Industrie/Négoce

Arcelor compte sur le russe Severstal pour barrer la route à Mittal

Dans une nouvelle tentative pour faire échouer l’offre d’achat hostile lancée par son concurrent Mittal, le sidérurgiste européen Arcelor va acheter le groupe russe Severstal en donnant un tiers de son capital au PDG Alexeï Mordachov, pour une valeur de 12 milliards d’euros.

A l’issue de ce mariage dévoilé en grande pompe vendredi, le propriétaire de Severstal deviendra, et de très loin, le premier actionnaire du nouveau groupe fusionné, avec une part estimée à « environ 32% », même si l’ambitieux patron a déclaré dès lundi que sa part allait passer à à 38,5% après un rachat d’actions.

Grossir et se doter d’un actionnaire encombrant fait partie des recettes classiques pour décourager les prédateurs.
M. Mordachov apportera à Arcelor la totalité des activités sidérurgiques et minières de Severstal ainsi que sa participation dans le sidérurgiste italien Lucchini, plus 1,25 milliard d’euros en cash.
« J’engage toute ma fortune personnelle », a martelé le jeune milliardaire de 40 ans lors d’une conférence de presse au siège d’Arcelor, à Luxembourg.
En contrepartie, Arcelor lui délivrera 295 millions d’actions nouvelles à un prix fixé à 44 euros par action.

La différence entre la valeur de ces actifs et l’apport en numéraire de M. Mordachov donne la valeur payée par Arcelor pour acheter le groupe russe, soit 12 milliards d’euros.
La fusion doit être finalisée « à la fin du mois de juillet », à moins qu’une majorité des actionnaires d’Arcelor ne rejette la transaction lors d’une assemblée générale prévue vers le 28 juin.

Cette contre-offensive est une course contre la montre: l’OPA de Mittal, déjà lancée, devrait s’achever courant juillet – la date n’est pas encore fixée – , donc après l’AG d’Arcelor qui pourrait valider l’absorption du groupe russe. Donc si Mittal réussit finalement son OPA et prend le contrôle d’Arcelor en juillet, il devra négocier le départ du groupe russe ou s’en accommoder.
Si au contraire Mittal rate son rachat, le mariage russo-européen donnerait naissance au numéro un mondial de l’acier, avec un chiffre d’affaires de 46 milliards d’euros.

Pour obtenir le feu vert de ses actionnaires, Arcelor est décidé à les gâter: au total, il leur versera 7,6 milliards d’euros cette année, en dividendes et surtout en rachats d’actions.
Affichant sa confiance et sa décontraction, M. Dollé a affirmé que le rachat de Severstal était une « affaire formidable » et fait valoir que le groupe européen et la société russe « étaient fiancés depuis dix ans » au travers de divers partenariats industriels.
M. Dollé a beaucoup insisté sur les « valeurs communes » d’Arcelor et Severstal, répétant que M. Mordachov était « très européen » et « très occidentalisé. »
Le patron français s’est refusé à qualifier Severstal de « chevalier blanc » dans sa lutte contre l’homme d’affaires indien Lakshmi Mittal, reconnaissant seulement que ce dernier avait agi comme un « catalyseur ».

De son côté, l’homme d’affaires russe s’est voulu le plus rassurant possible: « C’est tout à fait différent de l’époque soviétique » en Russie actuellement. « Nous accueillons favorablement les investisseurs étrangers. C’est peut-être différent du Luxembourg mais les choses ont beaucoup changé au cours des cinq à dix dernières années chez nous », a-t-il dit.
Le ministre des Finances Alexeï Koudrine a estimé vendredi que la transaction témoignait « d’une confiance accrue envers l’économie russe. »
Plus prudent, le Premier ministre français Dominique de Villepin a affirmé qu’il ne voulait pas « s’immiscer » dans les décisions des entreprises.

Pour Mittal, qui avait relevé son offre de 34% la semaine dernière, cette alliance russe est un revers. Il a accusé Arcelor de « manipuler ses actionnaires », en proposant « une alliance de second ordre ».
Mais Mittal propose maintenant 36 euros par action, prix qui reste tentant pour les actionnaires puisque l’action Arcelor ne vaut que quelque 33 euros.
De plus l’annonce de l’alliance russe a fait nettement baisser le cours d’Arcelor vendredi à Paris (-2,97%, à 33,05 euros), signe que nombre d’analystes restent sceptiques face à ces noces de dernière minute.

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