Transport et infrastructures

A Saint-Martin, comment reconstruire après Irma ?

Mots clés : Conception - Travaux publics

« Il faut être pragmatique, aller vite », mais aussi « arrêter de construire comme on construit aujourd’hui » à Saint-Martin, ravagée par l’ouragan Irma, estime Philippe Michaux, ingénieur et vice-président de la fédération régionale du bâtiment et des travaux publics de Guadeloupe.

 

Alors qu’une délégation de professionnels du bâtiment et des travaux publics doit se rendre à Saint-Martin dans quelques jours afin d’estimer les dégâts causés par l’ouragan Irma, le vice-président de la FRTP Guadeloupe, Philippe Michaux, a confié à l’AFP les erreurs à ne pas commettre lors de la reconstruction.

Y avait-il une vulnérabilité particulière des constructions à St Martin ?

Philippe Michaux : Oui, car à Saint-Martin les constructions sont faites par des artisans, des petits constructeurs qui ne sont pas aussi contrôlés qu’en Guadeloupe. Il y a beaucoup de main d’œuvre non formée à la compétence européenne ou française, des Haïtiens qui travaillent très bien, mais qui n’ont pas la « culture » de la quantité d’enrobage qu’il faut mettre autour d’un acier pour qu’il résiste, par exemple. C’est compliqué de tout faire selon les normes, les gens font des compromis, c’est plus facile et ça coûte moins cher… cela n’arrive pas qu’à Saint-Martin. Il faudra lutter contre cela, sans aller vers quelque chose de trop sophistiqué. Mais il y a eu des vents de près de 300 km/h avec des collines qui les accélèrent comme dans un réacteur : même les bâtiments aux normes, il n’est pas sûr qu’ils auraient tenu. Il y a beaucoup de choses que l’on peut mieux faire, mais on n’arrivera pas à faire de Saint-Martin un territoire protégé de façon idéale.

Quelles sont les erreurs à ne pas refaire ?

P.M : Il faut être pragmatique, aller vite, mais aussi arrêter de construire comme on construit aujourd’hui. C’est un problème d’architecture et de nouvelles techniques à mettre en place. Aux Antilles, il y a la culture du « coup de main »: le samedi et le dimanche, on rassemble tous les copains et on va construire sa maison. C’est une habitude qui est née du fort caractère familial de la société: tout le monde s’aide et la construction a beaucoup avancé comme ça. Il y a beaucoup de constructions sans permis, les gens ne respectent pas les zones à risques, le contrôle de l’Etat n’est pas possible… mais tout interdire n’est pas possible non plus. Et ici la construction a un surcoût: quand vous faites un m3 de béton armé, pour résister, on met 110 kg d’acier alors que quelquefois on en met zéro en métropole. On fait des murs de 20 cm d’épaisseur, parce qu’avec 15 cm on n’a pas l’enrobage de l’acier qui le protège des eaux de pluie et des eaux salées qui vont le faire rouiller. Il faut trouver le bon compromis, qui ménage un risque acceptable, à un prix acceptable.

Que peut-on faire mieux en reconstruisant ?

P.M : On peut mieux réaménager, enterrer les réseaux électriques et sinon déplacer les routes, au moins avoir des déviations qui permettent, en cas d’inondation littorale, de passer un peu par l’intérieur. Mais cela va altérer les collines qui sont superbes et que tout le monde veut protéger. Et il n’y a pas de rivières, on ne peut que dessaler l’eau de mer: il faudra peut-être trouver le moyen de mettre les usines un peu plus en hauteur, mais cela va renchérir le coût de l’eau. Et toutes les maisons devraient disposer d’une pièce sécurisée, en béton, avoir une petite réserve d’eau permanente et une batterie qui restitue pendant quelques heures, de l’électricité. On peut aussi mettre davantage d’éolien. Cela ne coûte pas très cher. Il y aura des compromis et des choix à faire, certainement meilleurs que ceux qui ont été faits. Il existe pas mal de solutions, mais beaucoup sont irréalistes en termes de prix.

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  • - Le

    CLAUDE BIONDI ECONOMISTE DE LA CONSTRUCTION- MAITRE D'OEUVRE D'EXECUTION.

    Excellente analyse de Mr P MICHAUX, j’aimerai apporter la réflexion suivante : les RÈGLES ANTILLES ne sont pas respectées, particulièrement en couverture. Il conviendrait qu’elles deviennent réellement des règles applicables reconnues par tous les intervenants. A une époque la DDE encore responsable n’a pas finalisée ce dossier.
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  • - Le

    Bonne analyse

    Bien voilà une bonne analyse du problème récurrent sur toutes les îles des Caraïbes. Je vais bientôt rejoindre mon fils qui est chargé d’affaires dans le tous corps d état pour monter une équipe de dirigeants de chantiers afin de reconstruire l’île de saint Martin.
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  • - Le

    Type de construction

    Il ne faut plus construire en ossature bois ou autre dans les caraïbes.. La reconstruction doit passer par une enveloppe complète du gros oeuvre en béton renforcé avec acier, afin de pouvoir résister à des vents de plus de 300km/h.
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