de 20% à la surface habitable, le calcul est déterminé par la SHAB x 1.20. La production d’électricité photovoltaïque peut être déduite avec un maximum fixé à 12 kWhep/m².an du calcul Cep pour les logements et 25 kWh/m².an pour le tertiaire. Un test d’infiltrométrie selon la norme Q4 est réalisé par un organisme agréé, avec pour exigence une valeur minimale de 0.6 m3/h.m². La labellisation est effectuée par Cequami / Certivea / Promotelec / Cerqual. On notera que certains de ces organismes ajoutent à la labellisation leur propres exigences non réglementaires ce qui introduit des lourdeurs des procédures de labellisation et une asymétrie entre des bâtiments certifiés par des organismes différents.

Un label sans exigence sur la performance du bâti

Le principal reproche que nous pourrions faire aujourd’hui au standard Effinergie est qu’il ne fixe aucune exigence sur la performance du bâti, si ce n’est le respect de la RT2005. C’est le seul label qui a fait ce choix de n’exiger qu’une consommation primaire globale, ce qui permet aux projets de choisir en fonction de différents paramètres quelle est la meilleure manière d’obtenir le BBC. On voit donc beaucoup de projets labellisés alors que la performance de l’enveloppe n’est que très légèrement supérieure aux exigences RT2005, mais qui chauffent avec une pompe à chaleur, comptabilisée, elle, de manière très favorable.

Un label basé sur la procédure de calcul RT 2005

La deuxième lourdeur du label est le choix de se baser sur la procédure de calcul RT 2005, qui permet à Effinergie de « pousser la réglementation vers la basse énergie », mais qui pose de nombreux problèmes :

– La procédure de calcul THCE (logiciels de calculs RT2005) donne des résultats très favorables pour les consommations de chauffage, résultats non corrélés par les calculs en simulation thermique dynamique, ou par le logiciel des maisons passives. Le calcul selon la méthode RT 2005 n’a pas fait l’objet de retours d’expérience sur des constructions labellisées Effinergie (la plupart des projets labellisés devraient faire l’objet de mesures de consommation), or une maison calculée à 15 kWh en besoin de chauffage sous RT2005 donne généralement 30 kWh en simulation thermique dynamique (STD) ou avec le Passive House Planning Package (PHPP).

– La procédure ne permet pas de prendre en compte des appoints et procédés de chauffage qui sont usuels pour de la maison à basse consommation, comme des poêles à bois, puits canadiens, VMC double flux et ballons thermodynamiques, obligeant à demander une dérogation selon la procédure dite  » titre V  » .

– Les maisons basse consommation se heurtent souvent au garde fou prévu dans la réglementation RT2005 Article 52  » une installation de chauffage doit comporter par local desservi un ou plusieurs dispositifs d’arrêt manuel et de réglage automatique en fonction de la température intérieure « , qui nécessite que le système de chauffage dispose d’une régulation pièce par pièce, ce qui est absurde dans une maison passive ou très performante.

– Le calcul de la puissance de chauffe est réalisé par rapport à la méthode réglementaire (température extérieure de référence, exclusion des apports solaires et internes). Il est évident que l’exclusion des apports n’est pas logique dans un projet utilisant une VMC double flux ou utilisant de manière poussée une démarche de conception bioclimatique.

– Le calcul de l’inconfort d’été selon la méthode RT 2005 n’a pas fait l’objet de retours d’expérience sur des constructions labellisées Effinergie. Il est préférable au moment de la conception d’un projet visant la labellisation de réaliser un calcul RT 2005 pour la justification et un calcul par simulation dynamique pour optimiser le projet, dimensionner les différents équipements et mesurer précisément l’inconfort thermique estival.

De fait, les retours d’expérience sur les inepties d’instruction de dossiers BBC-Effinergie se multiplient et nous ne pouvons que constater que les inadéquations/omissions du label sont en train de participer au discrédit à moyen terme du label et de la filière du bâtiment basse consommation.

Focus

Le réseau Ecobâtir

Créé en 1992, le réseau Ecobâtir regroupe des acteurs de la « construction écologique », fabricants de matériaux, revendeurs, architectes, maîtres d’œuvre, entreprises et artisans, qui s’engagent à adhérer et respecter une charte qui s’articule autour de trois fondements :

-l’environnement et la santé : respect de l’environnement et de la santé des usagers et des constructeurs, lors de la fabrication, du transport et de la mise en œuvre des matériaux,
– les sociétés humaines et la nature des échanges économiques : prise en compte de la globalité des processus, équité et pratique de la coopération entre les acteurs,
– les cultures et savoir-faire : respect des cultures constructives et des savoir-faire locaux.

 

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  • - Le

    Label BBC = Label "Bâtiment Bidon Certifié" ?

    Label BBC = Label "Bâtiment Bidon Certifié" ? Bravo ECOBATIR, j’espère que nous serons de plus en plus nombreux à réagir contre cette "minupalation qu’est le label BBC ! Nous les "éco constructeurs" sommes des naïfs, nous avons cru que BBC était la version française du Passivhaus, en fait ce n’est que l’ombre… Les labels sont difficilement comparables mais ce qui est important c’est la réalité de la labellisation ! Nous constatons qu’un certain nombre de professionnels aidés par des BE Thermiciens (parfois filiales de EDF) ont cherché à trouver les points faibles du label pour construire du "RT2005" amélioré, labellisé BBC ! Ainsi une maison construite en Normandie, labellisée BBC, compacte, 140 m², dans laquelle les agglos de béton ont été remplacés par des Murbrik de 20 cm, dalle béton isolée classique, rampants classiques, menuiseries double vitrage, VMC2F haute performance et chauffage gaz condensation, avec ces éléments, le résultat est édifiant : 28 kWh/m²/an ! En comparaison, notre maison test, avec des parois dont la performance est beaucoup plus élevée (double), des menuiseries triple vitrage, un chauffage à granulés, un chauffe eau géothermique, est créditée par le même BE de 53 kWh/m²/an ! Deux fois plus performante, elle consommerait deux fois plus ! De qui se moque-t-on ? Ou le BE est incompétent ? Ce dont je doute ! La question qui se pose (à poser au CSTB) : les méthodes de calcul réglementaires sont-elles bidon ou bidouillées ? Soit elles sont FAUSSES et il est URGENT de les rectifier, soit nous sommes en droit de penser qu’elles n’ont pour seul objectif que de favoriser certains lobbies ce qui est grave pour un organisme qui se veut "officiel". Ce qui l’est encore plus, c’est que les maîtres d’ouvrages sont trompés sur la qualité de ce qu’ils achètent ! Et si cela nous préparait un superbe contentieux ? Si j’étais avocat je crois que je m’y plongerais ! Quelle serait la position des assureurs ? A suivre..
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  • - Le

    Suite

    – pour la puissance de chauffage, il faut savoir que les apports internes apportent maxi 400W moyen dans un logement. Sur une puissance de chauffage d’environ 5000W cela ne représente pas grand chose, les prendre en compte ne changera rien au choix de l’équipement de chauffage. – La Tic (confort d’été) donnée par la RT n’a pas une réelle signification en soit. Elle vaut principalement en comparaison à la Tic de référence calculée dans la RT. On pourrait dire que sa principale utilité est d’assurer la présence d’un minimum de protections solaires en fonction des zones climatiques. Méfions nous de la critique facile.
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  • - Le
    Quelques compléments d’information : – Si les simulations thermiques dynamiques ne donnent pas les mêmes résultats que la RT c’est que les scénarii choisis ne correspondent pas. Il faut aussi savoir que les calculs faits dans la RT sont dynamiques. Ce qu’on peut simplement reprocher à la RT ici c’est le choix du scénario de chauffage qui en journée pendant la semaine abaisse la température à environ 17,5°C (=16+environ 1,5 pour varaiations spatiotemporelles). Ce qui est un peu faible. – On peut prendre en compte les poêles à bois et les ballons thermodynamiques sont depuis plusieurs mois déjà. Quant aux doubles flux on peut les prendre en compte depuis la sortie de la RT2005.
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  • - Le

    Maîtrise d'Ouvrage et Ingénierie

    Ces dispositifs sont des "usines à gaz"qui mènent à la saturation des citoyens , au delà du petit cercle fermé des jusqu’auboutistes écologistes respectables mais combien?Nous avons été lauréat du concours des maisons bioclimatiques en 1978,Nous avons réalisés nos premiers projets avec récupération des calories de la VMC en 1976,mis en oeuvre la géothermie dès 1980,réalisés nos premiers projets solaires habitat collectif en 1981.Tout ce labyrinthe réglementaire,c’est comme qualitel,une source de remplissage des tribunaux.Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué et que c’est politiquement correct!!Réapprenons simplement notre responsabilité intemporelle de Bâtisseur."Science sans conscience n’est que ruine de l’Âme"
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  • - Le

    architecte

    Commentaire et il faut "ajouter" à ce peu glorieux constat, les résultats ineptes imbéciles et honteux pour tous les intervenants de la construction, des DPE dans les opérations de rénovation/réhabilitation. par exemple, pour une réhabilitation de combles / greniers "hausmaniens", comment , et quelles données "introduire" dans l’un ou l’autre des logiciels de cacul disponibles sur le marché, pour établir un DPE sérieux, incitatif à réaliser des installations/constructions performantes énergétiquement? SEULE la production d’un document "réglementaire" destiné à être joint aux actes de vente et/ou aux baux d’habitation, est l’objectf de ces "pseudo diagnostics": c’est tout simplement minable, voire SCANDALEUX. En effet il est très "standard" de lire sur des DPE: energies finales=energies primaires !! et afficher le curseur entre C (91 kWhEP/m²/an) et D (230 kWhEP/m²/an) !!!! les vendeurs et/ou propriétaires sont "contents", mais pas les acheteurs/locataires.
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  • - Le
    Commentaire C’est bien ce que je pensais…
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