Chantiers

Aménagement Paris-Rive Gauche : un enchevêtrement de contraintes techniques

Mots clés : Aménagement du territoire - Infrastructure de transports - Second oeuvre

Initié au début des années 1990 et devant être achevé en 2028, le projet d’aménagement Paris-Rive Gauche est actuellement le chantier de couverture d’infrastructure de transport en milieu urbain le plus important d’Europe.

Pour éviter l’étalement des villes sur les terres agricoles alentours, une solution pour répondre à la densification urbaine pourrait être de construire sur les « failles » que sont les autoroutes et les lignes ferroviaires situées au cœur des agglomérations. Tel fut le sens des réflexions menées par les membres du projet de recherche Canopée consacré aux couvertures des infrastructures de transport en milieu urbain. Leurs travaux étant aujourd’hui terminés, un rapport sur cette question, à la fois technique, politique mais aussi patrimoniale, sera édité fin octobre-début novembre.

« Le foncier facile a été urbanisé. Désormais, nous sommes dans des projets urbanistiques complexes pour lesquels nous cherchons les meilleures solutions techniques », fait savoir Didier Bailly, directeur général de la voirie et des déplacements à la mairie de Paris. Illustration de cet état de fait : l’opération d’aménagement Paris-Rive Gauche (13ème arrondissement), lancé au début des années 1990, vise à couvrir les voies ferrées menant à la gare d’Austerlitz sur une surface totale de 26 hectares – le chantier de couverture le plus important à l’heure actuelle en Europe. « A la différence de l’infrastructure routière, l’infrastructure ferroviaire offre peu d’options de transformation », indique Michel Moussard, consultant génie civil et ouvrages d’art chez Arcadis.

 

Un faisceau de contraintes

 

Et pour cause : tout un ensemble de contraintes s’applique aux travaux réalisés dans l’espace ferroviaire. « D’abord, la gare et les voies doivent rester en service au maximum durant toute la durée du chantier », rappelle Jean-Louis Gerbenne, directeur de la division infrastructures et constructions de la Semapa (Société d’étude, de maîtrise d’ouvrage et d’aménagement parisienne). « Comme il est rarement possible de déposer les voies, les opérations se déroulent majoritairement de nuit, sur des emprises très réduites. » Et le responsable d’ajouter : « Le contexte ferroviaire nous contraint géométriquement et dans le temps. Le calendrier ferroviaire, et notamment les évolutions futures du réseau, conditionne le calendrier des travaux de couverture. » A cela s’ajoutent des contraintes plus classiques en milieu urbain, relatives, par exemple, à la sécurité incendie, aux vibrations, au bruit, etc.

Sur les 26 hectares recouverts, sur une longueur de quatre kilomètres environ, plusieurs types de couverture et de modes constructifs sont mis en œuvre. Au droit de la gare d’Austerlitz, la dalle est supportée par des poteaux, érigés au droit des futurs quais. Ce rôle de support est dévolu à des voiles discontinues au-dessus des voies ferrées. La dalle, quant à elle, est construite en faisant appel à différentes techniques : bétonnage à l’aide de coffrages cintrés ; poutres en béton armé préfabriquées sur place puis ripées et poussées ; poutres partiellement préfabriquées (avec ferraillage en attente) puis mises en place à l’aide d’une grue ; poutres métalliques enrobées (pour les épaisseurs de dalle les plus faibles). « C’est un travail sur-mesure », précise Jean-Louis Gerbenne.

 

Bâtiments-ponts

 

Lorsque la topologie du site l’impose, la construction de bâtiments-ponts (des bâtiments qui franchissent une brèche grâce à leurs propres appuis) a été préférée à la réalisation de la dalle. C’est le cas, par exemple, du « Panorama T6C » construit à côté de la Bibliothèque François Mitterrand. Pour construire ce bâtiment qui franchira le faisceau ferroviaire sur 58 mètres, une structure métallique complexe de 5 000 tonnes est actuellement érigée par Victor Buyck Steel Construction. « Le plancher de protection du bâtiment est mis en place, de nuit, par poussage de huit blocs de charpente au-dessus des voies, à la vitesse de 3 km/h. Chaque bloc pèse environ 450 tonnes », explique Diter Braet, ingénieur-projet et responsable du bureau d’études parisien de l’entreprise belge.

« Aujourd’hui, la couverture du faisceau ferroviaire d’Austerlitz est quasiment achevée, ce qui permet de dégager une superficie à construire totale de près de 2 455 000 m² », annonce Jean-François Gueulette, directeur général de la Semapa. Ce nouveau foncier accueillera, entre autres, à l’horizon 2028, 585 000 m² de logements (15 000 habitants) ; 745 000 m² de bureaux (60 000 emplois) ; 1 125 000 m² d’équipements publics et d’activités, et 98 000 m² d’espaces verts. « Le projet Paris-Rive Gauche est l’une des 12 zones d’aménagement les plus importantes de Paris. Il est essentiellement au développement de la capitale », conclut Jean-François Gueulette.

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