Culture

« A propos de la gare de Metz » par Matthieu Reina, étudiant (ENSA Paris-La Villette)

A l’occasion du centenaire de la gare de Metz, vous avez publié un bref article. Il est intéressant de remarquer qu’il n’a pas été fait usage de la « pierre ocre des carrières locales », hormis au niveau du mur qui longeant le premier quai, effectivement fait de cette pierre dite de Jaumont (du nom de la principale carrière encore exploitée de nos jours à Malancourt, à une quinzaine de kilomètres au nord de Metz). Or ce point de détail me semble riche de significations.

En effet la tonalité beige pâle des bosselages de la pierre ici utilisée produit une variation subtile frappant le visiteur familier de ce calcaire ocre jaune emblématique du centre ancien de la cité. Un calcaire oolithique qui doit sa coloration nuancée aux oxydes de fer, des crénelages médiévaux aux arcades classiques en passant par les flèches de la cathédrale.
S’il faut donner une précision sur le matériau de construction le plus apparent de cette gare, il s’agit d’un « grès gris tirant sur le jaune » extrait dans les carrières de Niederviller, commune des environs de Sarrebourg où s’amorcent les Vosges septentrionales. L’architecture recourt ainsi à une géologie distante d’environ 90 kilomètres à vol d’oiseau à l’est du département.
L’identité chromatique de l’édifice se décline à travers les touches de basalte noir formant des colonnes et des soubassements qui contrastent nettement avec le grès blond, ainsi que le couvrement ondulant fait de tuiles rondes vertes émaillées – lequel a vu sa rénovation complète en 1990 parallèlement au ravalement des façades.

Outre le rôle commercial et stratégique de la gare qui, en associant l’industrie à la guerre, rendait possible les desseins expansionnistes de l’empire germanique, le projet lauréat de J�rgen Kr�ger, « Lumi�re et Air », exprimait initialement une facture franchement modern-style. Jug� « clair, pr�cis et fonctionnel », il dut toutefois �voluer pour se conformer � une stylistique romane rh�nane qui recueillait l’assentiment de Guillaume II, puisant dans la gloire pass�e du Saint-Empire sa l�gitimation. La presse de l’�poque pr�tendit que Guillaume II en avait esquiss� le clocheton de l’horloge. Le projet conserva la disposition spatiale et fonctionnelle des volumes.

Attenant au salon d’honneur, le buffet de la gare est l’occasion d’un d�cor de boiseries travaill�es et de frises peintes. Des sc�nes de victuailles o� la repr�sentation sociale des personnages r�pond avec emphase � la tripartition en classes de voyageurs, viennent s’ajouter aux bas-reliefs illustrant les th�mes du voyage, des moyens de communication et de transports.
Les figurants �mergent des entrelacs courbes des rinceaux sur lesquels ils s’accrochent parfois, les enjambent et vont jusqu’� se donner la main entre deux chapiteaux voisins.

Aussi une profusion de d�tails sculpt�s, la statuaire, ou encore les vitraux �voquant la protection de Charlemagne qui fait �cho aux origines locales de la dynastie carolingienne, soulignent la dimension symbolique insuffl�e � l’�difice. Ce qui n’a pas manqu� de donner lieu � des mutilations adverses, en 1918 puis lors de la deuxi�me annexion.

En 1974, les deux halles m�talliques qui abritaient les quais et supportaient de minces voiles de b�ton �tant fragilis�es, la construction d’une dalle s’y est substitu�e. Selon les pr�occupations urbanistiques de l’�poque, elle a d�s lors �t� am�nag�e en parc de stationnement a�rien accessible par une rampe h�lico�dale.

Longtemps, l’esth�tique in�dite et massive de la gare affirmant la marque ostentatoire du discours imp�rialiste, lui a valu sa d�testation par la population, � l’instar de la critique acerbe d’un Maurice Barr�s qui la qualifia de « tourte » au « style coloss�l » o�  » tout est retenu, accroupi, tass� sous un couvercle d’un prodigieux vert �pinard. »

Au-del�, l’urbanisme novateur du quartier est contemporain de la gare qui en constitue un point de confluence sur sa bordure. �tudi� jusque dans la r�alisation soigneuse des cheminements publics, il s’organise � partir du d�mant�lement de l’enceinte fortifi�e de part et d’autre d’un boulevard circulaire arbor� et assure la jonction graduelle avec les quartiers pr�existants.
Le recours aux pierres de provenances diverses y fait loi. Les fa�ades et leurs silhouettes participent d’un jeu pittoresque aux r�f�rences �clectiques, tout en contraste avec la pierre dor�e de la cit� ancienne.

Par ailleurs, la gare ainsi que le ch�teau d’eau situ� dans son p�rim�tre imm�diat prennent assisse sur plus de « trois mille pieux » de fondation de dix � dix-sept m�tres de profondeur, r�alis�s en b�ton arm� suivant le proc�d� que venait de mettre au point l’ing�nieur Fran�ois Hennebique.

Focus

Sources


SCHONTZ André, « le Chemin de Fer et la Gare de Metz » pages 141, 152 et 200, éditions Serpenoises, 1990.

Pour information
Site web de la commune de Niderviller
Site web de la mairie de Metz

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