Réalisations

Agora récompense la construction ordinaire

Mots clés : Architecture - Architecture intérieure

A l’issue de deux jours de discussion, les jurys des prix Caisse des dépôts Agora 2017 dans les catégories architecture, design, vidéo, associations et appel à idées ont décerné leurs prix lundi 20 février.

La simplicité architecturale primée. Quoique teintée d’innovation. A l’issue de deux jours de discussion, les jurys des prix Caisse des dépôts Agora 2017 dans les catégories architecture, design, vidéo, associations et appel à idées ont décerné leurs prix lundi 20 février. Dans la catégorie architecture, cinq réalisations ont été saluées. Par leur diversité, les projets illustrent le travail de l’architecte, bien au-delà du geste et semblent être une sorte d’hommage à la construction ordinaire. « L’architecte, ce n’est pas seulement le grand geste, précise Bas Smets, commissaire général de la Biennale Agora 2017, c’est la bonne réponse à la question. »

 

Grand parc et petite opération distingués

 

Il semble déroutant de voir primer dans une ville comme Bordeaux – où les réalisations ambitieuses se multiplient – un petit projet de logements collectifs et un grand ensemble. Les présidents du jury, les architectes Eric Lapierre et Kersten Geers ont apprécié la démarche des équipes dans le projet Bengalines à Pessac (Architecte Atelier Provisoire ; maître d’ouvrage Aquitanis) – qui a reçu le prix spécial Agora –  et la transformation des bâtiments du Grand Parc (Architectes Lacaton & Vassal ; maître d’ouvrage Aquitanis). « Les Bengalines sont des logements sociaux participatifs, explique Eric Lapierre, les architectes ont trouvé un procédé ingénieux pour permettre aux occupants de décider comment aménager leur appartement : ils ont conçu un logement traversant avec un noyau constitué de la cuisine et de la salle de bain ; le séjour et la partie nuit peuvent être agencés selon le souhait des occupants, grâce à un système de cloisons à fixer. C’est une démarche inhabituelle, sociologique. » Eric Lapierre estime également que la saluer est une manière « d’élever l’architecture moyenne de la ville ordinaire ».

Dans la catégorie logements collectifs, c’est le Grand Parc qui est à l’honneur. Incongru pour la ville de pierre. « Lacaton &Vassal, les meilleurs architectes de leur génération en France, ont mené un travail remarquable sur la transformation de ce grand ensemble, ajoute Eric Lapierre, alors que l’Anru prône leur démolition, ils les ont conservés en augmentant leur potentiel de qualité. » Les architectes bordelais ont ajouté une épaisseur de façade de 4 mètres de profondeur. Les logements ont pu être ainsi agrandis grâce à ces jardins d’hiver et bénéficier d’une meilleure performance énergétique. « On résout simultanément des problèmes de confort, de qualité de vie et d’environnement sans augmentation de loyer et avec un impact positif sur les charges. Aquitanis est un maître d’ouvrage qui a une vision sociale de son travail. Ce sont les plus beaux logements de cette session », insiste l’architecte.

« Avec ses deux composantes, on tient les constituantes de la périphérie. Si on avait cela tout le temps, l’image du pays en serait changée », estime Eric Lapierre.

 

Des équipements publics qui s’inscrivent dans la ville durable

 

Dans la catégorie équipements culturels, jeunesse, sports, ce sont les archives municipales (Architectes Robbrecht en Daem ; maître d’ouvrage Ville de Bordeaux) qui ont été primées. « Quand on parle de ville durable, on commence par garder l’existant », précise Eric Lapierre. Ce projet « fonctionne bien ». « Trois écueils ont été évités, reconnaît-il, le fétichisme de l’objet ancien, au risque de distordre la vision contemporaine ; le cynisme de jouer avec le passé ou la transformation trop lourde. » Ici, un ancien entrepôt ferroviaire du XIXe siècle, la halle aux farines, a été conservé et « coiffé » d’un volume « qui change l’aspect du bâtiment, mais d’une manière continue », commente Eric Lapierre.  Les architectes ont également conservé l’esprit industriel des lieux en utilisant les rails trouvés sur le site pour aménager les espaces extérieurs. La réhabilitation du Palais des sports (Architectes Atelier Ferret ; maître d’ouvrage Ville de Bordeaux), inauguré il y a un an, a également conquis Eric Lapierre et Kersten Geers. « Nous apprécions la clairvoyance des élus d’avoir conservé ce bâtiment et ses fonctions, en plein cœur de la ville », indique l’architecte. Ce bâtiment des années 60 a été restitué dans son état initial.

A Floirac, les présidents du jury ont apprécié la réalisation Ecchobloc de RevelArchi (maître d’ouvrage CFA Atlantique), à laquelle ils ont décerné une mention. « C’est une section de 250 m2 modulable avec une expression architecturale intéressante. Cela permet de créer une vie sociale au sein du bâtiment, plutôt que d’être répartis dans plusieurs boites comme c’est souvent le cas. »

Enfin, la maison d’un particulier s’est distinguée dans la catégorie habitat individuel car la petite maison initiale a été intégrée au projet. « Cette démarche montre que l’on peut faire appel à un architecte même pour un petit projet ;  il permet d’avoir le maximum pour un budget donné. »

Tous les prix sur www.agorabordeaux.fr et l’ensemble des réalisations et projets primés sera exposé durant la Biennale avec une cérémonie de remise de prix prévue le 23 septembre 2017 à Bordeaux.

 

 

 

 

Focus

Agora récompense aussi les bonnes idées

Le président de la catégorie « Appel à idées » a fait réfléchir ses candidats sur l’habitat sur pilotis. « Des solutions qui peuvent être utiles à Bordeaux et à ses zones inondables », mentionne l’architecte belge et commissaire de la Biennale Bas Smets. C’est l’architecte Philippe Rahm et son jury qui ont décerné une mention à cinq projets qui ont chacun apporté une vision particulière de l’habitat sur pilotis. « Cela constitue un livre blanc sur ce qu’il faudrait faire si on construisait en zone inondable : les matériaux, l’usage, la mécanique… » Le projet Corail s’interroge sur le matériau des pilotis et comment le faire interagir avec l’eau en utilisant un béton poreux ; S3 envisage le dessous du bâtiment comme une 6e façade, qui devient ainsi plus importante ; Atome crée un espace indéterminé sous les pilotis « qui permet un développement auquel on n’avait pas pensé », précise l’architecte ; Ponctuer le quotidien imagine des pilotis qui traversent la maison pour créer une verticalité et structurer l’habitation et Machine d’eau est une maison sur vérin hydraulique qui bouge.

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