Profession

Architecte? Euh… C’est-à-dire?…

Mots clés : Architecture - Maîtrise d'ouvrage

Salle comble ce 20 mai au soir à la Maison de l’architecture en Ile-de-France (Paris Xe) pour le débat « Architecte maître d’œuvre, architecte maître d’ouvrage ou architecte tout court? »… Tentative d’explication de texte.

On rembobine. Ce débat faisait suite à la lettre comminatoire reçue, voici quelques temps déjà, par 18 architectes « parias » menacés de radiation par le Conseil régional de l’ordre des architectes d’Ile-de-France (Croaif) et la tribune qui s’en est suivie, signée conjointement par Olivier Herbemont, directeur immobilier d’Air France et président d’AMO et Bertrand Lemoine, architecte, chercheur et membre du conseil d’administration d’AMO. Une bien belle tablée donc, qui réunissait, en plus des susdits, Hélène Fricout-Cassignol, architecte, vice-présidente de la Maison de l’architecture en Ile-de-France; Hélène Fernandez, sous-directrice de l’architecture au ministère de la Culture; Catherine Jacquot, présidente du Conseil national de l’ordre des architectes; Jean-Michel Daquin, président du Croaif; Olivier Haye, directeur de la maîtrise d’ouvrage chez Gecina, vice-président d’AMO; et Antoine Daudré-Vignier, vice-président de l’Unsfa, le syndicat des architectes.

 

« H’MOP »

 

Pour Olivier Herbemont – « architecte et maître d’ouvrage » – « le diplôme en architecture est le meilleur facilitateur de dialogue entre maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre pour diffuser la connaissance et la sensibilité. L’intervention de l’architecte ne va jamais de soi pour un maître d’ouvrage qui distribue la commande. La présence d’architectes, d’un côté ou de l’autre, fluidifie et facilite le travail ». « Le titre d’architecte est garant de la compétence à porter un projet » souligne pour sa part Hélène Fricout-Cassignol et même s’il proclame « ne pas être un architecte frustré », Olivier Haye, l’un des « 18 parias », ne comprend pas le sort qui lui est aujourd’hui réservé. « Il faut davantage d’architectes dans les métiers de la maîtrise d’ouvrage, plaide-t-il. La loi de 1977 doit nous trouver une place! ». Pour le ministère de la Culture, représenté par Hélène Fernandez qui ne parviendra pas une seule fois à épeler « HMONP » dans le bon ordre – « Chez nous on les appelle les « H’MOP »… – la Stratégie nationale pour l’architecture (SNA) en cours de gestation redonnera « visibilité et débouchés » aux architectes. Et c’est bien là le cœur de la question. On attend toujours d’en savoir plus sur le contenu à venir de cette SNA…

 

Radiation

 

Le Cnoa de son côté, par la voix de Catherine Jacquot, entend « ouvrir l’institution à la diversité des métiers de l’architecture », tout en soulignant que la tenue du Tableau est « un chantier permanent ». Reste que « les salariés des société de droit privé qui ont pour activité le financement, la construction, la restauration, la vente ou la location d’immeubles ou l’achat ou la vente de terrains, ou de matériaux et éléments de construction » (ouf!), ne peuvent plus trouver place dans le Tableau depuis qu’en décembre 2014, le Cnoa a fermement invité les Croa à se mettre en conformité avec la loi de 1977 : à savoir procéder à la radiation des professionnels concernés à moins qu’ils ne démissionnent… Jean-Michel Daquin reconnaît, un peu gêné, que les courriers étaient « un peu rudes », mais l’Ordre, il ne faut pas l’oublier, est titulaire d’une délégation de service public et la profession d’architecte est réglementée (du moins jusqu’à ce jour…).

 

Picrocholine

 

« Le sujet est sensible, concède Antoine Daudré-Vignier. Architecte, est-ce un titre, un grade universitaire ou une fonction avec de vraies responsabilités? » Sans oublier les absurdités bureaucratiques qui font qu’un architecte diplômé d’Etat (ADE)… n’a pas le droit de s’inscrire à l’Ordre tant qu’il n’est pas HMONP (vous suivez?). « Le port du titre est anecdotique » finit par admettre le même Daudré-Vignier. « Le vrai problème aujourd’hui est la remise en cause incessante et les coups de boutoir portés à la loi MOP. Son démantèlement signifierait la fin de la profession » prophétise-t-il… On est bien loin de la guerre picrocholine que le seul ergotage sur le port du titre pouvait faire redouter. Il en va à présent de la survie même de la profession. Bref, et chacun l’a admis, le monde a bien changé depuis 1977 et sa loi sur l’architecture. Le président s’appelait Giscard, internet n’existait pas et les téléphones avaient des cadrans et des cordons entortillés. La loi, ici comme dans bien d’autres domaines, est à la remorque des évolutions sociales et sociétales. Quant aux « 18 parias », ils patientent vaillamment dans le « couloir de la mort » en attendant que leur sort soit définitivement réglé. « La profession va se faire ubériser » redoute déjà l’un d’eux. La suite au prochain épisode…

 

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