Chantiers

Analyse de cycle de vie appliquée à la « Maison Doisneau » à Saint-Denis

Mots clés : Architecture - Rénovation d'ouvrage

Le petit immeuble de Saint-Denis, qui abritait autrefois le café des éclusiers « Au bon coin » et immortalisé par le photographe Robert Doisneau, vient d’être rénové et agrandi. Une démarche d’analyse de cycle de vie a orienté les choix constructifs.

Au bord du canal Saint-Denis, l’immeuble situé au 14, rue Denfert-Rochereau à Saint-Denis (93) a été immortalisé deux fois par Robert Doisneau. D’abord en 1945. Les briques étaient alors apparentes et le rez-de-chaussée abritait l’estaminet « Au bon coin ». Puis en 1987 : le bar et les briques, cachées sous une couche de peinture, avaient disparu.

En 2010, la SCI familiale Au bon coin rachète le bâtiment dégradé et occupé. En vue de le rénover, les propriétaires contactent l’atelier d’architecture Ramdam (Franck Dibon et Olivier Misischi). Deux années seront nécessaires pour trouver des solutions afin de reloger les locataires et pour définir la nature de l’opération. Le bâtiment a aujourd’hui retrouvé sa façade originelle et se voit agrandi par une extension en ossature bois. « Au départ, la SCI voulait se contenter d’une réhabilitation raconte Franck Dibon. Mais nous l’avons convaincue de l’intérêt d’une extension qui double la surface habitable. » Le nouvel édifice, une étroite tour de trois étages, dépasse de 1,5 m le vieil immeuble positionné en angle de rue et pourra assurer une transition douce avec les nouvelles constructions à venir. 

 

 

Des choix constructifs basés sur une analyse de cycle de vie (ACV)

 


Avec l’aide d’Eva Thiebaud, ingénieure environnement, les architectes ont mis en place une analyse de cycle de vie (ACV). Cette démarche, qui vise à diminuer l’empreinte énergétique globale d’un projet, prend en compte la consommation énergétique du bâtiment, mais également l’énergie nécessaire à la fabrication et à la mise œuvre des produits, l’énergie de transport et l’énergie nécessaire à la déconstruction du bâtiment. « Nous avons passé beaucoup de temps à choisir les matériaux neufs et avons cherché à réutiliser au maximum ce qui existait déjà » explique Franck Dibon.

Avec cette approche en tête, le choix du bois – qui présente des avantages en termes de mise en œuvre, de déchets ou encore de déconstruction – s’est imposé pour l’extension. Les panneaux à ossature bois en douglas, comme le bardage en mélèze qui les recouvre, n’ont pas été traités car naturellement durables (classe 3). Les murs, isolés avec de la ouate de cellulose, constituent un système perspirant composé uniquement de matériaux naturels. Ainsi, face intérieure, des panneaux OSB de contreventement réalisent aussi la fonction de pare-vapeur. Face extérieure, la contre isolation est assurée par des panneaux de laine de bois (35 mm) qui font aussi office de pare-pluie. Ce système « sans plastique » a été installé par Apijbat, une association locale de construction écologique tous corps d’état.

 

 

Une démarche ACV qui se heurte à un environnement contraint

 

 

Mais l’approche ACV a aussi ses limites et elle n’a pas pu être menée aussi loin que souhaitée. « Pour l’isolation intérieure par exemple, nous avons dû renoncer à la ouate de cellulose, regrette Franck Dibon. Les exigences de performance thermique de l’Anah sont telles que l’épaisseur de l’isolant aurait été trop importante compte tenu des contraintes de surface ». Les murs ont finalement été isolés à l’aide de panneaux de polystyrène… Néanmoins, la démarche ACV se retrouve au travers des autres travaux d’isolation (menuiseries en bois performantes, isolation de la toiture en fibre de bois) et de la volonté de révéler à nouveau les briques. Ces dernières avaient été recouvertes de peinture non respirante à la fin des années 1970 sur les deux façades donnant sur la rue. Le décapage pour la retirer a réservé quelques surprises… « Nous savions déjà que les briques étaient rouges mais nous ignorions tout de la modénature » raconte Franck Dibon. Autre découverte moins plaisante : celle de joints, en très mauvais état et réalisés au ciment. Pour assainir et préserver la façade, l’entreprise Batit 2002 s’est attelée à un déjointement complet et à un rejointement à la chaux, qui offre une bien meilleure respiration à la brique que le ciment.

 

Focus

Fiche technique

5 logements locatifs dont 3 sociaux

201 m2 SHAB

400 000 euros HT

Maîtrise d’ouvrage : SCI Au bon coin

Maîtrise d’oeuvre : Atelier Ramdam (Farnck Dibon et Olivier Misischi)

partenaires : Bureau thermidor / Ictec

Entreprises : ApijBat, Batit 2002, Afaclim, T2CC, PSC Hadi

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