Réalisations

A Paris, les sciences de l’homme rentrent à la maison

Mots clés : Architecture

Sur le boulevard Raspail, dans le VIarrondissement, la rénovation de la Maison des sciences de l’homme construite dans les années 1960 par le trio d’architectes Depondt-Beauclair-Lods s’est achevée en février 2017. Le chantier a permis une restitution minutieuse de cette architecture emblématique de la deuxième moitié du XXe siècle.

Sur boulevard Raspail, dans le VIarrondissement, la Maison des sciences de l’homme tranche sur les classiques façades de pierre alentour. Construit entre 1965 et 1969, le bâtiment se décompose en plusieurs volumes géométriques simples d’apparence, pour occuper l’angle de la rue du Cherche-Midi. Et la succession ultra-régulière de 2 520 volets métalliques rend l’ensemble très indentifiable. Il a été à l’époque imaginé pour abriter, sur le site d’une ancienne prison militaire, l’institution fondée par l’historien Fernand Braudel pour rapprocher les différentes disciplines sociales et leurs spécialistes et il a été conçu par un trio d’architectes : Marcel Lods, Henri Beauclair et Henri Depondt.

« Il est important de noter que le projet a été essentiellement porté par ce dernier, qui avait été élève de Mies van der Rohe », souligne aujourd’hui l’architecte François Chatillon. Mandataire de l’équipe de maîtrise d’œuvre chargée, quatre décennies plus tard, de mener la rénovation de l’édifice, il souligne en effet « l’élégance ‘miesienne’ d’une architecture où tout se tient. » Et explique ainsi pourquoi le chantier achevé en février dernier a visé à sa meilleure restitution possible.

 

Un patrimoine sur le point d’être vendu

 

Là n’était pas forcément l’objectif quand, à la fin 2010, les équipes de chercheurs et les personnels administratifs de la Fondation de la maison des sciences de l’homme et l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) ont été poussées dehors en raison de la présence d’amiante dans les locaux. « Ils ont attendu le dernier moment pour partir parce qu’ils avaient le sentiment qu’ils ne reviendraient peut-être jamais dans ce lieu qui avait pourtant été construit pour eux et auxquels ils étaient très attachés », raconte Thierry Duclaux, le directeur général de l’Epaurif, organisme créé au cours de cette même année 2010 pour mener les chantiers universitaires franciliens.

Il est vrai que l’hypothèse de la vente de ce bien immobilier était alors privilégiée et le site aurait d’ailleurs intéressé quelques groupes hôteliers…  « Jusqu’à ce que Valérie Pécresse [alors ministre de l’Enseignement supérieur, NDLR] décide finalement que ce lieu devait rester le port d’attache de ces entités », ajoute Thierry Duclaux. La Fondation, l’EHESS y reprendront donc leurs quartiers dès avril prochain et y seront rejoints par des membres de l’EPHE (Ecole pratique des hautes études).

 

Le « bocal » des sciences sociales

 

Conserver sa vocation à la Maison des sciences de l’homme était sans doute un atout pour lui rendre son allure originelle. Assistée par des historiens et des consultants, dont Anne-Charlotte Depondt, la nièce de l’architecte, l’équipe de maîtrise d’œuvre s’est par exemple attachée à remettre en état les façades avec leurs volets perforés et coulissants. Ceux-ci ont été déposés et nettoyés mais sans pour autant être parfaitement décapés. Ils ont ainsi été remis en place avec une certaine patine.

En revanche, dans ces lieux qui avaient été entièrement déshabillés lors du désamiantage mené à partir de la fin 2013, bien des éléments avaient « fini à la benne » et ont donc dû être recréés, et notamment le vitrage. « La Maison des sciences de l’homme a peut-être été le premier bâtiment de cette génération entièrement climatisé, rappelle François Chatillon. Il est donc totalement clos, comme un bocal depuis lequel les sciences sociales observaient le monde. » Il n’empêche que cette grande transparence du bâtiment avait des défauts et notamment, le double vitrage d’origine n’isolait pas suffisamment des bruits du boulevard.

 

Une maison rénovée mais encore à protéger

 

Les travaux ont évidemment permis d’autres évolutions comme l’adaptation aux normes de sécurité incendie ou d’accessibilité dont l’architecte associé de l’opération, Michel Rémon, rappelle qu’il s’agit d’éléments « à assurer mais pas à subir ».  De plus, le chantier a permis d’agrandir les surfaces en transformant une partie des parkings du premier sous-sol en salles de cours et en restaurant.

Le projet n’a donc pas tant consisté à conserver et restaurer la matière de la Maison des sciences de l’homme qu’à rétablir son concept architectural. « Cela nous a semblé avoir du sens, estime François Chatillon. C’est être moderne que de respecter les autres ». Une approche assurément très différente que ce qui prévaut habituellement dans les monuments historiques en France. Mais le bâtiment n’est pas protégé… du moins pas encore.

 

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Epaurif (Etablissement public d’aménagement universitaire de la région Ile-de-France).

Maîtrise d’œuvre de la rénovation : François Chatillon Architecte, architecte mandataire ; Michel Rémon & Associés, architecte associé ; Igrec Ingénierie, BET TCE ; Roux & Associés Ingénierie, BET façades ; Antea Group, BET désamiantage des façades (jusqu’à la phase APD).

Consultants : Vanessa Fernandez, architecte-chercheure, maître-assistant Ensat (façades, patrimoine, mobilier) ; Emmanuelle Gallo, architecte, Docteur HDR (histoire des techniques) ; Anne-Charlotte Depondt, historienne de l’architecture ; Richard Palmer Consulting, restauration des bétons.

Entreprise : Eiffage construction.

Montant des travaux : 27,2 M€ HT.

Surface de plancher : 14 765 m2 existant ; 16 430 m2 projet

Calendrier :

– fin 2010 : libération du site,

– novembre 2011 : choix du maître d’œuvre pour l’opération de désamiantage : Egis Bâtiment Management,

– 2013 : choix de l’équipe de maîtrise d’œuvre pour la rénovation et lancement du chantier de désamiantage,

– juillet 2015 : début chantier de rénovation (20 mois),

– avril 2017 : réinstallation des occupants.

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