Réalisations

Aux Halles, la Canopée réveille le cœur de Paris

Mots clés : Architecture

Au centre de la capitale, la grande vague de verre de la Canopée a été inaugurée le mardi 5 avril, avant d’ouvrir au public un peu plus tard. Emblématique par son architecture, l’édifice représente toutefois la partie émergée d’un complexe souterrain bien plus vaste qui, lui aussi, a fait l’objet d’interventions importantes. Et où les chantiers ne sont pas tout à fait achevés…

Longtemps, le lieu a été surnommé le «Ventre de Paris». C’est ainsi qu’Emile Zola parlait du grand marché alimentaire qui pendant des siècles a rempli les estomacs parisiens, avant de déménager en banlieue. Pour combler ce creux, on avait réalisé une gare, des voiries, des équipements et un centre commercial essentiellement souterrains. Mais ce quartier des Halles, dans le Ier arrondissement, est aussi le cœur géographique de Paris et, sans doute, plus encore celui de la métropole. Après des années d’usure progressive et de désamour grandissant, il compte bien aussi en redevenir le centre palpitant à l’issue d’une grande opération de réaménagement. Il revient aujourd’hui à un bâtiment d’être l’emblème de ce renouveau. Le mardi 5 avril, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a inauguré la Canopée, le grand vaisseau de verre et d’acier conçu par l’agence Patrick Berger et Jacques Anziutti.

En 2007, ce duo d’architectes a remporté un concours international destiné à doter les Halles d’un nouvel édifice pour remplacer l’ancien Forum, dont les cascades et les geysers de verre miroir avaient vécu. En réalité, les Halles pâtissaient de bien d’autres maux plus profonds. Il fallait remettre notamment la gare RER construite en souterrain en 1977 aux normes et notamment en améliorer les accès. Quant au jardin construit sur la dalle, il était truffé de culs-de-sac et autres obstacles. Et défaut sans doute le plus difficile à corriger – car le plus immatériel – le secteur souffrait d’une réputation déplorable. En 2002, alors que Bertrand Delanoë avait été élu maire de Paris l’année précédente, la municipalité décidait de s’attaquer au problème. Et d’employer les grands moyens.

 

Vifs débats

 

Le premier acte fut donc une consultation urbaine de grande ampleur qui en 2003 mit face à face de grandes stars de l’architecture et d’autres agences plus discrètes. Les quatre maquettes produites par les Français Jean Nouvel et David Mangin de l’agence Seura et les Néerlandais Rem Koolhaas et MVRDV firent alors grand bruit. Davantage que de réels projets, il s’agissait de pistes de réflexion élaborées dans le cadre d’une étude de définition mais les débats n’en furent pas moins vifs. Et quand l’équipe Seura fut finalement désignée pour mener le réaménagement urbain du site, beaucoup trouvèrent que le maire d’alors avait manqué là d’audace. Peut-être pour pallier ce choix raisonnable, la Ville avait donc décidé d’organiser un deuxième concours qui permettrait de choisir le projet architectural du bâtiment de surface. Parmi dix propositions, la maquette ondoyante et translucide de l’équipe Berger-Anziutti avait remporté l’adhésion du jury.

Cet après-midi du 5 avril 2016, quelques heures à peine avant que le public ne découvre à son tour le bâtiment désormais achevé, Anne Hidalgo qui avait à ses côtés son prédécesseur, Bertrand Delanoë, ne voulait pas « bouder son plaisir ». Bien sûr rappelait-elle, « il y a eu des querelles, des controverses, pour ne pas dire des engueulades, car les Parisiens sont exigeants ». Mais pour la maire, « le lieu a été réparé, réinventé, recréé ». Anne Hidalgo a donc salué le travail de David Mangin, chez Seura, et de Patrick Berger et Jacques Anziutti, ajoutant : « j’ai appris la nécessité, en architecture et urbanisme, de la sensibilité et de la délicatesse ».

 

 

Cette note sensible est déjà contenue dans le nom du nouveau bâtiment. Dès l’origine, Patrick Berger et Jacques Anziutti l’ont baptisé « la Canopée », parce que leur édifice, conformément au programme urbain défini par Seura qui demandait un bâtiment relativement bas, ne s’élevait pas plus haut que la cime des arbres. « Il ne devait pas entrer en conflit avec l’église Saint-Eustache ou la Bourse du Commerce », n’a pas manqué de rappeler l’ancien maire, Bertrand Delanoë, à l’occasion de l’inauguration. Cette appellation tient sans doute aussi à sa forme organique qui n’est pas sans évoquer une grande feuille de palme protectrice. L’architecte Patrick Berger qui a dessiné «à main levée» cette silhouette n’a jamais nié une part de subjectivité dans ce choix mais il a toujours expliqué que ce geste n’était pas gratuit : « Nous sommes aux Halles sur un site complexe, où les contraintes sont nombreuses et de toute nature : la pluie, le vent, les flux de personnes… J’ai traité toutes ces contraintes à égalité, comme des fluides et en ai déduit cette forme. » Ce 5 avril, il a par ailleurs rétorqué à ceux qui en doutaient que le bâtiment fini était bien conforme au parti-pris de départ : « dès l’esquisse du concours, les principes structurels étaient posés, de même que la silhouette, le gabarit, le matériau… et nous avons ensuite avancé au fur et à mesure avec l’objectif de ne pas trahir ces principes. »

Pour mettre ce projet en œuvre, le chantier de construction qui a débuté en 2012, a consisté à bâtir deux bâtiments reliés par une gigantesque toiture. Toutefois, il n’était en aucun cas question d’arrêter le fonctionnement de la gare RER qui voit passer 750 000 à 800 000 voyageurs par jour, pas plus qu’il n’était envisageable de fermer les boutiques du centre commercial géré par le groupe Unibail-Rodamco. L’architecte Patrick Berger rappelait donc que, pour réaliser les deux ailes asymétriques destinées à accueillir les programmes, il « devait utiliser l’infrastructure en place. Les portiques de la nouvelle construction reposent donc sur 72 des poteaux de béton du bâtiment souterrain, dont 17 ont été renforcés ». Quant à la grande verrière, elle est composée de quinze ventelles métalliques torses, arrimées à une gigantesque poutre en lyre et forme un dispositif ni totalement ouvert ni parfaitement clos. Capable de protéger les passants des intempéries, cette toiture ménage de larges échancrures qui laissent passer l’air et voir le ciel. La réalisation de la Canopée a représenté 238 M€ HT sur les 918 M€ HT (valeur 2009) engagés pour l’ensemble du chantier de restructuration du site des Halles.

 

Partie visible

 

Car la Canopée ne forme donc que la partie apparente, certes très visible, du gigantesque complexe créé dans les années 1970-1980. A titre de comparaison, Laurent Petit, à la direction générale de la restructuration des Halles chez Unibail-Rodamco, rappelle que le nouvel édifice abrite, en plus de ses équipements publics, 6 300 m² de surfaces commerciales « alors que le site représentera 75 000 m² de commerces quand le projet sera totalement achevé ». Si bien que l’essentiel du centre commercial existant a également fait l’objet de soins pour devenir plus moderne, plus confortable et plus lumineux.

Patrick Berger redonne, lui aussi, sa vraie mesure à la Canopée quand il dit qu’elle forme « un espace de transition entre le dessus et le dessous de la ville ». Elle a ainsi surtout le mérite de rendre plus fluides, pour ne pas dire plus agréables, les échanges entre le monde intérieur des Halles et le quartier alentour. Du moins, le seront-ils dans quelques années. Car si la Canopée est bel et bien inaugurée et ouverte, il faudra encore, notamment, finir de réaménager la gare et de recréer le jardin. Pour fêter définitivement la renaissance des Halles, il faudra attendre 2018.

 

Chiffres-clés

Surface de l’enveloppe de la Canopée : 25 000 m²

Surfaces utiles (SU) des équipements culturels de la Canopée :

– Médiathèque : 1 300 m²

– Conservatoire : 3 000 m²

– Maisons des pratiques artistiques amateurs : 1 300 m²

– La Place, centre culturel hip-hop : 1 500 m²

Surfaces commerciales de la Canopée : 6 300 m².

Surface de la salle d’échanges de la gare RER : 7 000 m²

Superficie du jardin Nelson-Mandela : 4,2 hectares

Focus

Du grand marché à la Canopée

XIIe siècle : début de la vocation marchande du site.

Années 1850 : la construction des pavillons de l’architecte Victor Baltard débute. Les derniers le seront en 1936.

4-5 mars 1969 : en une nuit, le marché de gros déménage à Rungis (Val-de-Marne).

1971 : la démolition des pavillons Baltard est lancée, laissant place au «trou des Halles» qui demeurera plusieurs années.

1977 : inauguration de la station de RER.

1979 : ouverture du Forum, créé par Vasconi et Penchreac’h. Les parapluies en superstructures de Willerval sont réalisés ensuite.

1985 : extension du site avec création du «Nouveau» Forum, par Paul Chemetov.

2002 : la mairie de Paris décide de rénover les Halles.

2004 : à l’issue d’une première consultation internationale, désignation de l’agence Seura pour le projet urbain du site. Une seconde compétition est organisée pour le projet architectural du bâtiment principal.

2007 : avec leur projet de la Canopée, les architectes Patrick Berger et Jacques Anziutti sont lauréats du concours.

2008 : l’agence Berger et Anziutti est également désignée pour la maîtrise d’œuvre de la restructuration de la gare souterraine

2011 : début des démolitions dans l’ancien Forum.

2012 : lancement de la construction de la Canopée.

2013 : livraison de la partie ouest du jardin Nelson-Mandela.

2014 : la grande verrière de la Canopée est achevée.

5 avril 2016 : la Canopée est inaugurée.

Décembre 2016 : ouverture du nouvel accès au pôle de transports, place Marguerite de Navarre.

Premier trimestre 2017 : fin du réaménagement de la salle d’échanges de la gare souterraine.

Mi-2017 : fin du chantier du pôle de transports avec l’achèvement de la rénovation des quais.

2018 : la livraison, en début d’année, de la dernière partie du jardin devrait marquer l’achèvement définitif de la transformation des Halles.

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  • - Le

    Canopée ou cafard ? Chaos dans les deux cas

    Et allez, encore une architecture de rupture ! Ce cafard géant d’un milliard d’euros, énième temple de la consommation, épatera le bourgeois parisien pendant à peu près une minute, puis sombrera dans l’indifférence générale (comme celle, tonitruante, qui a accompagné la destruction du machin d’avant, euh, le Forum des Halles…). Quand donc la maire Hidalgo et son conseiller-sociologue Missika comprendront-ils que « réinventer Paris », c’est détruire le caractère exceptionnel de cette ville magique, son unité architecturale et urbaine, qui est inséparable de sa fantastique beauté ? Les adversaires de la Tour Eiffel, les Dumas, Verlaine, Maupassant, Garnier, qu’Hidalgo aime tant faire passer pour des imbéciles, avaient tout compris, qui comparaient la Tour à celle de Babel et qui prédisaient l’irruption du chaos dans la ville. Nous y sommes…
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