Profession

« Arrivé comme marée en Carême », chronique par Nicolas Guillon

Réagissant à l’afflux des migrants dans sa commune, le maire de Grande-Synthe, Damien Carême a choisi de les accueillir en leur offrant un camp d’hébergement digne de ce nom. Le pilote régional du « Moniteur » à Lille salue son initiative par un coup de chapeau bien mérité…

C’est un maire qui n’a pas peur. Ni du chômage, ni de la pauvreté, ni des migrants. C’est un édile que le principe de précaution n’empêche pas de prendre des risques. C’est un élu qui n’agit pas pour être réélu.

Grande-Synthe, communauté urbaine de Dunkerque. 21 000 habitants, 24 % de chômeurs, 33 % de la population en dessous du seuil de pauvreté, et – fait nouveau – 1 500 migrants. Damien Carême avait fait parler de sa commune dans les années 2000 en perpétrant un « crime » patrimonial : la démolition de l’urbanisme sur dalle développé trente ans plus tôt par Jean Renaudie, rêve alternatif à la société capitaliste qui avait viré au cauchemar du ghetto. Plus tard, Damien Carême, socialo passé chez les écolos, fera de Grande-Synthe, pourtant sous le vent des fumées d’ArcelorMittal, la première capitale française de la biodiversité, puis une « ville en transition ».
Voici désormais Damien Carême version « hiver 54 ». Quand les Kurdes d’Irak ont commencé à affluer sur ses terres, ce disciple de l’abbé Pierre n’en a pas appelé à l’armée. Ne supportant plus de voir ces naufragés de la guerre dériver sur leur bourbier comme les marins de Géricault sur le radeau de la Méduse, Damien Carême leur a construit un camp avec l’aide de Médecins sans frontières. Un vrai camp, aménagé par de vraies entreprises, après de vrais appels d’offres. Un camp répondant aux normes onusiennes, moins cher et surtout plus digne que les alignements de containers de Calais, mais… pas au goût sûr de l’Etat. Le déménagement – pas démantèlement – a tout de même eu lieu dans un bel élan de fraternité réunissant les Grand-Synthois mais également des Belges, des Néerlandais et même des Anglais ! Ce jour-là, dans les Hauts-de-France, l’Europe d’en bas montrait l’exemple en faisant corps autour de Damien Carême. La République ne s’est pas honorée en venant chercher des poux dans la tête de cet homme-là.

Chronique « Coup de chapeau » publiée dans « Le Moniteur » n°5862, daté du 1er avril 2016, page 22.

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