Entreprises de BTP

Au congrès de la Capeb, le chaud et le froid ont soufflé

Mots clés : Artisanat - Bâtiment d’habitation individuel - Gouvernement

Caisse de résonance d’une grande inquiétude des artisans du bâtiment, le congrès de la Capeb a accueilli le 14 avril dans une ambiance plutôt tendue la ministre du Logement Emmanuelle Cosse et la secrétaire d’Etat à l’Artisanat Martine Pinville. Applaudissements pour la première, sifflets pour la seconde.

Dans un contexte d’épuisement après des années de crise, et même si une timide reprise se fait jour pour les artisans du bâtiment, les ministres Emmanuelle Cosse et Martine Pinville, invitées aux Journées de la construction de la Capeb ne pouvaient être que prévenues. Elles étaient attendues de pied ferme.

S’adressant à la secrétaire d’Etat chargée de l’Artisanat, arrivée en fin de matinée, Patrick Liébus, le président de la Capeb, fidèle à son habitude, n’a pas pris de gants pour montrer sa déception. « Comme vous le savez, nous nous battons contre le projet de loi Sapin 2. Votre silence nous a fait mal, nous aurions aimé que vous soyez à nos côtés », lui a-t-il reproché en préambule de son discours. Le ton était donné. Rappelant ce que la Capeb combat – le doublement voire triplement du seuil de chiffres d’affaires permettant de bénéficier du régime des micro-entreprises voulu par le ministre de l’Economie, la suppression du stage préalable à l’installation – Patrick Liébus a insisté sur la réforme de la qualification : « La réforme de la qualification professionnelle est inacceptable en l’état. Le texte dévalorise nos métiers du bâtiment. Un métier qui n’a pas besoin de qualification n’est pas un métier ». Sur sa lancée, il a également évoqué « l’acte manqué concernant les élections aux Chambres de métiers et de l’artisanat qui doivent se tenir en octobre prochain ; or le décret indispensable au déroulement de ces élections n’est toujours pas paru ».

 

Un soutien timide de la part de la secrétaire d’Etat à l’Artisanat

 

La secrétaire d’Etat chargée à l’Artisanat a tenté de rassurer. En vain. Aucune explication sur son silence au moment de défendre le métier face à certaines mesures Macron dans le projet de loi Sapin 2 et des arguments que les artisans n’avaient certainement pas envie d’entendre là. « Je sais vos inquiétudes concernant le dispositif sur les micro-entreprises ; nous voulons que ces entreprises puissent passer au régime réel et fluidifier le parcours de l’entreprenariat. Il s’agit de pousser ces entreprises vers plus d’embauches ». A peine sa phrase terminée que déjà retentissaient les sifflets. Martine Pinville a cependant rappelé qu’il y avait encore « toute latitude pour discuter du projet de loi lors de son passage à l’Assemblée nationale et au Sénat». Quant aux élections des Chambres de métiers et de l’artisanat, elle s’est engagée à ce que la date prévue du 14 octobre soit maintenue.

 

Mieux faire connaître les dispositifs existants en faveur de la rénovation

 

Si Martine Pinville n’a certainement pas dû passer un bon moment à la tribune, l’accueil d’Emmanuelle Cosse en début d’après-midi a été plus chaleureux. Il est vrai que la ministre du Logement n’a pas l’habitude de se démonter, défendant même sa collègue Myriam El Khomri, dont le nom à peine prononcé, avait entraîné les huées de la salle. Il faut dire aussi que la ministre du Logement venait au congrès de la Capeb, non pas avec de nouvelles mesures (dont les dernières en date avaient été annoncées par François Hollande quelques jours auparavant), mais avec une volonté de poursuivre ce qui avait été entrepris et de s’engager en faveur de l’artisanat du bâtiment.

Se réjouissant de la reprise dans le logement neuf, elle a regretté que les résultats en matière de rénovation soient insuffisants. « Pour la rénovation des logements, des mesures ont été prises, a-t-elle rappelé, mais cela ne veut pas dire que d’autres ne seront pas prises, a-t-elle ajouté. Il nous faut accélérer la reprise des travaux par la valorisation et la diffusion des mesures existantes, la stabilité des dispositifs fiscaux et un accompagnement sur le terrain ». Une campagne de publicité devrait démarrer pour inciter à la rénovation. Concernant les trois plans de recherche et développement : le plan amiante, le plan transition numérique du bâtiment et le programme d’action pour la construction et la transition énergétique (Pacte), pour lesquels le ministère mobilise 70 millions d’euros, la ministre a annoncé «  vouloir valoriser les premières réalisations lors d’un événement avant l’été » (en juin, NDLR).

Concernant la nouvelle réglementation environnementale et les Bepos, Emmanuelle Cosse dit avoir entendu les demandes des professionnels qui ne veulent pas voir une profusion de labels, mais préfèrent capitaliser les retours d’expérience et donner du pragmatisme à cette réglementation au regard de la maîtrise des coûts de la construction. « J’ai donc demandé à mes services de finaliser les travaux afin de pouvoir présenter à la mi-mai un référentiel sur le Bepos qui permette de rapidement tester les premières réalisations. Cette phase d’expérimentation active devra nous permettre d’ajuster la réglementation 2018 sans en perdre l’ambition initiale », a-t-elle précisé.

Sur le carnet numérique, « l’assise législative actuelle ne me permet pas d’avancer et mérite d’être complétée et clarifiée, notamment comment se cède un tel objet et qui l’alimente », a reconnu la ministre, qui a décidé de lancer un appel à projet dans le cadre du plan de transition numérique.

 

Emmanuelle Cosse se veut un relais pour les artisans du bâtiment

 

Enfin, Emmanuelle Cosse s’est voulue à l’écoute. « Il y a plusieurs défis à relever, dont certains ne relèvent pas de mon ministère mais pour lesquels je veux dire néanmoins quelques mots. Les efforts sur les travailleurs détachés, nous devons continuer sur les contrôles, sur l’information et aussi travailler avec celles et ceux qui attribuent les marchés pour rappeler qu’un marché moins disant n’est pas toujours le mieux disant. Et à ce propos, nous avons un grand travail de pédagogie à faire avec les élus locaux. Le deuxième point sur lequel je serai attentive, ce sont les débats actuels sur la loi dite Sapin, notamment sur la qualification où j’ai cru comprendre qu’il y avait des questionnements importants. Il me semble que vos questionnements doivent être relayés et représentés au niveau nécessaire », a-t-elle conclu sous un tonnerre d’applaudissements.

Pour son premier face à face avec les artisans du bâtiment, très remontés, ce fut, à n’en pas douter un coup de maître.

 

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X