Economie

Alain Rousset recadre les finances de l’ex-Poitou-Charentes

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Quelques semaines après la fusion des trois régions, le président de l’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes (ALPC), alerté par les Fédérations du bâtiment des Deux-Sèvres et de la Vienne, se trouve confronté à une ardoise d’impayés de 132 millions d’euros. La structure de la dette poitevine semble également fragile.

Le président de la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes l’avait évoqué lors de son discours inaugural en janvier dernier: «il faudra harmoniser nos politiques publiques». Depuis décembre 2015, il avait été alerté par la Fédération du bâtiment de la Vienne (suivie par celle des Deux-Sèvres) d’un retard de paiement d’un million d’euros qui fragilisent les PME du bâtiment. Une somme qui pourrait sembler faible au regard des 2,4 milliards de budget de la future grande région. Mais qui, de fait, cachait une ardoise autrement plus importante de 132 millions d’euros de factures impayées ou en retard. «Des impayés depuis juillet 2015 pour plus de 130 millions d’euros, qui pénalisent nos partenaires, nos entreprises, nos lycées, qui ont légitimement le droit d’être payés en temps et en heure, mais qui pénalisent également les finances de la grande région puisque ces impayés viennent directement impacter le budget 2016», précise la région.

Le nouvel exécutif nous précise les faits: l’ex-région Poitou-Charentes a interrompu tout ou partie des paiements (subventions ou factures) à compter du mois de juillet de l’année «n» pour les acquitter les deux premiers mois de l’année «n+1». Un reliquat d’impayés 2015 s’élève à 132 millions d’euros (70 millions d’euros de fonctionnement et 62 millions d’euros d’investissement). La reprise des paiements a d’ores et déjà permis de régler, en quinze jours, 46 millions d’euros d’impayés. La situation devrait être apurée en cinq semaines au rythme de 20 millions d’euros par semaine, soit d’ici à la fin mars.»

Autre élément à charge pour l’ancien exécutif picto-charentais, la découverte d’une fragilité dans la structuration de la dette. «La dette est fortement exposée au risque de taux et de change», nous précise la région. «Sur un encours de dette qui s’élève au 31 décembre 2015 à 457 millions d’euros, 130 millions d’euros sont composés d’emprunts dits structurés»

 

 

Décalage de paiement de 10 semaines de trésorerie

En conséquence, Jean-François Macaire, ancien président de l’exécutif picto-charentais, a démissionné de sa délégation de vice-président la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes chargé des finances et du budget. Il a expliqué ses choix par un communiqué le jour de sa démission, le 22 février: «La région Poitou-Charentes a conduit des politiques volontaristes qui l’ont placée en tête dans différents domaines comme l’apprentissage, la culture et le développement durable. Cependant, dans le cadre de la constitution de la nouvelle région, a été mis en évidence un décalage des paiements de l’année 2015 sur l’année 2016, de 132 millions d’euros équivalent à 10 semaines de trésorerie. Ce décalage est à moduler par l’excédent de fonctionnement pour 2015 de l’ordre de 50 millions d’euros. Je tiens à rassurer les habitants et les acteurs de Poitou-Charentes. Les engagements pris seront tenus, comme l’a indiqué le Président Rousset. Des marges de manœuvre existent pour revenir à un rythme de paiement plus serré. L’ex-région Poitou-Charentes a pris ces dernières années des mesures pour réduire ses dépenses de fonctionnement, tout en maintenant ses politiques de fond. Ces mesures porteront leurs fruits dans l’année qui vient et les suivantes. De plus, l’ex-région Poitou-Charentes a négocié un contrat de plan Etat-région très favorable (le taux d’intervention de l’Etat est le meilleur de France), ainsi qu’un niveau de fonds européens très élevé qui bénéficiera aux entreprises et aux territoires.»

Et en a tiré la conclusion politique qui s’imposait: «dans ce contexte, il m’est difficile d’assurer à la fois la post-présidence de l’ancienne région et la délégation aux finances de la nouvelle région. J’ai donc remis cette délégation à la disposition du Président, pour continuer à avancer sans polémique et dans la sérénité».

 

Un audit général des trois régions

 

Il est encore trop tôt pour expliquer totalement ces dérapages, puisqu’un audit a été lancé et ne remettra pas ses conclusions avant quelques semaines. L’ancien directeur des services financiers de Poitou-Charentes a été remercié.

Ce qui est certain, comme nous l’avions évoqué dans nos colonnes, en analysant la structure probable des budgets des trois anciennes et de la future région, c’est la difficulté d’établir un budget global, avec des périmètres d’intervention et des méthodes différentes dans les anciennes régions Limousin, Aquitaine et Poitou-Charentes. «Côté investissement, la donne est moins lisible: la région présente ses données en cumulant autorisations de programmes et autorisations d’engagement d’une part (837,8 millions d’euros) et d’autre part 745,3 millions d’euros de crédits de paiement (budget principal et annexes).»

Une méthode de présentation du budget qui, selon certains élus, présente le risque d’un effet grossissant, de cumuls d’engagements qui ne sont pas toujours le reflet des investissements réels.

L’important dossier d’harmonisation des politiques publiques régionales, des méthodes de gestion de la dette, des investissements et du fonctionnement occupera donc une bonne partie de l’année 2016. Alain Rousset devrait rencontrer prochainement les présidents des trois chambres régionales des comptes. Cette situation financière conduit à diligenter un audit menée par EY sur la santé financière des trois régions. Elle va également amener à construire une stratégie budgétaire spécifique.

 

Retrouver en 2017 des marges de manœuvre d’investissement

 

Le président souhaite retrouver très vite des marges de manœuvre à l’investissement. «Nous devrions pouvoir le faire dès 2017 mais il faudra avant que nous ayons une discipline budgétaire exigeante. La nouvelle politique régionale devra prendre en compte cette contrainte conjoncturelle» précise Alain Rousset.

Le président Rousset relativise: «il ne s’agit pas non plus de dramatiser la situation, les faits sont critiquables mais pas catastrophiques», les finances d’Aquitaine et de Limousin sont saines et que la situation de Poitou-Charentes, même si les montants sont très importants, peut être encaissée par la «grande région». Même si «ces sommes décaissées amputent d’ores et déjà les crédits de paiement disponibles en 2016, la bonne santé financière de l’ex-région Aquitaine et l’ex-région Limousin permet d’encaisser ce choc budgétaire» précise Alain Rousset, qui évoque avec une pointe d’humour le règlement des impayés sans le moindre souci de trésorerie.

 

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