Matériaux et équipements

« Affaire ouate » (2/4) : le cadre technico-administratif m’a tuée

Mots clés : Concurrence - PME - Produits et matériaux

Entreprise suisse fabriquant de la ouate de cellulose depuis plus de dix ans, Isofloc a revendu, durant l’été 2012, son site de production français, qu’elle avait ouvert trois ans plus tôt. Plus que la concurrence des entreprises françaises, pour la PME helvétique, c’est le cadre technico-adminstratif français qui a eu raison de son implantation dans l’Hexagone.

«En France, dans le secteur de la ouate de cellulose, il n’y a pas deux semaines sans qu’il y ait un changement». Amélie Brackmann, en charge des aspects techniques du marché français pour le fabricant suisse de ouate de cellulose Isofloc est l’un des 35 membres du groupe spécialisé numéro 20 (GS20),  qui instruit, sous l’autorité de la commission en charge de formuler les avis techniques (CCFAT), les demandes d’avis techniques pour les « produits et procédés spéciaux d’isolation ». Elle porte un regard étonné sur le cadre technico-administratif hexagonal qui semble avoir eu raisons des investissements de son entreprise en France.

La PME helvétique dispose déjà d’un site de production en Suisse et de deux en Allemagne quand,  en 2009, elle démarre une ligne de production en France. L’usine sera placée en redressement judiciaire début 2012 et revendu en juillet 2012.  « Le marché de l’usine est uniquement hexagonal. Son activité dépend donc étroitement du cadre technico-adminstratif français », indique Amélie Brackmann pour qui la cession de l’usine est plus le fruit d’un encadrement technico-adminstratif opaque et instable que le résultat de la concurrence.

« L’obtention de l’avis technique – document non obligatoire mais qui constitue un sésame pour entrer sur les chantiers français où les assureurs doivent offrir une garantie décennale -, a demandé un investissement financier énorme et a été compliqué par des changements arbitraires ».

 

Un avis technique nommé désir

 

Janvier 2012, le GS 20 examine la demande d’avis technique pour la ouate sans sel de bore qu’Isofloc commercialise depuis plusieurs années en Allemagne et pour laquelle il dispose d’un agrément technique européen. Le groupe spécialisé reporte sa prise de décision en l’attente des résultats de nouveaux essais demandés et à une éventuelle modification de la formulation

« Le jour où notre demande d’avis technique a été examiné, un nouveau protocole de test a été adopté, explique Amélie Brackmann. En l’absence de norme, il est très difficile de connaître les protocoles qu’accepte le GS20 ou d’obtenir l’assurance que l’essai réalisé par un laboratoire extérieur sera reconnu. Même s’il n’est pas officiellement demandé de faire réaliser les essais par un laboratoire du CSTB,  tout semble converger pour que les entreprises soient fortement incitées à y faire appel. En Allemagne, l’Institut Technique National du Bâtiment (DIBT) ne réalise lui-même aucun essai et se limite, pour émettre des avis techniques, à l’analyse de rapports d’essais émanant de laboratoires indépendants et dont la liste est officiellement publiée ».

Pour sa part, Georges Debiesse, président du CCFAT reconnaît qu’ « il faut plus de transparence et que les entreprises doivent pouvoir connaître  les exigences requises pour l’obtention d’un avis technique en allant simplement sur le site ».

 

 

Pas de biocide, pas d’avis technique

 

 

Ce qui gêne également Amélie Brackmann,  c’est que le GS20 l’ait obligée à modifier la formulation utilisée dans les autres pays européens afin d’obtenir, en juin 2012, le Graal du bâtiment.
« L’avis technique est tellement incontournable pour nous, que nous avons dû nous plier aux exigences propres du GS20 et faire abstraction de notre savoir-faire développé Outre-Rhin. Nous avons un retour d’expérience de plus de 15 ans en Allemagne de l’utilisation de ouate avec ammonium et sans biocide mais nous avons, en France, été contraints d’introduire un biocide. En Suisse et en Allemagne, on est très prudent vis-à-vis des biocides qui sont des substances chimiques très puissantes, même à dose très faible », précise  Amélie Brackmann. Elle résume sa perception avec la formule suivante : « En Allemagne, il faut démontrer pourquoi on est obligé de traiter un produit. En France, pourquoi on peut ne pas le traiter ».

En réaction à ces propos, le CSTB précise que non seulement, le protocole n’est pas fermé, ni nouveau, mais utilisé depuis plusieurs années par le GS20. Et que ce dernier n’a pas imposé d’ajouter un biocide, mais a demandé que le fabricant s’assure que si le produit possède une performance intrinsèque de résistance aux moisissures, cette performance soit constante dans le temps.



Pour lire le premier épisode de l’ « Affaire ouate », cliquez-ici

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