Energie

Autoconsommation et don d’électrons, l’avenir du photovoltaïque ?

Mots clés :

Conception

-

Electricité

-

Energie renouvelable

 

Président du bureau d’étude Tecsol, spécialisé dans l’ingénierie solaire depuis plus de 25 ans, André Joffre prophétise l’avènement de l’autoconsommation de l’électricité photovoltaïque et, prêche pour que les électrons produits en surplus soient distribués gratuitement.

Du 15 au 17 octobre, le Pôle de compétitivité Derbi – Développement des Énergies Renouvelables dans le Bâtiment et l’Industrie – a tenu, à Perpignan, sa septième Conférence internationale. A cet occasion, André Joffre, Président de Derbi et du bureau d’étude Tecsol, a annoncé l’avènement de l’autoconsommation photovoltaïque. Autrement dit, le déploiement massif d’installations photovoltaïques dont la production ne sera pas revendue à EDF.

L’autoconsommation que sent monter André Joffre n’est pas une modification du modèle actuel, l’électricité photovoltaïque vendue à EDF est déjà, de fait, consommée localement.
C’est un basculement de la motivation que le Président de Derbi pressent: ce ne sera plus la recherche du tarif d’achat qui poussera à l’installation de panneaux mais la volonté de réduire ses besoins électriques. Cela se traduira, selon André Joffre, par l’éclosion d’installations non  raccordées et non intégrées au bâti – critère conditionnant aujourd’hui l’accès au tarif d’achat le plus élevé. Ces installations auront le triple avantage « d’être moins onéreuses, de soulager le réseau électrique et de réduire les obligations administratives».

Aujourd’hui, seuls quelques particuliers militants pour l’autonomie énergétique ne revendent pas l’électricité produite par leurs panneaux à EDF, qui est dans l’obligation de l’acheter à des tarifs  avantageux. Mais, pour le président de Tecsol, demain, avec la baisse progressive de ces tarifs fixés par arrêtés, les Français installeront des systèmes photovoltaïques afin de combler une partie de leurs propres besoins en électricité, et ainsi réduire leur facture énergétique.

Cette explosion de l’autoconsommation, qu’André Joffre prédit pour bientôt chez les particuliers, peut laisser sceptique surtout que dans sa vision, il exclut la mise en place de dispositif de stockage d’électricité, qu’il juge «encore trop cher». En effet, les logements, bâtiments principalement occupés quand le soleil est couché, ont des besoins en électricité en soirée . Le jour, lorsque les panneaux photovoltaïques produisent, les équipements en fonctionnement dans une maison se limitent souvent à une box internet, une horloge et un réfrigérateur,
En revanche, dans les immeubles tertiaires, exploités quand le soleil rayonne, les projets de photovoltaïque autoconsommé pourraient être amenés à se développer.

De la toiture de bureaux au salon de foyers énergétiquement précaires


Un  appel d’offre sera lancé début 2013 pour appliquer le concept sur le marché international Saint-Charles de Perpignan.
L’électricité produite par les 97 000 tuiles photovoltaïques déjà installées sur la toiture du marché est aujourd’hui vendue à EDF. Demain, les électrons que livreront les futurs panneaux seront consommés sur le site sans avoir étaient vendus.  Et, « lorsque la production photovoltaïque dépassera la consommation du site, l’excédent sera injecté sur le réseau via la ligne de soutirage », explique André Joffre.
Ce dernier souhaite négocier avec ERDF, filiale d’EDF chargée de la gestion du réseau de distribution d’électricité en France, la gratuité du comptage et du transport des électrons en surplus. Ils seraient alors transformés par les différents opérateurs en « bons d’achat» que les associations caritatives auraient la charge de distribuer aux précaires énergétiques.

Un changement de paradigme photovoltaïque qui « va faire le même effet que l’arrivée de Free dans la télécom »


« Les énergies renouvelables ont un fondement humaniste, nous devons y revenir », insiste André Joffre.  S’inspirant du prospectiviste américain Jeremy Rifkin, il décrit « un monde où demain l’énergie s’échangera  comme on échange des mails » et annonce, dans un futur proche,  un changement de paradigme photovoltaïque qui va, selon lui, « faire le même effet que l’arrivée de Free dans la télécom ». Alors, quand on demande à André Joffre pourquoi le Syndicat des énergies renouvelables ne partage pas son anticipation, il répond qu’il s’agit d’un syndicat de producteurs d’énergie, « souhaitant vendre l’électricité photovoltaïque et non la voir circuler gratuitement ».

Au « CLER, réseau pour la transition énergétique », association de promotion des énergies renouvelables, on défend l’autoconsommation avec prudence.  Si Raphaël Claustre, directeur de l’association, estime « un peu facile de parler d’économie de connexion au réseau en faisant l’impasse sur l’investissement dans le stockage », il considère qu’« André Joffre a raison de dire qu’on est, en France, à l’avant-veille d’une révolution ». Une révolution qui, selon lui, pourrait survenir très prochainement Outre-Rhin. « En Allemagne, avec un tarif d’achat pour le photovoltaïque à 18 c€/kWh, inférieur au prix moyen de vente de l’électricité dans le pays (24 c€/kWh), personne ne sait exactement  ce qui se tramera dans les prochains mois ». Le directeur du Cler redoute notamment une multiplication du stockage individuel par batteries. Il rappelle que les particuliers ne peuvent pas se passer du réseau et ne doivent pas chercher l’autarcie énergétique car «l’autonomie énergétique n’a de sens qu’à l’échelle d’un territoire ».

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
  • - Le

    L'autoconsommation dans les DOM : le début de l'autonomie

    L’autoconsommation est une vraie solution dans les DOM : avec une ensoleillement moyen de 1800 KWh/KWc/an, un système en surimposition de 3KWc fourni 115% des besoins d’un ménage moyen. Le système proposé par COREXSOLAR ( LIBERTY) permet, grâce à une batterie de 6KWh et un chargeur – onduleur solaire, de stocker la production solaire pour la délivrer à la pointe du soir : au final, 80% des besoins journaliers sont couvert par une centrale solaire de 3KWc. Enfin, les consommateurs ultramarins peuvent avoir le choix d’un opérateur d’énergie alternatif : eux même !
    Signaler un abus
  • - Le

    Qui va payer le vrai prix du KWh ?

    M. Joffre a raison de se projeter dans l’avenir, en analysant l’évolution de l’énergie sur le long terme. Car en attendant la maturité industrielle annoncée pour 2015 en France, la filière photovoltaïque peut déjà travailler à la mise en œuvre de solutions viables économiquement. Soit, c’est une forme de pari sur l’avenir, mais comportant des garanties de retours sur investissement. Pour l’électricité, nous vivons à crédit en France : le secteur du nucléaire en use à son gré depuis des décennies, sans apporter de garanties. Bien au contraire, on découvre tous les jours l’ampleur de la facture à venir. A voir les dernières estimations, plusieurs centaines de milliards : pour la sécurité, le démantèlement des centrales et le stockage des déchets. Humour : sinon il y toujours la solution de titriser les dettes du nucléaire (méthode CDO et autres subprimes), leur attribuer un AAA et les vendre sur les marchés financiers. Mais ils sont devenus prudents parait ‘il…
    Signaler un abus
  • Commenter cet article
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X