Entreprises de BTP

Bâtiment : la reprise est là

La reprise dans le bâtiment se confirme, mais sous conditions. Pour assurer cette dynamique, « il ne faudra pas casser ce qui marche », prévient le président de la FFB Jacques Chanut, lors du premier point de conjoncture de l’année.

Enfin ! Le secteur du bâtiment reprend des couleurs, après huit ans de crise, certainement la plus dure depuis la Seconde guerre mondiale. « Mais cette reprise tant attendue ne profite ni à l’ensemble des régions, ni à tous les segments », a déploré Jacques Chanut, le président de la Fédération française du bâtiment lors de son point d’activité mercredi 30 mars. Car cette dynamique est avant tout porté par le logement neuf.
Dans l’individuel diffus, les ventes qui ont progressé de 11% sur l’année 2015 enregistrent une hausse depuis le début de 2016, avec + 13 % en glissement annuel sur 12 mois à fin janvier 2016. Les ventes dans le collectif affichent une progression de près de 18 % sur l’ensemble de 2015. Cela se traduit, compte tenu des délais de production habituels, par une accélération des permis et mises en chantier où les volumes de logements autorisés et commencés progressent respectivement de 31% et 9% en glissement annuel sur trois mois à fin février 2016.

Mais ce qui interpelle la FFB, c’est que ce mouvement constaté dans le collectif ne se retrouve pas dans les statistiques officielles sur le marché de l’individuel avec des mises en chantier de -2% en glissement annuel sur trois mois à fin février 2016 et des permis de +3%. « Cette absence d’amélioration dans l’individuel est d’autant plus étonnant que les données disponibles sur les PTZ accordées montrent une hausse de 41% sur les 3 premiers trimestres de 2015, par rapport à la même période de 2014 », estime Jacques Chanut qui confirme malgré tout la reprise dans le logement neuf au regard de certains signes, notamment ceux enregistrés dans la progression des volumes de matériaux. Par exemple, en glissement annuel sur trois mois à fin février, la consommation de ciment et la production de béton prêt à l’emploi (non stockable) affichent des hausses respectives de 4 % et 3 %. La FFB prévoit environ 380 000 logements mis en chantier en 2016, soit une hausse de 10 %.

Quant au non-résidentiel neuf, le marché redémarre avec une amélioration constatée plus rapide que prévue : +9% des surfaces autorisées et quasi stabilité pour les mises en chantier. La FFB note que tous les segments de marché participent de cette amélioration, à l’exception des bâtiments administratifs qui alternent très bons et très mauvais mois.

Et c’est encore le marché de la rénovation qui inquiète. Ce secteur important pour les entreprises du bâtiment , puisqu’il représente 56% de leur activité, reste atone. «Aujourd’hui, ni l’essor des ventes dans l’ancien, ni les mesures en faveur de la transition énergétique ne parviennent à véritablement redynamiser le marché. Il est vrai que la baisse du coût de l’énergie ne favorise pas les travaux de rénovation énergétique », reconnaît le président de la FFB.

 

Pas d’amélioration sur l’emploi avant 2017

 

Les longues années de crise ont fragilisé l’appareil de production. Le bilan 2015 de l’emploi s’avère plus mauvais que prévu : 36 100 suppressions de postes, contre 30 000  annoncés en décembre dernier. Le redémarrage de l’intérim laisse toutefois présager une amélioration de la situation que la FFB espère pour 2017, l’appareil de production étant aujourd’hui encore sur-dimensionné. Pour autant, l’emploi est une préoccupation majeure. « Nous souhaitons recruter 5 000 apprentis supplémentaires dès la rentrée prochaine, indique Jacques Chanut, mais l’abandon de la mesure sur la durée de travail des apprentis mineurs, qui figurait dans l’avant-projet de loi « Travail » constitue un bien mauvais signal. Il est essentiel de simplifier et d’aménager la procédure pour que ces jeunes puissent suivre le même rythme que leur maître d’apprentissage ». Concernant ce même projet de loi, le président de la FFB égratigne au passage « un texte qui privilégie les accords d’entreprise plutôt que les accords de branche », ces derniers garantissant les mêmes règles pour tous. Sans parler du compte pénibilité institué dans le compte personnel d’activité et qui devrait être effectif en juillet. « On demande un report d’un an pour rédiger les référentiels. De toute façon, aujourd’hui, on ne sait pas faire »

Trésorerie à retrouver

 

La belle résistance des entreprises avec une stabilité des défaillances en 2015 s’est faite au détriment des prix, toujours très bas, et d’une diminution des marges dont l’évolution reste « actuellement insuffisante avec une tendance à replonger », selon l’organisation professionnelle. « Même si le CICE a permis le maintien d’un minimum de trésorerie, elle reste insuffisante, s’inquiète Jacques Chanut, car la reprise va nécessiter des ressources propres plus importantes dans l’attente du règlement des situations de travaux ». Il en appelle donc à la mobilisation de toute la filière : « sans prise de risque plus importante des banquiers, des assureurs-crédits, mais aussi des fournisseurs, la reprise pourrait se trouver contrecarrée par l’absence de solution de préfinancement des chantiers ».
Cette condition à une relance durable de l’activité n’est pas la seule.

Ne pas casser les mesures positives


« Que ce qui fonctionne, ne soit pas touché », prévient Jacques Chanut, qui entend par là tous les dispositifs mis en place : Pinel, PTZ élargi, éco-PTZ, CITE, programme Habiter mieux qui participent à l’amélioration constatée. « Et plutôt que d’installer une obligation de travaux de rénovation énergétique qui n’aura d’effet que de bloquer le marché, mieux vaut des incitations, comme ouvrir le crédit d’impôt aux résidences secondaires », ajoute-t-il, en insistant sur la nécessité de ne pas entraver la reprise par une concurrence déloyale, voire illégale.

Alors que les instituts tablent pour 2016 sur une évolution de PIB de 1,2% avec une légère baisse de l’investissement des ménages de -0,4%, la FFB persiste à croire dans un scénario beaucoup plus optimiste. Estimant que l’approche par les ventes de logements neufs débouche sur une dynamique bien mieux orientée, elle table sur une franche reprise de l’investissement des ménages à +2,5%, qui relèverait la croissance générale du PIB à 1,4%, soit 0,2% de plus. «L’investissement dans le logement s’avèrera alors un accélérateur de croissance et la construction retrouvera alors son rôle moteur de l’économie nationale. Ce qui n’était pas arrivé depuis 2008 », conclut Jacques Chanut.

 

 

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