Social

Accusé de travail forcé au Qatar, Vinci va porter plainte pour diffamation

Mots clés : Entreprise du BTP - Travail

L’association Sherpa affirme mardi 24 mars avoir déposé plainte contre Vinci Construction pour « travail forcé », « réduction en servitude » et « recel » à l’encontre des migrants employés sur ses chantiers au Qatar en vue du Mondial 2022. Des accusations réfutées par l’entreprise qui va porter plainte pour diffamation.

L’association Sherpa a annoncé mardi 24 mars avoir déposé une plainte auprès du parquet de Nanterre, contre la filiale « Vinci Construction et les dirigeants de sa filiale au Qatar QDVC », pour « travail forcé », « réduction en servitude » et « recel » à l’encontre des migrants employés sur ses chantiers.

Se disant « indigné » par ces accusations qu’il « réfute totalement », le géant Vinci, qui emploie 191.000 salariés dans une centaine de pays, a immédiatement affirmé qu’il s’apprêtait à déposer plainte pour « diffamation et dénonciation calomnieuse ».

Les ouvriers employés par QDVC, la filiale commune de Vinci avec le groupe local Qatari Diar, ou par ses sous-traitants, travailleraient « 66 heures par semaine », a déclaré à l’AFP Laetitia Liebert, directrice de l’association Sherpa. « Et leur employeur confisque les passeports, ce qui les empêche de réclamer une amélioration de leurs conditions de travail ou de s’enfuir », dit-elle.

« Deux organisations syndicales népalaises, GEFONT et CUPPEC, ont dénoncé ces conditions de travail de leurs ressortissants au Qatar », alertant leurs homologues en Europe, puis Sherpa, a précisé à l’AFP Serge Plechot, secrétaire général de la fédération du bois et de la construction FNSCBA CGT.

Puis une juriste de Sherpa « a enquêté sur place pendant une semaine en novembre, elle a rencontré une quinzaine de travailleurs, tous terrorisés, sur différents chantiers », rapporte Laetitia Liebert. « Il a été très difficile de les faire parler, ils ne voulaient absolument pas que leurs noms soient révélés », dit-elle.

Ces ouvriers auraient, selon Sherpa, des « conditions de travail pénibles et dangereuses » et seraient logés dans des « conditions indignes, à huit par chambre, sur des lits superposés ». Enfin, des « décès par asphyxie » auraient eu lieu parmi ceux travaillant en sous-sol, sur le chantier du métro. « Les ambassades népalaise et indienne se plaignent d’être devenues des croquemorts, à force de rapatrier des cadavres », affirme Mme Liebert.

 

« 60 heures par semaine, 6 jours sur 7 »

 

Créée il y a sept ans, QDVC emploie en direct 3.300 salariés de 65 nationalités au Qatar, dont 2.000 ouvriers, surtout des Indiens, des Népalais, et des Sri-Lankais, sur trois chantiers majeurs notamment.

Il s’agit du projet de tramway de Lusail, du métro de Doha et d’un tronçon d’autoroute de 47 km, la New orbital Highway, des contrats d’un montant global de 2,2 milliards d’euros, qui vont jusqu’en 2019. « Environ 60% de l’activité y est sous-traitée à des sociétés locales », précise à l’AFP Yanick Garillon, directeur général de QDVC. « Mais, sur nos chantiers, tous les ouvriers de QDVC et ceux des sous-traitants sont traités de la même façon. C’est en revanche hors chantier qu’apparaissent les différences », dit-il.

Depuis 2 ans, après avoir été alerté par l’ONG Amnesty international, QDVC vérifie « sur chaque projet, par des audits chez (ses) sous-traitants », que ces derniers respectent ses « critères en matière de conditions d’embauche et d’hébergement », selon M. Garillon. « Mais nous sommes obligés d’employer des sous-traitants locaux. Nous mettons tout en oeuvre pour les faire adhérer à notre démarche », assure-t-il.

En deux ans, Vinci a congédié 10 sous-traitants qui refusaient d’améliorer les conditions de travail de leurs ouvriers et a construit une « nouvelle base vie » pour loger 3.500 ouvriers. Selon M. Garillon, les ouvriers travaillent « 60 heures par semaine, six jours sur sept, conformément à la loi qatarie », et ne se voient nullement confisquer leurs passeports. Et aucun décès d’un employé de QDVC n’a été constaté en 4 ans, affirme le dirigeant. Un « employé d’un sous-traitant d’un sous-traitant » a toutefois perdu la vie sur un chantier, en janvier 2015. Mais le dirigeant réfute tout « décès par asphyxie » sur le chantier du métro de Doha.

Toutefois M. Garillon n’est « pas surpris par ce que décrit Sherpa ». « On peut voir ce type de pratiques sur certains chantiers. Mais il est strictement impossible que cela se soit produit sur nos chantiers », tranche-t-il.

Sherpa a lancé une pétition en ligne pour demander l’ouverture d’une enquête préliminaire « contre l’esclavage au Qatar » sur les chantiers d’infrastructures prévues pour le Mondial de foot de 2022.

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
  • - Le
    Ils peuvent toujours porter plainte pour diffamation, on pourra toujours se consoler avec Bouygues (travail non déclaré à l’EPR si ma mémoire est bonne !!!)!!! L’argent, une valeur cardinale ! L’allégeance à Dieu et ses Envoyés, à côté c’est de la rigolade…!
    Signaler un abus
  • Commenter cet article
Le Moniteur Boutique
Accéder à la boutique
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X