Chantiers

Accessibilité des salles de bains : trois familles de travaux de rénovation

Mots clés : Accessibilité - Grand âge

Vieillissement de la population et accessibilité font de l’aménagement de salles de bains une nouvelle priorité qui devrait faire l’objet de besoins croissants.

Pour rappel, la loi du 11 février 2005 assortie de plusieurs textes complémentaires, définissent les critères d’accessibilité des bâtiments neufs collectifs d’habitation, ainsi que les ERP (établissements recevant du public) et les maisons individuelles neuves en lotissement dont les permis de construire ont été déposés à compter du 1er janvier 2010. Par ailleurs, les ERP existants devront être mis aux normes d’ici au 1er janvier 2015.

Cette obligation n’est pas applicable aux maisons individuelles « dont le propriétaire a, directement ou par l’intermédiaire d’un professionnel de la construction, entrepris la construction ou la réhabilitation pour son propre usage » (décret 2006-555 du 17 mai 2006). Par ailleurs, aucune réglementation ne vise spécifiquement l’habitat existant. Or, c’est dans ce parc que les besoins d’aménagements se feront le plus sentir dans les prochaines années. Car en plus des personnes handicapées, le logement existant devra répondre au maintien à domicile des personnes âgées. L’accessibilité revêt également un enjeu de sécurité. Pour s’en convaincre, il suffit de se reporter aux chiffres de l’Institut national de veille sanitaire, selon lequel 80% des accidents des plus de 75 ans ont pour origine une chute à leur domicile.

 

De nombreux corps d’état concernés

 

Du plâtrier au paysagiste, de l’électricien au maçon, en passant par les plombiers et menuisiers, les travaux d’amélioration de l’accessibilité des salles de bains représente un important marché, pas tout à fait comme les autres (voir « l’avis d’expert »). Car plus que de réaliser des travaux, il s’agit de créer un véritable lien social avec le client, afin de bien identifier ses besoins et de lui proposer des réponses cohérentes avec son parcours de vie. Les fabricants d’équipements sanitaires, qui ont pris le pouls de ce marché émergent, ont développé des produits ciblés, tels que barres d’appui pour personnes à mobilité réduite, mobiliers à couleurs vives pour personnes souffrant de déficiences visuelles, mais aussi équipements sanitaires réglables en hauteur, éclairages automatiques, revêtements antidérapants…

Dans cette solution technique dédiée à l’aménagement des salles de bains, trois familles de travaux sont abordées : les circulations et accès ; l’éclairage ; les équipements sanitaires et le mobilier. Etant donné le « vide juridique » qui vaut pour les logements existants, les travaux et règles de mise en œuvre mentionnés sont ceux permettant de respecter les critères imposés aux logements neufs. Ces travaux n’ont donc pas valeur d’obligation mais peuvent constituer une base à l’élaboration des préconisations faites aux clients.

 

 

 Trois familles de travaux de rénovation

 

Les circulations

Corps d’état concernés : menuisiers, maçons, plâtriers

Principes : dans le cas d’une rénovation de salle de bain, l’accessibilité se traduit pour l’usager, en termes de circulation, à trois mots d’ordre : « se déplacer », « se retourner » et « accéder » (à une pièce, une douche, un WC, un lavabo).

Types de travaux :

–          Maçonnerie/menuiserie : Au niveau de l’accès à la salle de bains, le remplacement d’une porte pivotante par une porte coulissante apporte un surcroît de confort aux occupants qui se déplacent à béquilles, en chaise roulante ou avec déambulateur. Après dépose de la porte existante, il peut être opportun d’élargir l’accès à la salle de bains avant d’installer la porte coulissante.

–          Plomberie/électricité : L’agrandissement des pièces ou l’élargissement des circulations peut conduire à abattre une cloison qui, en plus de maçons, peut faire intervenir électriciens et plombiers pour la réfection des réseaux.

 Règles de mise en œuvre :

–          L’agencement de la salle de bains sera conçu pour que toute personne, notamment en fauteuil, dispose d’un rayon de 1,50 m, en dehors du débattement de la porte, pour se retourner sur elle-même (« diamètre de circulation »).
–          Les couloirs d’accès, aux dimensions minimales de 1,30 x 0,8 m, doivent être parallèles aux WC.
–          Dans le cas où une porte pivotante est maintenue, celle-ci doit s’ouvrir sur l’extérieur.

 

L’éclairage et le réseau électrique

Corps d’état concernés : électriciens

Principes : Pour le confort des personnes touchées par une déficience visuelle, l’éclairage doit être conçu pour éviter les zones d’ombre. L’ensemble des interrupteurs et des prises  sont soumis à des critères de hauteur, pour les personnes se déplaçant en fauteuil.

Type de travaux :

Correctement positionnés, les interrupteurs commandant l’éclairage doivent être en nombre suffisant. Une prise électrique « de confort » leur sera associée. Au niveau de la gaine technique du logement (GTL), le tableau électrique répondra également à des critères d’accessibilité. Contrairement à d’autres espaces du logement (balcon, terrasse, coursive), la salle de bains ne fait pas l’objet d’une puissance minimale d’éclairage à respecter.

Règles de mise en œuvre :

–          Les interrupteurs sont positionnés au maximum à 1,30 m du sol
–          Tous les organes de sécurité de la GTL (disjoncteurs divisionnaires) seront à une hauteur du sol fini strictement comprise entre 0,9 m et 1,30 m.
–          Les disjoncteurs divisionnaires correspondant aux équipements de la salle de bains sont protégés par un disjoncteur différentiel « haute sensibilité » (30 mA), positionné à une hauteur comprise entre 0,75 m et 1,30 m.

 

 L’agencement des mobiliers et éléments sanitaires

Corps d’état concernés : agenceurs de salles de bains, plombiers, carreleurs, maçons

Principes : Il s’agit d’adapter l’aménagement des équipements sanitaires et du mobilier afin de faciliter le déplacement des utilisateurs, tout en prévenant le risque de chutes.

Types de travaux :

agenceurs/plombiers : La disposition du mobilier et des équipements sanitaires est réalisée afin de garantir à une personne en chaise roulante de disposer d’un rayon d’action suffisant pour qu’elle puisse se retourner sans obstacle. De même, elles doivent être en mesure de glisser leurs jambes sous les plans vasques. De nombreux fabricants proposent des vasques réglables en hauteur. Idem pour les cuvettes de WC.

Quelques préconisations complètent ces points réglementaires. Des barres d’appui, fixées à proximité des WC, des douches et des baignoires, facilitent le déplacement de personnes à mobilité réduite. Plusieurs fabricants proposent ce type de mobilier dans des couleurs vives (orange, vert pomme) à l’intention des personnes atteintes de déficiences visuelles ou cognitives.

Carreleurs : des revêtements de sol et de receveurs de douche antidérapants permettent de prévenir tout risque de chute.

Règles de mise en œuvre :

–          Le plan vasque est positionné à une hauteur du sol fini de 0,75 m minimum.
–          La cuvette de WC est au moins à 0,40 m du sol fini. Elle doit offrir un espace libre accessible à une personne en fauteuil roulant d’au moins 0,80 m x 1,30 m latéralement et en dehors du débattement de la porte
–          Les douches carrées ont des dimensions minimales de 90 x 90 cm et les douches rectangulaires de 80 x 100 cm.
–          Le ressaut maximal autorisé au niveau du rebord de douche est de 2 cm.
–          Les revêtements de sol et des receveurs de douche ont une résistance à la glissance de classe PN 6 et plus.

 

 

 Pour aller plus loin :


–           L’ensemble de la réglementation relative à la loi « Accessibilité » du 11 février 2005 est disponible sur un site dédié. Des croquis d’illustration accompagnent les différents textes du dispositif législatif (circulaires, décrets, arrêtés).

–           L’Association des industries de la salle de bains (Afisb), qui regroupe une quarantaine d’adhérents, tient un site internet donnant un aperçu des produits pouvant être mis en œuvre. Le site propose également une application permettant de réaliser des esquisses de plans.

Focus

Avis d’expert

Roberto Drapron, formateur indépendant en « agencement de cuisines et salles de bains », Ateliers Grégoire, Paris (75) : « Savoir poser les bonnes questions »

« En préambule, je tiens à rappeler que les personnes à mobilité réduite ne se limitent pas à celles se déplaçant en fauteuil roulant ; il ne faut pas oublier non plus les personnes se déplaçant à l’aide de béquilles ou de déambulateurs. Et la notion de handicap va au-delà de la mobilité réduite : il y a aussi un handicap visuel et auditif. Cela étant dit, l’accessibilité requiert une approche spécifique, subtile, qui doit se faire, certes sans tabou, mais pas sans tact non plus. L’artisan doit être à l’écoute de son client, afin d’identifier des besoins qui ont parfois du mal à être exprimés. Il doit devenir un médiateur ; cela demande de savoir poser les bonnes questions pour recueillir les bonnes réponses. Bien sûr, l’artisan ne pourra jamais tout à fait se mettre à la place de son client, même s’il a déjà été confronté à une situation de handicap, par lui-même ou à travers une personne de son entourage. Car chacun vit son handicap de manière différente. Il faut également que les artisans soient curieux, qu’ils se renseignent sur les nouveaux produits disponibles sur le marché. Malheureusement, mon sentiment personnel est qu’ils se cantonnent souvent aux produits qu’ils connaissent déjà. D’autre part, j’ai l’impression  que certains d’entre eux délaissent ce marché, pensant que les personnes âgées qui arrivent dans leurs dernières années de vie n’entreprendront pas de travaux. »

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