Collectivités territoriales

Agents des routes, ces autres coureurs du Tour de France

Mots clés : Réseau routier - Sport

Le Moniteur a accompagné sur la deuxième étape du Tour de France Saint-Lô / Cherbourg-en-Cotentin (183 km) l’équipe de l’Assemblée des départements de France qui assure la toute dernière préparation de la route avant le passage des coureurs. 14 personnes (agents et encadrement) travaillent toute la journée à l’avant de la course pour poser les panneaux de signalisation, signaler les défauts du tracé, et sécuriser le passage des sportifs.

A la radio, la voix d’un agent crépite : « du gasoil au PK 5 ». Traduction : un véhicule de la caravane publicitaire du Tour de France a perdu du gasoil sur la route au point kilométrique 5. Il faut nettoyer avant le passage des coureurs de la Grande Boucle. Un travail pour « Gros Léon », le camion balayeur – arroseur de route, mis à disposition de l’organisation du Tour par le département des Vosges.

Autour, une voiture de l’Assemblée des départements de France (ADF), détentrice d’un partenariat avec l’organisateur de l’épreuve Amaury Sport Organisation (ASO), escorte le 12 tonnes. Les agents départementaux, mis à disposition de l’ADF pour les trois semaines, fignolent le balayage, relayés si besoin par des agents du département traversé par l’étape du jour. Il faut s’activer, les coureurs ne sont qu’à une demi-heure derrière, soit un peu plus d’une dizaine de kilomètres. La course dans la course !


Les imprévus au tournant

 

La première partie de l’étape Saint-Lô / Cherbourg-en-Cotentin (183 km) le 3 juillet fut chargée pour les 11 agents techniques chargés de préparer la route juste avant le passage du Tour de France : un véhicule de la caravane lâchait son surplus de carburant dans les virages, un autre avait une fuite.

 

 

Au fil de l’étape, se sont ajoutées diverses anecdotes et interventions : au kilomètre 39, petite pause rapide de dégustation de madeleines pour la dernière voiture du cortège ADF ; kilomètre 113, un dessin grivois sur la route affole la radio des voitures techniques ; kilomètre 161, la radio ADF annonce un balisage manquant. La note est prise sur le road book de la course. Impossible de faire machine arrière, c’est le véhicule suivant qui se charge combler.

 


Mécanique rodée

 

Sur une étape de la Grande Boucle, tout est réglé au pas de course (raison pour laquelle est privilégié le port de baskets plutôt que les chaussures de sécurité), et au quasi millimètre. Le balisage du parcours est fixé aux aurores. Pour l’étape entre Saint-Lô / Cherbourg-en-Cotentin (départ fictif de la course à 12h40, départ réel à 13h), les premières patrouilles techniques (trois fourgons) ont décollé à 4h30, le temps de rejoindre le tracé à une heure de route. Le briefing de la course, rassemblant organisateur, forces de l’ordre, ADF, responsable local des routes (Monsieur Route), a lieu au village départ (9h40).

Puis c’est au tour de la voiture « PC mobile », chargé d’un permanent technique de l’ADF et du Monsieur Route de partir (10h40) : « Ils ouvrent la route devant la caravane publicitaire, vérifient l’itinéraire et mobilisent si besoin les équipes locales des départements traversés, présentes pour l’étape», explique André Bancala, le coordinateur général de l’ADF.

Le PC mobile roule avec environ deux heures d’avance sur les coureurs. La caravane passe, puis « Gros Léon » prend la suite avec son escorte, histoire de balayer toutes traces éventuelles de la première partie de la fête du Tour : cailloux, gravillons… et de s’assurer que tout en ordre.

La voiture du coordinateur général de l’ADF, branché sur la radio ADF, mais aussi sur Radio Tour, la station de l’organisateur, ferme le cortège technique. En liaison avec l’organisateur, il peut avertir son équipe de toute remarque. C’est aussi le dernier contrôle technique de la route. La garde républicaine, puis la direction de course sont les véhicules suivants à passer. Et enfin les coureurs. Les services des routes des départements traversés se chargeront de démonter les panneaux et de ramasser les bottes de paille.

 


Emotion

 

Le Tour de France, c’est de l’émotion. Quel que soit le rôle joué sur l’épreuve. Les agents départementaux mis à disposition de l’ADF n’échappent pas à la fameuse magie de la Grande boucle. Tous les jours, ils vivent leur heure de gloire. Leur sont adressées olas, cris de joie, sourires. La communion avec le public est réelle. Il suffit d’un virage bien serré, d’un haut de côte un peu étroit pour que les fans du Tour agglutinés frappent tout ce qu’ils peuvent sur les balustrades et répondent avec entrain au rythme des klaxons et des sirènes des véhicules techniques.


La star, c’est Léon

 

La star du lot, c’est bien sûr le Gros Léon. A bord du camion, dans lequel nous avons pu embarquer une partie de la course, il est facile de se prendre pour la reine d’Angleterre saluant un public tout acquis à la cause de l’épreuve sportive la plus populaire du monde. Des milliers de personnes vous prennent en photo, vous applaudissent, vous expriment leur enthousiasme. Les véhicules incarnent le Tour, peu importe leurs passagers. Vous êtes dedans, vous faites partie du Tour, vous êtes le Tour de France avec un grand « T ». Le passage du Gros Léon signifie que les coureurs ne vont plus tarder. Pour un public qui trépigne d’impatience depuis des heures sous la pluie par 17 degrés de température, il constitue un repère. Un repère connu qui a un nom que l’on crie aisément sur le bord de la route.


Volontaires et heureux

 

Pour André, Fred, Greg, Justine, Jean-Yves, Thierry, Mickaël, et leurs collègues, davantage habitués aux reproches de concitoyens jamais contents, qui les houspillent pour un déneigement tardif ou le moindre faux pas, c’est le changement de galaxie. Tous volontaires pour être sur le Tour pendant trois semaines, ils participent avec joie à cette grande fête.

Au soir de la première étape, le bonheur est sur toutes les trombines, des cinq nouveaux agents de l’équipe permanente de l’ADF comme des anciens, qu’ils aient quatre, six ou vingt Tours de France dans les pattes. Même les agents de l’Etat des anciennes DDE, aujourd’hui DDT reviennent d’édition en édition pour prêter main forte sur quelques étapes. Le Tour est un véritable « virus », dont il semble bien difficile de guérir.

Le rythme de travail change pourtant du tout au tout par rapport à celui réalisé pour le compte des directions des routes dans les départements. « C’est surtout l’amplitude de la journée » qui est différente, assurent les agents départementaux. Faire le Tour, c’est dormir peu, partir tôt, manger un seul vrai repas le soir, vivre en équipe 20h/24h. En début d’épreuve, lors du dîner auquel tout le monde assiste, l’ambiance est bon enfant, ça chambre largement, surtout le coordinateur en chef pro-italien André Bancala, quand l’Allemagne marque contre l’Italie en quart de finale de l’euro. Mais au bout de la deuxième semaine, quand les organismes sont fatigués, les tensions deviennent inévitables.

 

Retour au quotidien

 

« On finit sur les rotules », préviennent les anciens. Pourtant, ils sont un certain nombre à enchaîner directement un retour au boulot, sans passer par une phase de congés. « Ça permet de ne pas avoir de coup de blues », lance malicieusement l’expérimenté Christophe, à quelques mois de la retraite. Il faut aussi gérer les réflexions des collègues qui les jugent souvent privilégiés, en vacances. « Je leur ramenais toujours quelque chose et veillait à bien finir tout mon travail avant de partir pour que mon départ sur le Tour ne les pénalise pas », se souvient-il de ses années passées dans les services routes de son ancienne DDE. Le Tour est une parenthèse magique dans une année de travail, qui gonfle le moral pour le reste de l’année sur les routes de France.

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