Profession

«AMO est un système transversal, comme l’est notre métier», Patrick Baggio, président d’AMO Aquitaine

Mots clés : Architecte - Maîtrise d'ouvrage

Trois cents architectes à la découverte de Bordeaux. AMO Aquitaine, association qui fédère architectes et maîtres d’ouvrage, accueille les journées nationales AMO. Patrick Baggio, architecte bordelais et président d’AMO Aquitaine pour quelques semaines encore, évoque le besoin de changement de l’association pour s’adapter à l’évolution du métier d’architecte et des rapports avec les maîtres d’ouvrage.

Quelles sont les évolutions à envisager pour AMO ?

Patrick Baggio: AMO doit se poser la question des grandes régions. Comment être représentatif d’une région quand deux villes sont séparées par 600 km ? Ça va être une question centrale l’an prochain; comment s’adapter au découpage ? Actuellement, il y a une délégation dans chaque région. Il faut reposer le rôle des présidents, on ne se voit pas assez, on ne communique pas assez… Pourtant, chaque fois que je m’entretiens avec les présidents, j’apprends beaucoup. Il faut instituer ce genre de réflexe, via Skype ou autres pour aborder la mobilisation des maîtres d’ouvrage publics et privés, les problèmes…

 

Quelle est la force de l’association ?

P. B.: AMO a l’avantage d’être un territoire neutre. Ce n’est pas un club d’affaires, il n’y a pas de hiérarchie; les industriels et tous les maîtres d’ouvrage sont traités au même niveau. On ne fait pas de corporatisme. C’est un système apaisé et transversal, comme l’est notre métier. Sans un maître d’ouvrage, je n’ai pas de boulot; sans les ingénieurs, je ne vais pas faire un bon projet. On doit mieux connaître les métiers des uns et des autres.

 

Vous avez le sentiment que sur le terrain, ce n’est pas le cas ?

P. B.: Ça s’améliore car on ne peut plus faire autrement. Mais ce n’est pas complètement institué. Nous avons un vrai passage de flambeau à faire avec les jeunes. Et face à cette modification culturelle, technologique, économique et mutation de nos métiers, c’est le moment d’agir sur cette transversalité. Ce qui est valable pour l’association l’est pour nous aussi. En cinq ans, les commandes ont changé. Et, à travers des discussions, au sein de l’association, avec les maîtres d’ouvrage, urbanistes, architectes, paysagistes, nous devons nous demander comment nous allons travailler demain. Tous doivent avoir envie de travailler main dans la main. On voit que ça évolue. Quand j’ai commencé, je ne travaillais pas avec les promoteurs. Je ne supportais pas que l’on me dise ce que je devais faire. Aujourd’hui, c’est différent, on me demande comment faire. On le voit dans tous les projets.

 

En quoi le rapport entre architectes et maîtres d’ouvrage a changé ?

P. B.: On n’est plus dans «voilà un programme, faites-le». Maintenant, on nous demande si on a un ergonome, du foncier, des relations avec les banques, etc. Nous, architectes, devons désormais rallier et organiser cette transversalité. Le maître d’ouvrage ne veut échanger qu’avec une seule personne. Et les grands maîtres d’ouvrage viendront chercher les grandes structures; des gens qui sont associés avec les banques, les grands cabinets d’architecture montent leurs agences immobilières. Je vois qu’en transformant mon agence – en fusionnant avec dix entreprises – ça change la donne.

 

Les agences doivent-elles se préparer à ce changement ?

P. B.: On fait plus de valorisation foncière. Il ne s’agit plus de faire 50 logements, mais où ? Comment ? Avec un hôtel ? Du tertiaire ? De la logistique ? Etc. On ne pourra plus manger avec un projet de 25 logements. Je ne dis pas que notre solution est LA solution, mais il faut comprendre l’avenir et se poser la question. Ce changement n’est pas négatif. On nous tend une perche en nous disant:  «vous revenez au centre.»

 

Quels sont les domaines que vous avez été obligé d’appréhender, en tant qu’architecte ?

P. B.: Le foncier, le financement, la loi Pinel… Avant, ce n’était pas à nous de faire ça. C’est une évolution du métier.

 

Cette transversalité ne se fait-elle pas au détriment de la qualité architecturale que prône l’association ?

P. B.: Tous les jeunes qui arrivent – architectes, promoteurs – ont une envie d’architecture: c’est une culture partagée. Peut-être ne trouvent-ils pas ce qu’ils souhaitent dans les logements existants, ils sont sensibles à la lumière, aux espaces verts, aux villes non polluées… Tout le monde a envie d’être innovant, de se démarquer… Je suis assez optimiste.

 

C’est la jeune génération qui vous rend optimiste ?

P. B.: Oui, AMO doit attirer des jeunes car ils ont cette culture et sont bien formés. Beaucoup de jeunes architectes sont allés à l’étranger, ils parlent anglais. J’aurais rêvé que l’école d’architecture de Bordeaux soit bilingue. Il faudra peut-être qu’AMO entre en relation avec ses voisins.

 

Comment avez-vous vu évoluer votre association sur ces 10 années de mandat ?

P. B.: Beaucoup de jeunes sont arrivés, mais nous constatons une perte des collectivités publiques avec qui il y a un besoin de retrouver cette culture partagée. On avait monté un centre de formation, il y a trois ans, destiné aux collectivités, sur la qualité architecturale, l’histoire de l’architecture… Mais c’était trop lourd à porter pour l’association. Nous avons 80 adhérents et n’avons jamais cherché à grossir, mais il va falloir que l’on fasse plus de prosélytisme auprès des maîtres d’ouvrage publics.

 

Focus

Un lieu de dialogue

AMO est une association créée en 1983 à l’initiative de Jean-Pierre Duport, alors Directeur de l’Architecture au ministère de l’Equipement. C’est un lieu de dialogue entre maîtres d’ouvrage, architectes et tous les partenaires de l’acte de construire. Les adhérents échangent sur leurs pratiques et se rencontrent à l’occasion de débats ou de visites.

Equilibre de l’échange et connaissance des compétences et responsabilités de l’autre sont les conditions essentielles de la réussite du projet. L’association a aussi des actions sur la formation et organise une veille sur les évolutions des métiers et des modes de production.

 

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