Environnement

Amiante : entre 50.000 et 100.000 cancers à venir

Mots clés : Bâtiment et santé

Les experts ont poussé un cri d’alarme en confirmant devant une mission parlementaire que les cancers liés à l’amiante pourraient faire de 50.000 à 100.000 victimes en France d’ici 2030. Ces cas concernent notamment les travailleurs du bâtiment, exposés de façon intermittente mais à des niveaux qui peuvent être très élevés. D’ailleurs, 1.200 artisans à la retraite seront suivis dans le cadre d’une vaste étude épidémiologique.

C’est désormais une certitude, le nombre de nouveaux cas annuels de mésothéliome ou cancer de la plèvre continue d’augmenter chaque année en France, où on peut s’attendre à 30.000 à 40.000 mésothéliomes d’ici 2030, a déclaré le Pr Marcel Goldberg (InVS/Inserm), chargé du programme national de surveillance des mésothéliomes.
Si on ajoute le nombre potentiel de cancers du poumon dus à l’amiante, on arrive aux chiffres de 50.000 à 100.000 victimes, qui résultent d’une modélisation mathématique à partir des cas répertoriés, a-t-il précisé devant la mission d’information parlementaire sur l’amiante.

« Jusqu’en 2030, le risque d’incidence est déjà fixé, car les mésothéliomes d’aujourd’hui résultent d’une exposition qui remonte à trente ou quarante ans », a-t-il ajouté.
« Le mésothéliome signe à coup sûr l’existence d’une exposition à l’amiante », a-t-il souligné, précisant que le risque est strictement proportionnel à la dose inhalée, sans qu’un seuil minimal ait été fixé.

On estime qu’environ 10% des cancers du poumon chez l’homme (entre 2.000 et 3.000 sur 25.000) sont associés à une exposition à l’amiante durant la vie professionnelle, a précisé le Dr Ellen Imbernon, responsable du département santé/travail à l’Institut national de veille sanitaire (InVS).
Faute de traitements rassurants à proposer, les experts s’interrogent sur l’utilité d’un large dépistage pour détecter précocement les cancers causés par l’amiante.
Pour le mésothéliome, la généralisation du dépistage « n’apporterait pas un bénéfice à coup sûr pour le patient », compte tenu des « progrès thérapeutiques faibles », a relevé le Pr Jacques Ameille.
Une détection précoce des cancers du poumon est possible par scanner, mais « ce n’est pas sûr que cela entraîne une amélioration en termes de survie », a-t-il ajouté.

Le Pr Claude Got a souligné qu’au delà des secteurs les plus concernés (chantiers navals, mines, usines productrices de produits à base d’amiante), se pose la question de l’exposition intermittente, mais à des niveaux qui peuvent être très élevés, des travailleurs du bâtiments.
« Une grande partie des travailleurs exposés l’ignorent, alors que le système de réparation des cancers d’origine professionnelle est basé sur la déclaration volontaire des victimes », a regretté le Dr Imbernon, précisant qu’un dispositif de suivi médical prévu pour repérer les retraités à risques n’a « quasiment pas été utilisé ».

Focus

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Une vaste enquête sur l’exposition à l’amiante des artisans



Des artisans retraités des régions Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes vont être contactés prochainement par l’Institut de veille sanitaire (InVS) et la caisse nationale d’assurance maladie des professions indépendantes (CANAM) afin d’évaluer une éventuelle exposition à l’amiante durant leur carrière. Tous les corps de métier du BTP sont concernés mais les électriciens et les plombiers seront les plus touchés.
Baptisé « Espri » (Epidémiologie et surveillance des professions indépendantes), ce programme-pilote de suivi médical doit, dans un premier temps, concerner 1.200 hommes et femmes de ces trois régions, qui recevront un questionnaire permettrant de retracer leur parcours professionnel.
En cas d’exposition avérée à l’amiante (qui sera évaluée par un service spécialisé de l’hôpital Pellegrin de Bordeaux), les personnes bénéficieront d’un bilan de santé gratuit.
Il s’agit de repérer « précocement toute affection respiratoire en rapport avec une exposition à l’amiante, et d’autre part, d’aider à la réparation, notamment par le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (Fiva) », expliquent l’InVS et la Canam dans un communiqué.
Les premiers résultats du programme Espri sont attendus pour le printemps 2006, une extension de ce programme à d’autres régions est envisagé « à l’horizon 2007 ».

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