Matériaux et équipements

Arnaud Colson (UEPG) : « L’industrie des granulats en France est dans une situation dramatique comparée au reste de l’Europe »

L’assemblée générale de l’Union européenne des producteurs de granulats s’est tenue ces 20 et 21 mai à Strasbourg. L’occasion de faire le point sur les grands dossiers de la filière avec son président sortant, Arnaud Colson.

Vous quittez la présidence de l’Union européenne des producteurs de granulats (UEPG) au terme d’un mandat de trois ans. Quel bilan tirez-vous de votre action ?

Arnaud Colson : Les principaux chantiers de la mandature ont porté sur la santé et de la sécurité, ainsi que sur l’accès à la ressource. Sur la santé-sécurité, nous avons su mettre en place un processus de partage des bonnes pratiques et de création de comités spécialisés dans les associations membres qui en étaient dépourvues. Ce travail doit se poursuivre, notamment par la collecte plus fine des données et des échanges plus poussés sur les coûts. L’objectif reste de baisser significativement le taux de fréquence et la mortalité dans notre profession, qui emploie 250 000 salariés à travers l’Europe (voir focus ci-dessous).

L’accès à la ressource a été notre autre priorité. C’est un enjeu majeur pour la société dans son ensemble: chaque année, ce ne sont pas moins de 2,7 milliards de tonnes de granulats qui sont utilisés dans les chantiers des bâtiments et travaux publics en Europe. Comment répondre à ces besoins ? Nous venons de publier un document présentant 10 propositions pour une industrie des granulats durable ( télécharger ce document ), validé par nos 30 associations membres. C’est un outil essentiel pour faire comprendre nos métiers et identifier les besoins législatifs et politiques.

 

Quels sont les grands dossiers sur lesquels l’UEPG se mobilise aujourd’hui ?

A.C. : La santé et la sécurité restent une préoccupation majeure : nous avons engagé un dialogue avec la Commission européenne sur la silice cristalline alvéolaire. Bruxelles envisage d’inclure cette problématique dans la révision de la directive sur les agents cancérigènes. Nous plaidons plutôt pour la poursuite du dialogue social engagé depuis 2006, car il nous semble plus adapté pour diffuser les bonnes pratiques auprès des entreprises. Nous dialoguons également avec les instances européennes sur des sujets techniques, particulièrement sur les normes techniques définies par les documents CEN TC 154. Notre volonté est d’intégrer plus largement les produits issus du recyclage, qui échappent aujourd’hui à la normalisation pour certains usages, dans une approche d’économie circulaire.

Au plan économique, nous sommes opposés à toute approche qui créerait des redevances communautaires sur les carrières, comme l’envisagent certains à Bruxelles : le principe de subsidiarité doit ici rester la règle. Enfin, nous restons très mobilisés sur les questions environnementales. Dans le scénario où la directive Habitats entrerait en révision, nous rappelons que l’UEPG et ses associations membres ont fait considérablement progresser les techniques extractives ces dernières années, y compris dans les sites les plus sensibles. Nous avons démontré que l’exploitation des carrières pouvait se conjuguer avec le respect de la biodiversité.

 

On sait que l’activité des producteurs de granulats reste très difficile en France. Qu’en est-il pour le reste de l’Europe ?

A.C. : La consommation de granulats par habitant reste très hétérogène en fonction des pays, de 3 à 15 tonnes par an. Avec un peu moins de 6 tonnes par an et par habitant, la France est aujourd’hui en dessous de la moyenne européenne. Surtout, c’est actuellement le seul pays où la consommation continue de chuter du fait de la baisse drastique des chantiers de logements et de travaux publics. Même des pays très durement touchés par la crise, comme l’Espagne et l’Irlande, redressent la barre, tandis que l’Italie se stabilise. L’activité est franchement repartie en Allemagne et elle est restée bonne dans les pays du nord de l’Europe.

Il faut le dire, la France dans une situation dramatique comparée au reste de l’Europe, et on peut craindre des dégâts sociaux. Les dernières prévisions de l’UNPG laissent entrevoir une baisse moyenne de la production de 10% en 2015, mais certaines régions seront beaucoup plus impactées. Nous demandons une redynamisation beaucoup plus énergique du logement et des travaux publics, mais aussi une simplification démarches administratives. Nos entreprises sont parfois confrontées à cinq ou six schémas territoriaux différents et parfois contradictoires. Il est temps de s’attaquer réellement au millefeuille territorial.

 

Focus

L’UEPG en bref

Un nouveau président: l’UEPG vient de porter à sa présidence Jesús Ortiz, directeur général de HeidelbergCement en Espagne, pour un mandat de trois ans.

Le périmètre: 30 associations affiliées, parfois issues de pays non-membres de l’Union européenne (Suisse, Norvège, Turquie).

Le poids de l’industrie des granulats en Europe: 25 000 carrières, 250 000 salariés, 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

 

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