Transport et infrastructures

A Tchernobyl, l’arche scelle l’alliance entre Vinci et Bouygues

Mots clés : Entreprise du BTP

Trente ans après la catastrophe nucléaire, la gigantesque enceinte de confinement coiffe désormais le réacteur numéro 4 de la centrale ukrainienne. L’aboutissement d’un projet titanesque mené par les groupes Vinci et Bouygues Construction.

Les pieds dans la neige mais le sourire aux lèvres. Xavier Huillard, P-DG de Vinci, Philippe Bonnave, P-DG de Bouygues Construction, se sont donné rendez-vous à Tchernobyl, mardi 29 novembre. Le premier s’est dit « heureux », le second a mis en avant un travail en commun « remarquable ». Objet de la réunion des deux figures majeures du BTP français : le confinement de la célèbre centrale. « Un événement historique », selon le président ukrainien Petro Porochenko.

Avec sa structure en acier, cette arche de 108 mètres de hauteur et 267 mètres de large impressionne par ses dimensions titanesques. « C’est avant tout un défi d’ingénieur, a rappelé Xavier Huillard. L’enceinte de confinement est la plus grande structure métallique mobile au monde. » Montés patiemment pendant six années à l’écart la centrale, afin de protéger les travailleurs des radiations, ses 36 200 tonnes ont récemment été poussées sur 327 mètres. Une tâche délicate qui interdisait de dépasser la vitesse de 10 mètres par heure.

L’arche et sa double peau en inox couvrent depuis peu le réacteur numéro 4 du complexe nucléaire, celui qui a connu une violente explosion le 26 avril 1986. Les mois suivant l’accident, les autorités soviétiques avaient entrepris d’ériger un sarcophage au-dessus des restes du bâtiment endommagé. Une structure imparfaite, construite dans l’urgence et dans des conditions extrêmes, et dont il est impossible de garantir la pérennité.

 

Double défi

 

Pour ses concepteurs, la nouvelle enceinte vise à répondre à un double défi : d’une part, assurer un confinement parfait de la structure en empêchant tout dégagement de poussière contaminée et, d’autre part, permettre le démantèlement ultérieur du réacteur numéro 4. Le financement de cette prochaine étape n’est pour l’instant pas bouclé.

« L’enceinte de confinement constitue une immense aventure collective inscrite dans une échelle de temps qui se mesure en décennies » rappelle Xavier Huillard. Sa genèse remonte en effet à 1994. Vinci n’existait pas à l’époque, mais l’une de ses composantes, Compenon Bernard SGE remporte alors le concours d’idées ukrainien concernant cette enceinte. Le projet avance, Bouygues s’y associe rapidement et, en 2004, le duo français réuni sous la bannière Novarka est lauréat de l’appel d’offres pour réaliser l’arche de confinement.

L’Ukraine indépendante ne pouvait assumer seule ce projet hors normes. C’est donc la communauté internationale, à commencer par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) et la Commission européenne, qui assure son financement. Le budget, évalué à l’origine à 440 millions d’euros, atteint finalement 1,5 milliard d’euros.

 

25 millions d’heures, zéro accident

 

Près de 10 000 travailleurs, essentiellement ukrainiens, se sont relayés sur ce chantier. Entre la conception et la réalisation, 25 millions d’heures de travail auront été nécessaires. Le tout sans accident majeur. « La politique santé-sécurité mise en place sur ce projet est exemplaire », s’est félicité Philippe Bonnave.

L’encadrement, constitué par les ingénieurs des deux groupes français, est dirigé par Nicolas Caille, à la tête du projet Novarka depuis quatre ans. Un projet hors normes en raison de ses dimensions, de l’environnement radioactif ou encore des difficultés linguistiques. « Tout a été compliqué, il a fallu innover. C’est un projet inhabituel pour nous, qui sommes familiers des tunnels ou des ponts », raconte celui qui fréquentait les bancs de l’ESTP, lors de l’incident de 1986. La ventilation, par exemple, doit permettre d’assurer le confinement et la durabilité de l’ouvrage. Les membranes d’étanchéité reliant l’arche au bâtiment ont été réalisées sur mesure. Quant aux ponts roulants installés à l’intérieur, ils mesurent plus de 100 mètres et les chariots qu’ils supportent disposent de leur propre garage pour la maintenance.

Le temps de livrer et de connecter les équipements électriques, il faut encore attendre un an avant que Vinci et Bouygues ne livrent l’ouvrage. Il est conçu pour durer un siècle. 100 hivers rigoureux à supporter.

 

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