Chantiers

Archéologie et fondations en harmonie

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Conservation du patrimoine - Fondation - Soutènement

Afin d’optimiser les délais d’une opération lyonnaise de logements, une campagne de fouilles archéologiques a été menée de front avec les travaux de confortement des murs de soutènement.

 

Lem, une jeune société de promotion immobilière créée en 2012, vient de lancer à Lyon, sur la colline de Fourvière, la construction d’une résidence de 56 appartements de grand standing et 25 logements sociaux. Dans un parc de 2,6 hectares acheté à une congrégation religieuse, les appartements seront répartis dans trois ensembles de deux bâtiments accolés R+4 ou R+5, sur un niveau de sous-sol, conçus par l’agence lyonnaise Sud Architectes.

 

650 sépultures

 

Avant l’installation de la grue et le début de la construction, il aura fallu ajouter un an et demi de délai supplémentaire afin de réaliser une campagne de fouilles archéologiques menée de front avec les travaux de confortement des murs de soutènement périphériques.

La colline de Fourvière est en effet une zone sensible tant du point de vue géotechnique qu’archéologique. Un diagnostic archéologique prescrit par le préfet de région lors de la demande de permis de construire a mis en évidence une vaste nécropole, établie entre les deux églises paléochrétiennes de Saint-Irénée et de Saint-Just entre les IVe et VIIe siècles. Pas moins de 650 sépultures étaient enfouies sous 2,50 m de terre, sur une surface de plus de 2 400 m². Une campagne de fouilles a donc été imposée par arrêté préfectoral, à la charge du maître d’ouvrage. « Une subvention couvre 60 % de ces frais quand il s’agit d’une opération de logements sociaux, note Jean-Yves Rannou, directeur des opérations de Lem. Mais la zone concernée ici est justement dans l’emprise des bâtiments qui n’abritent pas de logements de sociaux. » Le surcoût de 600 000 euros sera donc supporté par Lem. La campagne de fouilles de 80 jours a été confiée à une équipe d’archéologues de l’ Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), sous la conduite d’Emmanuel Ferber. Le chef de projet a supervisé les travaux d’une trentaine d’archéo-anthropologues chargés d’étudier les squelettes humains en relation avec l’architecture de leur tombe pour déterminer le type de sépulture, la chronologie des tombes, ainsi que les caractéristiques biologiques des individus inhumés (sexe, âge, stature, pathologies) pour connaître les pratiques funéraires de la population. Les résultats de ces fouilles permettront de mieux comprendre l’implantation et le développement de la chrétienté dans la capitale des Gaules. A l’issue des fouilles, l’ensemble des sépultures doit être évacué et conservé par l’Inrap qui effectuera en laboratoire des analyses complémentaires.

 

Soutènement et fouilles archéologiques 

 

«  Lem, promoteur privé, et l’Inrap, établissement public en charge des fouilles archéologiques sur le terrain, ont collaboré intelligemment pour que leurs activités respectives puissent être réalisées parallèlement sans aucune entrave », se réjouit Jean-Yves Rannou. Lem a réalisé une étude géotechnique approfondie pour définir, en collaboration avec l’Inrap et sous la supervision de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), les méthodologies autorisant la réalisation de l’ensemble des soutènements définitifs du projet final, simultanément à l’intervention des archéologues. L’ensemble de l’opération a été mené avec l’aval de la Commission des Balmes. Créée suite à l’éboulement de Fourvière en 1930, ce service de la ville de Lyon vérifie la fiabilité et la sécurité des interventions dans les sous-sols particulièrement sensibles d es 1er, 4e, 5e et 9e arrondissements de la ville bâtis sur des balmes ( coteaux escarpés, pentes ou talus) qui peuvent être concernés par des mouvements de terrains. Ces arrondissements font l’objet de mesures spécifiques (réalisation d’études, mise en place de dispositif de surveillance, réalisation d’ouvrages de confortement,…) afin de mieux comprendre le phénomène, de prévenir et de protéger les populations et les biens.

Lem et l’Inrap ont choisi le même prestataire de terrassement, l’entreprise Millot, afin que le travail réalisé par celui-ci serve à la fois à libérer les terres pour les fouilles, à 2,50 m de profondeur, et ensuite à creuser jusqu’à 5 ou 6 m pour préparer les fondations. En même temps sont intervenues les entreprise SGC et Keller. La première était chargée de réaliser des parois berlinoises profondes (fers à 12 m) et le cloutage des murs de soutènement des voiries situées plus de 4 m au-dessus du terrain. La seconde a réalisé les reprises en sous-œuvre de ces murs périphériques par la technique de jet-grouting consistant à injecter du coulis de béton sous les murs sans détruire les couches de fouilles archéologiques. « Les intervenants ont travaillent ainsi simultanément sur le chantier en toute sécurité et en optimisant les temps et les ressources », conclut le promoteur.

La réalisation des fondations, qui va maintenant démarrer, doit elle aussi tenir compte des prescriptions de la Commission des Balmes. Pour faire face à la formation de fontis, des effondrements souterrains pouvant atteindre 4 m de diamètre, un radier de 60 cm d’épaisseur constituera la base des immeubles. Encore un surcoût de 400 000 euros.

 

 

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