Profession

« Arche ou crève ! », chronique par Jacques-Franck Degioanni

Des travaux mal engagés et la publication de « La Grande Arche », de Laurence Cossé, offrent l’occasion au chef de service « Architecture & Urbanisme » du « Moniteur » de déplorer le triste sort réservé à l’emblématique monument de l’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen, situé à La Défense…

Il est des lieux où souffle l’esprit. Il en est d’autres qui semblent maudits à jamais, à l’image de la Grande Arche de La Défense… Tant d’années après son inauguration (1989) – en l’absence de son architecte, le danois Johan Otto von Spreckelsen, mort en 1987 -, la Grande Arche refait parler d’elle… De quoi s’agit-il ? Du chantier de rénovation en cours. Si l’Etat, propriétaire du monument, remplit correctement son rôle, les propriétaires privés de la paroi Nord auraient décidé de ne pas se coordonner avec les travaux menés par la puissance publique et même de remplacer les plaques de marbre manquantes par de la tôle émaillée « de même ton » ! Un amateurisme et des rustines qui scandalisent, à juste titre, une quinzaine de starchitectes dont Andreu, Chemetov, Nouvel, Perrault, Piano, Portzamparc ou encore Rogers, qui voient là, dans les colonnes de notre confrère Le Monde, une « deuxième mort » pour Spreckelsen. L’architecte, on s’en souvient, avait été anéanti par la créature qu’il avait conçue, écœuré et broyé par les luttes politiques au couteau dont il a été le jouet involontaire.

Qu’on relise à cet égard « La Grande Arche » de Laurence Cossé, paru voici quelques mois chez Gallimard. Dans ce récit épique et tragique de la construction de l’édifice, son auteur reconstitue, jour après jour, année après année, toutes les étapes et les turpitudes qui ont présidé à l’édification du monument. Elle met en particulier en scène les frictions incessantes et l’incompréhension grandissante entre « Spreck », le Danois rigoureux, épris de calme et de beauté, et l’inconsistance d’une maîtrise d’ouvrage à la française, éclatée, incohérente, indécise et inféodée à la mitterrandie d’alors. Veulerie coupable des uns, autoritarisme forcené des autres, rouerie proverbiale du monarque. La Grande Arche de la Fraternité, son nom officiel, n’en a décidément pas fini avec son histoire convulsive…

 

Chronique « Coup de griffe » publiée dans « Le Moniteur » n°5888, daté du 28 septembre 2016, page 27.

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